LIVRE DEUXIÈME
PRÉLIMINAIRE DU TRAITÉ DE PAIX — DISPOSITIONS DES PUISSANCES — INFLUENCE DU PRINCIPE DE LÉGITIMITÉ — SIGNATURE DU TRAITÉ, LE 20 NOVEMBRE — STIPULATIONS ONÉREUSES QU'iL RENFERME — LEUR EXÉCUTION DE 1815 A 1818.
Les puissances alliées, avant toute négociation avec le cabinet des Tuileries, étaient tenues de se mettre d'accord entre elles pour la fixation dos conditions de la paix. Les pourparlers qrii précédèrent cet accord et desquels il sortit durèrent trois mois. Ils furent rendus surtout difficiles par la diversité des sentiments personnels qui animaient les gouvernements. Chacun d'eux songeait à soi, s'efforçait de tirer de la situation un parti propice à ses intérêts. Mais cet égoïsme, qui est de tous les temps, était alors dominé par les nécessités d'équilibre européen qui s'imposaient aux plus exigeants, et qui allaient devenir entre les mains des diplomates français un argument tout-puissant, fécond et décisif Il était dominé aussi par la solidarité qui unissait entre eux les cabinets fondés sur le principe héréditaire, et les groupait, en quelque sorte contre leur gré, pour combattre la Révolution devant les menaces de laquelle il ne pouvait y avoir ni vainqueur, ni vaincu.
Ces nécessités, cette solidarité, ce besoin pressant et incessant d'alliance firent plus pour la cause de la France que les habiletés diplomatiques. Louis XVIII, roi d'un peuple écrasé par la défaite et rendu impuissant par l'excès de ses maux, trouva dans le principe dont sa personne était la représentation vivante, sa défense naturelle. Au début, la Prusse semblait intraitable; elle voulait des territoires et de l'argent. Elle dut réduire ses prétentions, car ses alliés eux-mêmes l'exigèrent au nom de l'intérêt européen. L'Autriche, la Russie, l'Angleterre se montrèrent plus modérées
dans leurs demandes et, l'on convint de rendre à Louis XVITI, non la France du 30 mai 1814, mais celle de 1790.
Ainsi, en dépit de cessions territoriales qui ne touchaient que des conquêtes récentes, le roi trouvait son royaume, tel qu'il était censé l'avoir laissé. La contribution de i,aierre eut pour base le revenu budgétaire de la France pendant une année. On en fixa le cbifTre à 600 millions, plus 200 autres millions, destinés à la construction des forteresses tant en Belgique qu'en Allemagne, pour tenir la France en échec. Quant à l'occupation, elle devait s'étendre entre Valencieimes et Strasbourg, em[)loyer 150,000 hommes aux frais de la France et durer sept ans» Cette disposition léonine et inutile doublait la contribution de guerre, mais fut considérée par les alliés comme indispensable au repos, à la sécurité de l'Europe.
Le 19 septembre 1815, ces conditions furent officiellement communiquées, sous forme d'ultimatum, au gouvernement français, à la tète duquel se trouvait encore M. deTalleyrand. La négociation s'ouvrit alors. Y prirent part : pour l'Angleterre, lord Castlereagh et le duc de Wellington; pour l'Autriche, le prince de Metternich etM.de ^Yissembourg•, pour la Prusse, M. de Hardenberg et M. de llumboldt; pour la Uussie, le comte de Rassouniollski et le comte deCapo d'Istria; pour la France enfin, M. de Talleyrand, avec l'aide du baron Louis et de M. de Dalberg. La situation des représentants de la France ne laissait pas d'être critique. Pour défendre les intérêts de leur pays contre les quatre grandes puissances alliées, ils n'avaient que leurs séductions personnelles et l'habileté avec laquelle ils sauraient mettre en lumière les principes tutélaires que représentait leur gouvernement.
C'est au nom de ces principes que M. de Talleyrand résista pied à pied aux exigences par lesquelles il était envahi. 11 lutta, repoussa le droit de conquête qu'on entendait exercer sur la France, et posa sur-le-ehamp le gouvernement du