LIVRE DiaXlÈME
à Paris avait reçu de son 1,'^otiveniement une dépêche insistant sur la nécessité de dissoudre une Chambre aussi contraire il la politique du souverain qu'aux intérêts de la France.
Ces démarches des cabinets étrangers eurent pour résultat de rendre un temps la Chambre de 1815 moins insupportable a Louis XVIII, dont le patriotisme s'offensait d'une intervention qui prenait un caractère presque comminatoire. Le duc de Richelieu se défendait aussi contre le secours que les gouvernements européens apportaient à sa politique : « Tout ce que je crains, écrivait-il à M. Decazes, c'est qu'on ne croie que ce ^nt les étrangers qui nous soutiennent... rien ne me paraît plus odieux... Par-dessus tout, je ne veux pas d'appui étranger. Plutôt mourir de la main des P^rançais que d'exister par la protection étrangère. » Ceci se passait au mois de mars. Un mois plus tard, la conférence européenne discuta, sur la proposition de la Prusse, laqueslion de savoir s'il n'y avait pas lieu d'exiger du roi la dissolution. La sagesse du duc de \Yellington épargna cette humiliation à Louis XVIII ; mais il n'en resta pas moins avéré dans la pensée de ce prince que la Chambre de 1815, qui avait déjà créé des difficultés si graves au point de vue intérieur, allait, au point de vue extérieur, altirer sur la France des périls non moins redoutables.
On a insinué que M. Decazes, pour faire éclater aux yeux du roi le caractère alarmant de ces périls, avait provoqué l'intervention des cabinets européens. C'est là une accusalion sans preuves. M. Decazes, qui suivait résolument sa voie, se serait bien gardé d'ajjpeler à son aide les cours continentales, dont l'intervention ne pouvait que blesser le roi, sans hâter la solution ; et si ce secours vint à propos pour seconder ses plans, il n'était pas cependant nécessaire à leur succès. En faisant éclater en toutes circonstances l'action pernicieuse de ce parti ullra-royaliste qui devait, à treize ans de là, eutraincr le niallieuroux Charles X dans l'exil, et
prétendait élever déjà contre le gouvernement du pays un gouvernement mystérieux chargé de défendre la couronne, malgré elle, contre ce qu'on appelait sa faiblesse, la Chambre de 1815 s'était perdue et condamnée. Elle était devenue odieuse à la nation, et, pour lui porter un coup décisif, M. Decazes n'eut pas besoin de recourir à des mains étrangères. Il lui suftit de faire arriver à Louis XVIII l'expression de l'opinion publique révoltée. Il y mit du temps et de la prudence. Mais il sut à propos prendre 'acte du mécontentement du roi qui éclata, notamment, en deux circonstances.
La première fois, c'était ^irès l'évasion de M. de La Valette. La droite irritée voulait mettre en accusation le garde des sceaux et le ministre de la police. Elle parla même d'envoyer au roi une adresse pour lui déclarer que les deux ministres n'avaient plus la confiance de la nation : « Je la consulterai, répondit le roi. » Sur ce mot, le projet d'adresse fut abandonné. Ultérieurement, le roi s'était prêté à une négociation qui avait pour objet d'assnrer au ministère, au moins jusqu'à la fin de la session, le concours de la droite, à diverses conditions, résumées dans le double engagement de ne pas appliquer avant le terme de la session suivante le renouvellement par cinquième, et de conserver U. de Vaublanc au ministère de l'intérieur. Cet arrangement no fut pas ratifié par les chefs de la droite, et la loi électorale, amendée par eux, comme on l'a vu plus haut, dans les termes qui en paralysaient les dispositions principales, fut le terrain sur lequel s'accentua le dissentiment. « De combien de voix est la majorité? demanda le roi à M. Decazes. — Sire, de deux cent cinq voix contre cent seize. — Eh bien, je la briserai ! » s'écria
Louis xvni.
En ces deux circonstances, M. Decazes eut le bon esprit de ne pas chercher à tirer parti de l'irritation dont il éliiit le témoin et le confident. Mais, dès ce moment, il entreprit avec vigueur la campagne qu'il entendait faire réussir. 11