‹ Histoire de la restauration, 1814-1830Chapitre 69 sur 177 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

vêlaient ses résolutions ; ils permettaient de dire que jamais cabinet n'avait donné si vite et de meilleure grâce des gages au parti libéral. Il allait d'ailleurs lui en donner un autre avec ses lois sur la presse, dont la discussion porta si haut la réputation de la tribune française.

Le malheur était que les ministres ne vivaient pas dans une absolue communauté d'opinions et de vues. Malgré tout, leur assemblage se ressentait quelque peu de la rapidité avec laquelle il avait été formé. Ses membres étaient pour la plupart des honmies éminents. On comptait parmi eux Gouvion Saint-Cyr, qui venait de se révéler grand administrateur, M. Portai, qui allait imprimera la marine française une impulsion si décisive, le baron Louis, un financier plein d'expérience, M, de Serre, le plus puissant orateur de cette époque, et enfin M. Decazes, que son habileté personnelle, sa popularité, ses récents succès et la faveur du roi rendaient particulièrement apte à diriger le gouvernement. Mais lui-même ne pouvait s'appuyer d'une manière absolue que sur M. Portai. Le marquis DessoUes, président nominal du conseil, le maréchal Gouvion Saint-Cyr et le baron Louis par leur nature d'esprit, leur passé, leurs relations inclinaient soit du côté des bonapartistes, soit vers le centre gauche plus qu'il ne convenait, et la mobilité passionnée de M. de Serre tendait alors à le pousser vers ce parti où ses amis les doctrinaires cherchaient des alliés et où luimême rêvait de trouver des appuis pour une politique à la fois royaliste et libéral.

M. Decazes, bien qu'il voulût, comme il le disait, nationaliser la couronne et royaliser la France, trouvait que ses collègues se laissaient trop entraîner hors de la voie où il aurait voulu les maintenir. Le dissentiment ne s'accentuait pas encore ; il était au fond des choses bien plus qu'à la surface. Mais il apparaissait à M, Decazes, qui voyait d'autre part, coalisés contre lui, la droite, le faubourg Saint-Germain, les princes, et qui, ne désespérant pas cependant de

former un tiers parti avec les éléments modérés des diverses opinions, ne voulait pas se laisser dévoyer. Il commençait se demander s'il n'y aurait pas lieu de moflifier prociiainenicut la composition du cabinet.

Les choses en étaienl l.i quilques semaines après sa formation, quand renseniLlc des projets de loi sur la presse fut présenté à la Chambre des députés, le:2:2 mars, par M. de Serre. Ces projets, au nombre de trois, avaient été rédigés par le duc de Broglie, soumis ensuite à une commission composée de >LM. Royer-Collard, Guizot et de Barante. Les dispositions en étaient sincèrement libérales et dip^nes d'un grand pays. Le premier énumérait comme suit les crimes et délits qui pouvaient être commis par la voie de la presse : provocation publique aux crimes et délits, offenses publiques envers la personne du roi, outrage à la morale publique et aux bonnes mœurs, dilfamation et injures publiques commises au moyen de discours, menaces et cris proférés dans des lieux publics, ou par des écrits imprimés, des dessins, des peintures et des emblèmes. Le second projet réglementait les poursuites et le jugement. La saisie des écrits ne pouvait plus être ordonnée qu'après leur publication ; les crimes et délits devaient être déférés aux cours d'assises, c'est-à-dire aujury; les injures simples, aux tribunaux correctionnels. C'était l'attribution nouvelle conférée au jury ([ui caractérisait la législation soumise à l'approbation des Chambres. Le troisième projet, supprimant pour les journaux l'autorisation préalable et la censure, les astreignait au cautionnement, à la désignation de deux éditeurs responsables et à la formalité du dépôt. Le préambule de ces lois posait en principe que les crimes et délits commis par la voie de la presse rentraient dans la catégorie des crimes et délits ordinaires.

Jamais des dispositions si libérales n'avaient été appliquées à la presse. Depuis un demi-siècle, malgré l'effort des gouvernements pour les transformer, tantôt en les

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