LIVRE DEUXIÈME
efforts, échec d'autant plus grave que les Chambres allaient se réunir et que personne ne se faisait illusion quant au crédit que le ministère, affaibli par ses dissentiments, aurait sur elles.
M. Decazes demanda alors à se retirer seul. M. de Richelieu ne fit aucun effort pour le retenir. Mais MM. de Gouvion Saint-Cyr et Pasquier, convaincus que le ministère ne pouvait se passer d'un homme qui possédait à la fois l'amitié du roi et une immense popularité, déclarèrent que, s'il se retirait, ils se retireraient avec lui. Les choses restèrent donc en suspens.
Le duc de Richelieu était de plus en plus alarmé. De bonne foi, il cherchait le moyen de donner des satisfactions à la droite sans lui accorder une part prépondérante dans le gouvernement. Il reconnaissait à divers symptômes que le centre droit se rapprochait delà droite, le centre gauche de la gauche, et que dans les deux Chambres le tiers parti, sur lequel jusqu'alors s'était appuyé le ministère, tendait à disparaître. Enfin, il se défiait du petit groupe des doctrinaires, qu'il devinait plus sympathiques à M. Decazes qu'à hii-nu'me et cherchait à se réconcilier avec le comte d'Artois, véritable chef de la droite.
L'ouverture du parlement eut lieu à la mi-décembre. Le discours du trône contenait une phrase qui pouvait être considérée connue une avance à la droite : « Je conipte sur votre concours, disait le roi, pour repousser les principes pernicieux qui, sous le masque de la liberté, attaquent l'ordre social, conduisent par l'anarchie au pouvoir absolu, et dont le succès a conté tant de sang et de larmes. » Mais ces paroles ne ramenèrent pas les mécontents. Peu de jours après, la composition du bureau desChambres dans lequelles candidats des droites l'enipoilèrent au Lnxeml)ourg, l'échec de M. de Serre à la présidence des députés, vinrent démontrer que, par suite de ses divisions inlérieur(>s, le ministère perdait son action sur le parlement. Le i\\\c de Richelieu eut
alors la conviction que le comte Decazes était l'auteur du résultat qu'il déplorait. Des aigreurs, des irritations, des soupçons se firent jour dans le cabinet, et l;i vie commune devint impossible.
Dans ces circonstances, auxquelles le roi assistait avec une patience et un désintéressement qui révélèrent une fois de plus la haute intelligence avec laquelle il comprenait son rôle de souverain constitutionnel, il s'était bien gardé de se prononcer. Son goût personnel lui faisait désirer de conserver M. Decazes, pour lequel il professait, ainsi qu'il Ta écrit, « une amitié fondée sur les qualités à la fois les plus solides et les plus aimables et sur un attachement dont il faut être l'objet pour en sentir tout le prix ». Mais il tenait à M. de Richelieu, dont les services étaient éclatants el auquel il ne voyait d'autre successeur que M. de Talleyrand, qui lui inspirait la plus vive antipathie. Sa tristesse fut donc réelle quand, à la suite de l'élection du bureau des Chambres, qui venait de prouver que M. Decazes y conservait une induence prépondérante, il reçut une lettre du duc de Richelieu contenant sa démission. Quelques heures après. MM. Laine, Mole, Pasquier et Decazes en faisaient autant. Le roi écrivit au duc de Richelieu que, dans le trouble où il était, il ne pouvait lui faire une réponse précise, mais qu'il lui demandait de ne prendre aucune résolution définitive avant de l'avoir vu.
Le premier ministre se rendit à cet appel au bout de trente-six heures ; là, le roi ne lui dissimula rien de la peine ({uil aurait à se séparer de lui, surtout s'il était réduit à recourir à M. de Talleyrand, et fit valoir tous les arguments propres à le retenir. M. de Richelieu se retira très ébranlé, mais sans avoir pris aucun engagement, et, le lendemain, il adressait au roi une longue lettre dans laquelle il émimérait les conditions auxquelles il conserverait le pouvoir, ou plutôt la condition, car, au fond, ses exigences se résumaient dans la nécessité d'éloiiiiier sui'-lc-clirimn M. Decazes, en le