‹ Histoire de la restauration, 1814-1830Chapitre 68 sur 177 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

veinent libéral, demanda que des modilications y lussent introduites, et, malgré le roi, malgré les ministres, malgré le sentiment national, dont M. Laffite se fit l'écho dans la Chambre des députés, en demandant que la loi des élections fût maintenue telle qu'elle était, comme la base principale de la paix publique et de la monarchie constitutionnelle, elle adoj)la, à la majorité de quatre-vingt-dix-huit voix contre cinquante-cinq, la proposition du marquis Barthélémy ainsi conçue : « Le roi sera humblement supplié de proposer aux Chambres une loi qui fasse éprouver à l'organisation des collèges électoraux les modifications indispensables. »

La Chambre des députés fut appelée à son tour, le 23 mars, k se prononcer sur cette proposition, et la repoussa par cent cinquante voix contre quatre-vingt-quatorze, après un admirable discours du comte de Serre, dans lequel il dévoila les menées hypocrites à l'aide desquelles on avait espéré frapper à mort le ministère.

Au cours de ce débat, M. de Villèle s'éleva contre le droit accordé aux préfets de préparer les listes électorales, fl cita le département du Gard, où le nombre des électeurs, qui n'était en 1S17 que de neuf cent quatre-vingt-onze, avait été élevé à seize cents en 1818. M. de Saint-Aulaire répondit que cet accroissement avait eu pour but de réparer des oublis volontaires précédemment commis, et de prouver à ceux que la Terreur blanche avait éloignés du scrutin en 1815, qu'ils pouvaient voter sans danger. Il rappela les assassinats commis à Nîmes en cette année, à la veille des élections. M. de Villèle ayant objecté que, s'il y avait eu des assassinats, il fallait les punir, M. de Serre s'élança à la tribune et déclara que la répression avait été rendue impossible. Partout dans le Midi, l'esprit de parti avait fait acquitter les assassins; il avait été impossible d'obtenir la déposition d'un seul témoin à charge; la peur les rendait silencieux. Celte déclar;.lion exasi)éra les ultras, et le rejet de la proposition Barthélémy ajouta encore à leur fureur.

DAUDET. — Histoire (If la Restauration. 13

194 HISTOIKE DE LA KESÏAUKATION.

11 y avait juste vingt et un jours que la majorité des pairs s'était prononcée dans un sens différent. Mais, dans cet intervalle, une grave et très habile mesure avait été prise par le cabinet, mesure dont Tindispensabilité et l'urgence sont affirmées par cette lettre de M. GuizotàM.deSerre,endatedu :25 février : «J'ai un chagrin bien profond : je ne sais plus quand vous finirez, comment vous finirez ; et si vous ne finissez pas, on finira sans vous, malgré vous, contre vous. Le public prend d'heure en heure une attitude plus grave. » Le 6 mars, une ordonnance royale créait d'un seul coup soixante nouveaux pairs et noyait dans cette fournée la majorité hostile du Luxembourg, au moment où elle croyait en avoir fini avec le ministère et venait de marquer son ressentiment contre lui, non seulement en adoptant la proposition Barthélémy, mais encore en repoussant le projet de loi du baron Louis dont il est parlé plus haut.

La nomination des soixante pairs, vivement conseillée par MM. Decazes et de Serre, consterna les ultras dans les deux Chambres et à la cour, où, à l'exception du duc d'Angoulême et du duc d'Orléans, tout le monde étaitexaspéré contre le roi. Le comte d'Artois et le duc de Berry répandirent au dehors leur indignation ; la duchesse d'Angoulême versa des larmes. (( Voilà, dit Monsieur au duc d'Angoulême, le commencement de l'enterrement de notre famille. î Et le duc de Berry s'oublia jusqu'à s'exprimer en termes injurieux sur les nouveaux pairs, dont plusieurs avaient siégé au Luxembourg pendant les Cent jours. Le corps diplomatique étranger lui-même se montrait mécontent. Mais le pays était rassuré, le roi approuvait, et la droite expiait ainsi la faute qu'elle avait commise en tentant imprudemment de changer la loi électorale. Enfin, dans la Chambre des pairs, les influences de l'ancien régime se trouvaient tout à coup singulièrement ébranlées par l'esprit nouveau qu'on venait d'y infuser. Ce n'étaient pas là sans doute des avantages décisifs, ils indiquaient, du moins, quelle marche le ministère entendait suivre ; ils ré-

Page 1