‹ Histoire de la restauration, 1814-1830Chapitre 5 sur 177 · LIVRE PRKMIEH · texte numérisé non relu

LIVRE PRKMIEH

un gouvernement provisoire formé, composé du prince de Talleyrand, du duc de Dalberg, du général de Beurnonville, du comte de Jaucourt et de l'abbé de Montesquieu. Le 2 avril, le Sénat proclamait la déchéance de Napoléon l"etde sa famille ; le 3, le Corps législatif ratifiait cette décision, qui se fortifiait presque aussitôt de l'adhésion des corps constitués.

Dans Paris, les royalistes se livraient à une joie bruyante. Elle ne trouvait, il faut le reconnaître, que des encouragements parmi la population, avide de paix, de liberté, de prospérité. Elle attendait des Bourbons ces biens précieux. Sur les murs, on pouvait lire, à côté d'une proclamation de Louis XVIII, datant déjà d'une année, et ressuscitée pour la circonstance, des adresses invitant les alliés à rétablir les Bourbons. Chateaubriand lançait son livre : Bonaparte et les Bourbons, qui allait servir la cause royale autant que, dix ans plus tôt, le Génie du Christianisme avait aidé à la cause de la religion. Les journaux exaltaient la dynastie rappelée, accablaient d'injures le monarque déchu; toutes les passions comprimées par un long despotisme éclataient à la fois, en un langage sans mesure, en des manifestations sans dignité, peu honorables pour ceux qui s'y livraient et qui avaient le tort de confondre dans leurs emportements ce qui constituait la gloire personnelle de l'empereur et ce qui constituait la gloire impérissable de la patrie.

Tandis que se déroulaient ces incidents, M. de Caulaincourt, duc de Yicence, après avoir vainement défendu auprès du tsar la cause de Napoléon, était revenu en toute hâte à Fontainebleau, afin de faire connaître à son maître ce qui se passait. Le premier mouvement de l'empereur avait été un mouvement de fureur. Il parlait de se remettre à la tête de son armée, de marcher sur Paris, d'ameuter la France contre les politiques qui préparaient sa chute, oubliant que la France était lasse de lui. Puis, il avait cédé aux conseils des maréchaux Ney, Macdonald et du duc de Vicence. II

s'était résigné à envoyer à Paris par ses compagnons d'armes une abdication en faveur de son fils. Ceux-ci étaient arrivés trop tard. Quand ils avaient voulu présenter au tsar l'acte d'abdication, on leur avait répondu que les résolutions prises ne laissaient plus place au roi de Rome, qu'on exigeait de l'empereur une abdication définitive; et quand les maréchaux s'étaient efforcés de parler au nom de l'armée, de faire craindre qu'elle n'adhérât point aux combinaisons arrêtées en dehors d'elle, le tsar n'avait eu pour leur fermer la bouche qu'à leur apprendre la défection du corps de Marmont, dont la nouvelle lui arrivait au cours même de l'entretien, apportant à ses raisonnements un argument plus spécieux que sincère, puisque toutes les décisions en vue de l'avenir étaient déjà irrévocables.

Les maréchaux, renonçant alors à vaincre une résistance qu'ils considéraient comme absolue, retournèrent auprès de l'empereur ; au milieu de circonstances quasi tragiques dont M. Thiers a Iracé le récit définitif en des pages éloquentes, ils lui arrachèrent l'abdication pure et simple qu'exigeaient les souverains alliés. Peu de jours après, le H avril, une convention intervenait entre ceux-ci et l'empereur pour régler la question de ses intérêts personnels et ceux de sa famille. Il renonçait pour elle et pour lui à tous ses Etats, choisissait l'île d'Elbe pour s'y retirer et ne tardait pas à quitter Fontainebleau, après avoir fait des adieux solennels à sa garde, pour aller s'embarquer à Fréjus d'où il partait le 28 avril pour l'Ile d'Elbe, à bord d'une frégate anglaise. Déjà, sur tous les points où s'était étendue sa puissance, elle s'effondi'ait. Soult à Toulouse, après une dernière et sanglante bataille, le prince Eugène à Mantoue, Davoust à Hambourg, après une résistance héroïque, mettaient bas les armes. L'empire avait vécu. Le règne des Bourbons commençait.

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