LIVRE DEUXIÈME
roi, non comme un vaincu, mais comme un associé, alléi;uaiit que le congrès de Vienne l'avait fait entrer tlans l'alliance des princes européens. Cette négociation, finement et énergiqnement conduite par un homme tel que l'ancien évèque d'Autun qui avait su se bien faire venir des souverains réunis à Paris, et de leurs ministres, semblait devoir réussir. Il y fut fait preuve d'une véritable énergie et d'une habileté rare.
Mais il ne devait pas être donné à M. de Talleyrand de la conclure. Au milieu d'une situation pleine de périls, résultant à la fois des exigences des alliés, de leur empressement à dépouiller le Louvre, de leurs résistances aux efforts du roi, qui ne voulait pas subir leurs volontés, du chiffre exagéré de l'armée d'occupation, et des difficultés intérieures que nous avons exposées déjà et qui s'accroissaient tous les jours; au milieu de cette situation, M. de Talleyrand, repoussé par l'élément royaliste qui dominait, dans la Chambre nouvellement élue, dut quitter les affaires. Le roi y appela sur-le-champ le duc de Richelieu.
C'était jouer une grosse partie. Leduc de Richelieu exercerait-il cette influence que, selon l'expression de M. de Villemain, M. de Talleyrand devait « à mille choses, à des préjugés contraires, à des illusions diverses, au mal comme au bien de sa carrière déjà longue, à son origine, à son nom, à ses souvenirs de l'Assemblée constituante, de l'émigration, du Directoire et de l'Empire, à ses coiuluites variées, à ses grandes manières, surtout à ce privilège éclatant de longue intimité et de rupture opportune avec Napoléon », et enfin au principe de la légitimité, dont il s'était fait au Congrès de Vienne le représentant ? Il se trouva ({ue le duc de Richelieu valait M. de Talleyrand par l'habileté diplomatique.
Le nouveau minisire obtint, grâce à l'inlluence du tzar, quelques allégements aux conditions précédenmient imposées. 11 fnt décidé que la France conserverait Condé, Givet, les forts de Joux et de l'Ecluse, cju'on avait précédemment
voulu lui enlever; l'indemnité était réduite de 100 millions et ramenée par conséquent à 700 millions, et, enfin, Toccupation ne devait pas dépasser cinq ans. Telles étaient les conditions définitives du traité de paix du ^0 novembre que signèrent pour la France le duc de Richelieu, pour les puissances le dnc de Wellington et lord Castlereagh, et dont Louis XYIII put annoncer la conclusion dès le 7 octobre, en ouvrant la session des Chambres.
Ce traité était onéreux et cruel. Le duc de Richelieu ne le signa qu'avec des larmes, après en avoir vaillamment débattu les conditions, étreint par la nécessité. Toutefois, si Ton considère qu'en dépit de vingt ans de guerre, durant lesquels l'Europe, par le fait de Napoléon, avait été à feu et à sang, la France conservait, sauf diverses parcelles de territoire, ses frontières de 1790, et qu'elle recouvrait dans le concert européen sa situation prépondérante et son influence, il faut reconnaître que la diplomatie française avait su, comme couronnement à d'innombrables désastres, se ménager une victoire qu'à la distance oùnous sommes aujourd'hui de ces événements, et en les comparant à d'autres plus récents, non moins douloureux, on peut considérer comme éclatante et fructueuse.
Le traité réglait toutes les conditions du payement de l'indemnité pécuniaire. Les 700 millions devaient s'acquitter jour par jour, par portions égales, dans un délai de cinq ans, sans être productifs d'intérêt, si ce n'est pour les sommes qu'on ne payerait pas à l'échéance.
Ces dispositions faisaient l'objet d'une première convention. Les détails de l'occupation militaire étaient réglés par une seconde, dans laquelle il était dit que l'entretien complet de cent cinquante mille hommes restait à la charge de la France, que le logement, le chauffage, l'éclairage, les vivres devraient être fournis en nature. On estimait à 200,000 le maximum des rations pour les hommes, à 50,000 celui pour les chevaux. La solde, l'équipement, l'habillement,