‹ Histoire de la restauration, 1814-1830Chapitre 49 sur 177 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

(les affaires étrangères, et le "IÇ» président du conseil. Sa nomination répondait aux nécessités les plus urgentes, et c'est avec raison que M. de Serre, nouveau venu dans la politique, mais traduisant le sentiment général qu'il recueillait autour de lui, écrivait : « Le chef du ministère nous promet une paix au moins tolérable. »

Le duc de Richelieu inspirait en effet confiance à l'Europe et à la France. II portait dignement un nom illustre. Son attachement aux Bourbons, loin de faire de lui un fanatique comme M. de la Bourdonnaye, ou un aveugle comme M. de Polignac, n'enlevait rien à ses convictions libérales et à son désir ardent de réconcilier la monarchie avec la France. Attaché au service de la Russie pendant l'émigration, il avait, comme gouverneur d'Odessa, non seulement révélé de puissantes qualités d'organisateur, mais encore inspiré au tzarowilz, devenu depuis l'empereur Alexandre et le maître des destinées de la France, une amitié sincère autant que flatteuse. Dans les circonstances actuelles, l'intimité qui régnait entre le tzar et lui était singulièrement propre à faciliter l'œuvre de la paix. Il s'adjoignit comme principal collaborateur M. Decazes, à qui sa conduite pendant les Cent jours avait gagné les bonnes grâces du parti royaliste, et dont les qualités exceptionnelles étaient servies par l'esprit le plus fin, la jeunesse la plus active et une chance heureuse qui semblait assurer le succès de tout ce qu'il entreprenait. Ses autres choix ne furent pas tous également bons. Quelques-uns des nouveaux ministres contribuèrent à créer au cabinet de sérieux embarras par le désir qu'ils eurent de ilonner en tout satisfaction à la Chambre. Le duc de Feltre, qui avait suivi le roi à Gand, remplaça à la guerre le général de Gouvion Saint-Cyr; le vicomte Dubouchage, ancien chef de brigade au corps royal de l'artillerie coloniale, le gardien courageux de la famille royale dans la tragique journée du 10 août, prit le portefeuille de la marine; M. de Yaublanc, préfet de Marseille,

ancien membre de l'Assemblée législative, dans laquelle il avait combattu la proposition d'amnistie présentée en faveur des massacres de la glacière d'Avignon, l'intérieur; M. Barbé de Marbois, l'une des victimes du 18 fructidor, les sceaux; M. Corvetto, membre du conseil d'État, les finances.

La tendance du ministère s'accusa nettement par la nomination du marécbal duc de Reggio au comuiandement de la garde nationale; par celles de M. Bertin de Vaux, comme secrétaire général du ministère de la police, et par le maintien de M. Guizot dans les fonctions de secrétaire général du ministère de la justice, qu'il avait occupées sous la précédente administration. Enfin, M. Roycr-Collard fut appelé à présider le conseil de l'instruction publique.

La Chambre avait donc obtenu une première victoire avant même d'avoir siégé. Ce succès, d'ailleurs, n'avait rien d'excessif; il était conforme à l'intérêt bien entendu de la nation, puisqu'il amenait aux affaires des royalistes plus fidèles que leurs prédécesseurs, plus modérés que la majorité, et assez habiles pour la contenir. Mais il lui donna d'elle-même, dès ce moment, de son influence, de son pouvoir, de ses vues, une idée exagérée qui ne contribua pas peu à créer les difficultés ultérieures dont la suite va se dérouler.

L'ouverture du parlement avait été fixée au 24 septembre; le changement de ministère la fit ajourner au 7 octobre. Avant de raconter la première session parlementaire de la Restauration, il faut s'arrêter un moment au traité de paix, qui fut conclu le 20 novembre, après des négociations qui durèrent plusieurs semaines.

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