‹ Histoire de la restauration, 1814-1830Chapitre 46 sur 177 · LIVRE DEUXIÈME. KW · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME. KW

d'attributions, qui résultèrent de cette dualité de gouvernement, pour abuser de leur autorité sans règle et sans frein. Elles annonçaient publiquement l'arrivée des Espagnols, qui essayaient en ce moment de franchir la frontière, sur laquelle une démarche faite au nom du roi par le duc d'Angouléme parvint à les arrêter; ils jetaient en prison des citoyens, en obligeaient d'autres à fuir, ils entravaient par leur audace l'exécution des ordres venus de Paris. Enfin, ils rêvaient de former, à l'aide de trente-quatre départements séparés de la France, un royaume d'Aquitaine dont le comte d'Artois eût été proclamé souverain.

La mairie de Toulouse était alors confiée à M. de Malaret. Exerçant déjà ses fonctions sous la première Restauration, il les avait conservées pendant les Cent-jours, circonstance qui lui valait la haine des volontaires. Ils menaçaient sa vie; il fut obligé de s'enfuir. La nomination de M. de Rémusat, ancien chambellan de l'empereur, comme préfet de la Haute- Garonne, accrut leur colère. Mais elle se manifesta surtout contre le général Ramel , commandant la dixième division militaire, dont Toulouse est le siège.

Cet officier élait coupable à leurs yeux, parce qu'il voulait licencier ces bandes de prétoriens oisifs qui entendaient demeurer indépendantes de tout commandement régulier et de toute discipline. Le 8 août, le maréchal de Pérignon, qui exerçait le conmiandement militaire supérieur dans le département de la Haute-Garonne, passant une revue de la garde nationale, refusa de laisser les compagnies secrètes défiler devant lui. Le lendemain, elles envoyaient des délégués au général Ramel, formulant de nouveau leurs exigences déjà repoussées, et sans un meilleur résultat. A dater de ce jour, la mort du général Ramel fut résolue. Une poignée de ces bandits l'assassina, en effet, quelques mois plus tard, le 15 août, fête de l'Assomption, dans les circonstances les plus odieuses , sans que les autorités civile ou militaire osassent lui porter secours. Le meurtre du général Ramel est resté

IRl HISTOIRE DE LA RESTAURATION.

dans l'histoire comme l'un des plus grands forfaits de la réaction royaliste.

On peut en dire autant du meurtre du maréchal Brune, qui tomba sous les fureurs populaires en traversant Avi^unon, où ré|,niaieut toutes-j)uissantes des bandes indisciplinées imprudemment armées au nom du roi et qui n'employèrent leurs armes qu'à frapper des citoyens inolfensifs. Le maréchal Brune, qui revenait de Toulon et se rendait à Paris pour rendre compte de sa conduite, pourvu d'un sauf-conduit des autorités royales, fut la plus innocente et la plus illustre des victimes de la réaction. Ses assassins ne furent pas plus punis que ceux du général Ramel.

Suivant l'expression d'un contemporain, on avait mis les peuples méridionaux dans le sang jusqu'aux genoux, et ni les citoyens, ni les autorités n'osaient témoigner contre les coupables, même quand ils étaient désarmés, tant ils craignaient de trouver deirière eux quelque puissant prolecteur.

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