‹ Histoire de la restauration, 1814-1830Chapitre 73 sur 177 · LIVRE TROISIÈME 20:J · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME 20:J

duisait pou à peu dans l'administration générale du royaume? Il était toujours à la merci d'un incident. La nécessité de renouveler partiellement la Chambre ramenai! tous les ans dans le pays l'agitation électorale, en même temps qu'il offrait aux adversaires du pouvoir des occasions régulières et fré({uentes de se compter. Justement, l'époque fixée pour le renouvellement de 1819 approchait. La date des élections était fixée au 14 septembre, et les partis s'y préparaient fiévreusement, La gauche, par l'organe de son comité de Paris, présentait des candidats dont le nom était terriblement significatif, ennemis irréconciliables des Bourbons. Los ultras, véritables directeurs des opérations électorales parmi les royalistes, écartaient partout les candidats ministériels. Leur mot d'ordre était qu'il valait mieux, à défaut d'un homme de leur faction, voter pour un révolutionnaire que pour un modéré.

Les élections eureut lieu ; la droite ne put faire élire que cinq des siens ; le ministère en compta une vingtaine. Trente environ appartenaient à la gauche. Mais, parmi ceux-là, il eu était un qui suffisait seul à caractériser la situation : Grégoire, ancien évèque constitutionnel de Blois, qui, dans la Convention, avait le premier demandé l'abolition de la royauté, et approuvé en termes de la dernière violence la mort du roi, qu'il avait été empêché dé voter. Présenté aux élections de l'Isère par le comité de Paris, il ne put être nommé ([ue grâce au concours des ultras, qui, n'ayant pas réussi à faire passer leur candidat, estimaient qu'une élection jacobine était préférable à une élection ministérielle. Cette nomination constituait une injure suprême pour le roi. Tandis (jue les ultras essayaient d'en faire remonter la responsabilité à la politique suivie par M. Decazes depuis son arrivée au pouvoir, et se vengeaient ainsi de la dissolution de la Chambre introuvable, dont ils n'étaient pas encore consolés, le roi, mieux avisé, la leur attribuait à eux-mêmes, à eux seuls. « Mon frère, lui avait dit le comte d'Artois, vous

voyez où l'on vous mène! — Oui, mon frère, avait-il répondu, j'y pourvoirai » Le sens de cette réponse ne saurait être douteux quand on la rapproche de ce passage d'une lettre qu'il écrivait, le même jour, à M. Decazes. « C'est une consolation pour moi de penser qu'un jour l'histoire, qui à la longue ne flatte personne, dira à qui nous sommes redevahles d'un pareil choix, »

Le jour prédit par Louis XVIII est venu; l'histoire impartiale a jugé que si ce fut rimpardonnal)le faute de la gauche de repousser la politique de liberté que lui apportait la monarchie et d'y répondre par une opposition systémati({ue, sans merci, ce fut la faute non moins inexcusable d'une faction de royalistes de seconder ces desseins par haine de la politique modérée que M. Decazes cherchait à faire prévaloir. La seconde de ces politiques eût sauvé la monarchie ;. la première l'a perdue.

Cependant l'élection de l'Isère était un avertissement dont le gouvernement ne pouvait ne pas tenir compte. Il fallait à tout prix arrêter la marche ascendante de la gauche et son envahissement progressif dans la Chambre. L'idée, secrètement caressée par quelques-uns des ministres, de réformer la loi électorale, apparut comme le meilleur moyen de remédier au mal. Elle recruta dans le ministère MM. Decazes, de Serre et Portai, en excitant, il est vrai, les appréhensions du marquis Dessolle, du maréchal Gouvion S?int-Cyr, du baron Louis, et rallia le petit groupe des doctrinaires, qui fut consulté sur son opportunité. La réforme qu'il s'agissait d'opérer consistait dans la suppression du renouvellement partiel. La Chambre des députés serait élue pour sept ans et ne se renouvellerait qu'intégralement, à la fin de son mandat. Il y aurait deux sortes d'électeurs ; les uns de département votant deux fois, les autres d'arrondissement. Ils devaient avoir trente ans au moins, payer, les premiers, quatre cents francs d'impôt, les seconds deux cents. Les éligibles devaient payer six cents francs d'impôt

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