LIVRE TROISIÈMK
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DÉSUNION DANS LE MINISTÈRE — HOSTILITÉ DE LA. PRESSE — EMBARRAS EXTÉRIEURS — RENOUVELLEMENT DU CINQUIÈME — ÉLECTION DE L'ABBÉ GRÉGOIRE — SES EFFETS — UNE PARTIE DU MINISTÈRE SE DÉCIDE A MO- DIFIER LA LOI ÉLECTORALE — NÉGOCIATIONS DE M. DECAZES AVEC LA DROITE — IMPOSSIBILITÉ DE S'ENTENDKE — MODIFICATIONS MINISTÉ- RIELLES — M. DECAZES PRÉSIDENT DU CONSEIL — OUVERTURE DE LA SESSION DE 1820 — MALADIE DE M. DE SERRE — ASSASSINAT DU DUC DE BERRY.
Durant la session qui venait de finir, le ministère n'avait compté que des succès. Toutes ses propositions étaient votées, toutes celles des adversaires écartées. Cependant sa situation si brillante au jioiiit de vue parlementaire, due surtout ci l'ascendant que M. de Serre exerçait sur la Chambre, cachait des dangers qui n'échappaient pas aux plus clairvoyants de ses membres.
C'était d'abord la désunion qui rejouait dans son sein et qui allaiten s'accentuant. Elle avait eu ce singulier résultat que, tandis que M. Decazes essayait, par d'actifs pourparlers, d'attirer la droite à lui, tel autre de ses collègues tentait auprès de la gauche des démarches analogues, contradiction qui donnait à la politique du gouvernement une physionomie dépouillée de précision et de sincérité. Pourparlers et démarches restaient d'ailleurs sans résultat. Chacun des deux partis voulait conquérir les ministres, mais non se laisser conquérir par eux.
Puis, c'était l'hostilité de la presse; elle s'aggravait chaque jour, en envenimant jusqu'aux accidents les plus vulgaires de la vie publique d'un grand pays ; elle se compliquait de l'animosité de la famille royale. Celle-ci, malgré le roi, se faisait de plus en plus active contre son ministère, à l'instigation du comte d'Artois et de ses amis, qui ne voyaient que des malfaiteurs dans le parti Decazes et cherchaient
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à le perdre dans la faveur de Louis XVIII. Ce funeste anlagouisine avait un écho jusque dans l'armée, où il se manifestait par des collisions et des duels entre les troupes de ligne et les gardes du corps, entre les anciens officiers et les nouveaux. Les sociétés secrètes qui commençaient à se former sur la surface du pays, qui n'attendaient le triomphe de leurs idées que d'un changement de dynastie et qui allaient jusqu'à offrir la couronne au prince d'Orange, fils du roi de Hollande, entretenaient ce malaise par leur propagande toujours en rivalité avec celle de la Congrégation.
C'étaient enfin les embarras extérieurs créés par l'inquiétude avec laquelle les gouvernements engagés dans la Sainte Alliance, menacés chez eux par les menées révolutionnaires, observaient l'exemple et les encouragements qu'elles rencontraient en France. Les représentants de l'Europe à Paris, naguère empressés à soutenir la politique de M. Decazes, en suivaient maintenant les développements avec défiance. Le jury n'avait-il pas absous deux individus coupables d'une tentative d'assassinat sur la personne du duc de Wellington ? L'audace de la presse, les efforts de la démocratie avaient des imitateurs en Italie, en Angleterre, en ^Espagne, et surtout en Allemagne où l'agitation commencée en 1813 contre Napoléon se continuait contre les trônes. Les cabinets s'alarmaient. Les principaux souverains germaniques se réunissaient même en congrès à Carlsbad, au mois d'août, et, à l'instigation de l'Autriche, y prenaient les mesures les plus rigoureuses contre les conspirateurs. Les libéraux de France se demandaient si cette réaction commencée en Europe n'aurait pas son contre-coup à Paris, si le ministère ne voudrait pas y faire sa partie, et les plus violents d'entre eux l'attaquaient, en lui attribuant des desseins qui étaient bien loin de sa pensée.
C'est au milieu de ces difficultés qu'il était tenu de gouverner. Que pouvaient dans ces conditions, pour son prestige et son maintien, les améliorations et les réformes qu'il intro-