LIVRE DEUXIÈME
martyr. L'histoire doit être plus juste. Elle peut rei^retter que le malheur des temps, les mœurs publiques, la raison d'État n'aient pas laissé place pour la clénience; mais elle est obligée de reconnaître, sans insulter à la mémoire d'un glorieux soldat, qu'en passant avec ses troupes à l'empereur qu'il avait juré de combattre, il trahit ses devoii's militaires, victime des souvenirs du passé, de la confraternité qui se crée sur les champs de bataille et des élans de son cœur. La postérité lui a été indulgente en plaidant, au profit de sa mémoire, ce qu'il y eut d'humain dans sa conduite. Elle serait injuste, si elle faisait au gouvernement royal un crime de sa mort.
|:iS HISTOIl'.K DK I.A l! K'^TA'.l; ATI(>\.
SKSSIO.N DK 1815 — 1.01 Kl.KCTOKAI.E — OI'l'llS! TldN KdY.M.lSTE — ROYKU- COM.ARD — M. DK MLI.Èl.K — M. DE SKRRE — LA I.Ol ÉLECTOKM.E REPOUSSÉE PAR I.A CHAMBRE DES PAIRS — I.E RLDl.ET DE ISIO — EXAMEN DE L'ARRIÉRÉ — PASSIO.NS DE L'EXTRÉME DROITE — LOI SIL LE CLERGÉ — GRANDE IMPORTANCE DE M. DE SERRE — M. DE VAIBLAXC REMPLACÉ AU MINISTÈRE DE L'INTÉ.IIEUR PAU M. LAINÉ.
Nous devons maintenant continuer le résumé des ti-avanx de la Chambre de 1810 pour faire fonijtrendre comment naquit et s'imposa la nécessité de la dissoudre et de délivrer la France et le roi du Joiiii' de rullra-royalisme. La gouvernement s'était engagé à présenler aux Chambres une loi électorale. Il la présenta le 18 décembre. Elle avait été rédigée par le ministre de l'intérieur, M. de Yaublanc, personnage honnête, et bien intentionné, mais dominé par l'extrême droite. Elle avait le grand défaut de mettre les élections à la discrétion du pouvoir, par une disposition que la ténacité du ministre de l'intérieur avait arrachée à la fatigue de- ses collègues et ainsi conçue : (c Les ministres nomment les électeurs qui nomment les députés. »
L'opposition royaliste, bien que la loi émanât de l'un des deux membres du cabinet, qui seuls avaient ses sympathies, fut unanime à protester contre cette doctrine; elle transformait la Chambre en un corps purement administratif et ne formait les collèges électoraux qu'avec des fonctionnaires, en se contentant de leur adjoindre les membres des conseils d'arrondissement nommés parle roi et les soixante plus imposés. Une commission fut élue, chargée de rédiger un contre-projet sur des bases toutes différentes, qui fut considéré par la majorité du cabinet comme bien meilleur que le sien. c( J'ai été à la commission de la loi des élections, écrivait le duc de Richelieu à M. Decazes. Ils nous ont bien
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ai raiii;('' notre loi ; mais le pis est qu'à mon avis, ils ont raison (le tout ()oiiil : il faudra la retirer, car nous paraîtrions trop à notre désavantage. Nous n'aurions pas quarante voix. » Il semble que dans ces circonstances un arrangement aurait pu intervenir. Mais, en fait, personne n'avait encore une idée assez précise de la pratique électorale; les mobiles auxquels obéissent les électeurs étaient encore trop peu connus ; il y avait trop d'ignorance, d'hésitation, d'inexpérience sur la manière dont on peut diriger le suffrage, pour qu'une proposition à peu près acceptable pût sortir des délibérations.
M. Koyer-Gollard se fit, dans un discours célèbre, l'interprète d'une doctrine qui prétendait placer le gouvernement tout entier dans le pouvoir royal. « Le jour où le gouvernement n'existera que par la majorité de la Chambre, dit-il, le jour où il sera établi en fait que la Chambre peut repousser
les ministres du roi et lui en imposer d'autres , ce jour-là,
c'en est fait non seuleiuent de la charte, mais de notre royauté. » M. Royer-Collard se trompait, et lorsqu'en 1880 il présentait au roi Charles X la fameuse adresse de la Chambre des députés, il était bien loin de professer les idées qu'il émettait en i81(),et «pii, (luoiqueiléfenihies parM.Pasquier et par M. de Serre, trouvèrent des contradicteurs parmi leurs amis et parmi les royalistes les plus ardents, sins en excepter M. de la Bourdonnaye.
C'est M. de Villèle qui fit entendre l'exposé des idées les plus sages. Quant à M. de Serre, qui s'attacha à combattre l'idée d'indépendance, qui, selon lui, caractérisait le projet (le la commission et le rendait dangereux, et à prouver que ce projet entravait l'harmonie des pouvoirs, nous n'en voulons parler que parce qu'il est la preuve des tâtonnements aux([uels ces premiers essais du gouvernement représentatif condainnaient des esprits si droits, si sincères. On eût dit ((u'ils étaient à l'avance épouvantés des conséquences de l'extension du pouvoir électoral, et, à ce point de vue, il est assez curieux de rapprocher des parolesde M. Royer-Collard
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celles que M. de Serre prononçait dans le même débat : « La démocratie n'est ni le besoin, ni le vœu de la France ; elle a fait tons ses malheurs. Éloignons, messieurs, tout ce ([ni peut altérer le pouvoir royal. La France, monarchique par ses habitudes, par ses affections, par toute sa constitution physique et morale, attend de ses députés un concours filial aux desseins paternels du roi, et non pas une indépendance qui les contrarierait. On insiste et l'on dit que la Chambre des députés est l'organe de l'opinion publii[ue, qu'elle représente tous les intérêts de la nation. Si ces expressions n'ont rien d'exagéré, il en résulte que la Chambre des députés représente la France entière; et, alors, qui pourrait résister à cette puissance prépondérante? qui no s'abaissera devant elle? »
On ne peut lire aujourd'hui ces paroles, sans élonnement. Elles révèlent les perplexités et les angoisses d'un noble cœur, comme les erreurs d'un grand esprit doni l'éducation sur ces points si graves était encore à faire, mais devait se faire rapidement. Comme M. Royer-Gollard, M. de Serre défendit aussi le renouvellement de la Chambre par cinquième, tel ([ue la Charte l'avait indiqué dans un article que la commission proposait de modifier, et là encore, ce furent les hommes de la droite qui défendirent la vérité des principes. M. de Villèle proposa de remplacer le renouvellement partiel par le renouvellement intégral, parce qu'il établissait la permanence du corps qui représentait la démocratie, et parce qu'il ne donnait pas à l'opinion du pays le moyen de se manffester clairement et avec ensemble. Le débat dura plusieurs jours, mais fut inefficace. Le projet de loi, mal conçu, incohérent, adopté par la Chambre des députés à une faible majorité, fut rejeté par la Chambre des pairs, et ne résolut par conséquent aucune des questions qu'il avait soulevées.
Dans la disciission du budget qui suivit celle de la loi électorale, les royalistes libéraux furent mieux inspirés et plus