‹ Histoire de la restauration, 1814-1830Chapitre 56 sur 177 · I.IVIIK DEUXlKML · texte numérisé non relu

I.IVIIK DEUXlKML

inconnu, ancien émigré, ancien magistrat sous l'empire, auquel il avait refusé de se rallier pendant les Cent jours, M. de Serre monta à la tribune, le 5 janvier, pour défendre le projet du gouvernement. Après avoir plaidé la nécessité pour la Chambre de vivre unie avec le roi et exprimé la douleur qu'il éprouvait en voyant la commission rompre cette union, il s'elforça de démontrer que les exceptions que la loi mettait à l'amnistie étaient suffisantes. Il rappela que des mesures de rigueur avaient été déjà volées, de grands coupables frappés, et il soutint que ces exemples suffisaient à l'expiation du passé.

Même après le mémorable discours que M. Royer-CuUard prononça en cette circonstance, celui de M. de Serre, conçu dans le même esprit, produisit une impression profonde," comme si la Chambre, en entendant cette parole nerveuse, fine et toute pénétrée d'une ardeur contenue, eût compris qu'elle assistait aux débuis de l'homme ((ui devait être l'un des plus éloquents orateurs que la tribune française ait jamais connus. M. de Serre prit encore la parole, à trois reprises, au cours du débat, et ce fut toujours pour écarter les amendements de la commission. L'un de ces amendements voulait que les coupables eussent à payer des indemnités au Trésor. M. de Serre protesta contre l'inicjuité de cette proposition imitée des plus sanglantes heures de la Révolution. « Messieurs, dit-il, notre Trésor peut être pauvre; mais qu'il soit pur! C'est en entretenant au sein de la nation les sentiments nobles et généreux que vous l'enrichirez d'une manière digne de vous. Méprisez de misérables dépouilles, conservez à nos lois fondamentales le caractère de noblesse et de pureté dont elles sont revêtues, et laissez aux Bourbons la gloire d'une grande pensée morale et politique qui leur assure la reconnaissance de la nation et la vénération de la postérité. »

Le projet du ministère fut voté. Il n'y fut fait (|u'un seul changement, cilui qui ajoutait, contre la volonté du roi, les

régicides aux exceptions proposées par la loi. Cet amendement fut voté dans des circonstances presque dramatiques, aux cris de « Vive le roi! » après une brûlante harangue de M. de Bethisy, qui résumait toutes les passions, tous les désirs, toutes les haines de la Chambre de 1815 et qui permet de comprendre comment, en s'accentuant, tant de sentiments d'attachement à la couronne allaient s'exagérer jusqu'à créer un grand péril et obliger le gouvernement à dissoudre la Chambre.

Pendant que cette Asscuiblet' discutait la loi d'amnistie, le maréchal Ney, comme Labédoyère, payait de sa vie le fatal emportement de cœur qui lavait poussé dans les bras de >'apoléon, au moment où il venait de promettre à Louis XVIII de le ramener dans d. une cage de fer ». Liiifortuné soldat, pressentant les poursuites dont il allait être l'objet, était sorti de Paris, sous un déguisement et sous un faux nom. le Cl juillet, avec le tlessein de passer en Suisse. Mais, les Autrichiens occupant li frontière, il lui fut im^possible de la franchir. Il se rendit alors chez un de ses parents dans le département ilu Lot, et y vécut caché pendant quelques jours, négligeant de se rendre à des avis amicaux qui le pressaient de fuir. S:i retraite, malheureusement, fut découverte, luimême mis en état d'arrestation et conduit à Paris.

Le gouvernement ne désirait pas s'emparer de sa personne. Mais ^'ey s'étant laissé prendre, il ne jugeait pas possible de ne pas le déférer à la justice. Detous les ofhciers qu'avait reconquis le prestige de l'empereur, il n'en était pas dont la responsabilité fût plus directement engagée que celle du maréchal Ney. Placé à la tête des troupes envoyées conire l'empereur, sa défection avait eu les plus funestes conséquences. Si un chef de son grade était épargné, on ne jiiurrait plus en poursuivre aucun autre, et la clémence serait considérée comme un encouragement à la rébellion.

Ces considérations dictère:it le renvoi du maréchal, d'abord, devant un conseil de guerre, dont il déclina la compétence,

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011 s;i (|iialit('> de membre de la Cliaml)i'e des pairs, eiisuilc (levant celle-ci. Il s'y présent?, le 21 novembre, entre quatre i;renadiers préposés à sa garde, assisté de ses défenseurs, MM. Diipin, Berryer père et Berryer fils. Le procès dura plusieurs jours. Le marécbal s'était d'abord placé sous In protection de la capitulation du 3 juillet, laf|uelle avait garanti la vie de tous les individus qui se trouvaient à ce moment dans Paris; mais il dut renoncer à ce système de défense que la Cour des Pairs ne voulut pas admettre. Ses défenseurs essayèrent alors d'invoquer k son profit le traité du 2l) novembre qui, en enlevant Sarrelouis, sa ville natale, à la France, pouvait permettre de dire qu'il n'était plus Français ni justiciai)le des lois françaises. Mais ce système, qui lui arraclia d'ailleurs une protestation, ne réussit pas mieux (jne l'autre.

Au surplus, il se défendit faiblement contre l'accusation. Il ne trouva des accents énergiques que pour protester contre la déposition peu généreuse flu général de Bourmont, son lieutenant à Lons-le-Saunier, qui tendait à faire croire que sa trahison avait été préméditée. Le procureur général Bellart n'eut pas de peine à prouver, dans un réquisitoire empreint de violence, que les faits qu(^ le maréchal avait avoués suffisaient à entraîner la peine capitale. Dans la nuit (lu (■) au 7 décemhre, après une délibération qui ne dura l);ts moins de quinze heures, la Conr des pairs rendit son ariét. Cent vingt-huit de ses membres s'étaient prononcés pour la peine de mort, et dix-sept seulement pour la déportation. Cinq s'étaient absteiuis. Le jugement, sans appel, devait être exécuté sans délai.

Conduit dans la prison du Luxembourg, le maréchal Ney, celui (|u'on appelait * le brave des braves, » se prépara à mourir. Quand le greffier de la (-our des pairs vint lui donner lecture de la sentence, comme il énumérait ses litres : (( Passez, s'écria le maréchal, dites simi)l(>ment Michel Ney cl bientiM un peu de poussière. » A cin(i heures du matin,

il reçut la visite de sa femme et de ses quatre enfants. Cette entrevue fut déchirante; il n'y mil un terme qu'en donnant à la maréchale l'espoir qu'il pourrait encore être sauvé, si elle parvenait à approcher le roi. Elle courut aux Tuileries, où elle fui reçue avant le jour; mais elle attendit en vain Louis XYIII, qui ne voulut pas la voir, le gouvernement ayant décidé qu'il ne serait pas fait grâce.

A neuf heures, après s'être entretenu avec le curé de Saint-Sulpice et avoir dormi quelques instants, le condamné monta en voiture avec le prêtre. Par le jardin du Luvembourg, qu'attristait une froide matinée d'hiver, le cortège se dirigea vers l'avenue de l'Observatoire, ^'ey était vêtu d'une redingote de drap bleu, d'une culotte noire, de bas de soie noire, et coiffé d'un chapeau rond. La voiture s'étani arrêtée sur le lieu de l'exécution où stationnait un peloton de vétérans sous les ordres d'un officier et du général commandant la place de Paris, le maréchal mit pied à terre. Il fit ses dernières recommandations pour sa famille au curé de Saint-Sulpice, en lui donnant pour les pauvres quelques pièces d'or qu'il avait dans ses poches. L'officier s'étant approché pour lui offrir de lui bander les yeux, il refusa, en alléguant que depuis vingt ans il avait l'habitude de regarder en face les boulets et les balles. Puis, il ajouta : « Je proteste devant Dieu et la patrie contre le jugement qui me condamne. J'en appelle aux hommes, à la postérité, à Dieu, Alve la France! — Soldats! droit au cœur!...» s'écria-t-il en ôtant son chapeau. Il tomba, tué sur le coup, percé de douze balles. Il avait quarante-six ans.

Son supplice, au moment où il fut exécuté, ne souleva aucune protestation, tant il paraissait à tous, nécessité par les circonstances. C'est plus tard seulement, quand la vie militaire et les glorieux exploits du maréchal furent mieux connus, lorsque les ennemis des Bourbons cherchaient des armes contre eux, que les partis transformèrent l'exécution de Ney en une sorte d'assassinat politique et lui-même en

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