‹ Histoire de la restauration, 1814-1830Chapitre 74 sur 177 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

direct. Le nombre des députés s'élèverait à quatre cent cinquante-six.

C était, on le voit, le contraire de la loi de 1817, et il semble qu'il eiîf été sage à M. Decazes de se retirer, puisque la législation, ({ui était son œuvre, n'avait pas réussi et |)uisqu'il était condamné à en solliciter la modification. Il comprenait tout ce que sa conduite offrirait de contradictoire et hésitait à prendre la responsabilité de ces grands changements. Il tenta de décider le duc de Richelieu à rentrer aux affaires, — c'était, disait-on, le seul homme capable de ramener la droite au ministère; — mais il échoua de ce côté; M. de Iiichelieu ne voulait pas reprendre le pouvoir. Le cabinet ne fut pas plus heureux lorsqu'il essaya de s'entendre avec M. de Villèle pour rallier les royalistes, qui s'inspiraient des conseils de celui-ci. M. de Villèle déclara qu'il ne voulait rien décider sans avoir consulté son ami M. Corbière, alors en Bretagne, et partit en effet pour l'aller rejoindre.

En son absence, la droite, avertie de ce (jui se passait, formula un programme qui fut soumis à M. Decazes par Chateaubriand, comme le minimum des conditions qu'elle mettait à son concours. Elle approuvait la réforme électorale projetée; mais elle voulait que les règlements sur l'avancement dans l'armée fussent modifiés, les municipalités et les gardes nationales réorganisées, les iiupùts diminués, les individus qu'avait spoliés la révolution, indemnisés, et les ordres monastiques légalement rétablis. Avant même de discuter ce programme, sur lequel, d'ailleurs, aucune entente ne pouvait s'établir, M. Decazes, qui ne voulait pas céder le pouvoir à la droite, espéra la contenir en lui donnant des gages de son bon vouloir. La Société des amis de la presse, qui tendait à devenir un centre de conspiration, fut dissoute ; le inaire de Brest, qui avait laissé insulter l'évêquo de Quimper et des missionnaires en tournée, fut destitué.

Malheureusement, ces mesures, qui exaspéraient la gauche, ne ramenaient pas la droite. Elle les trouvait insuffisantes, d'autant plus qu'au même moment, divers exilés de 1815 étaient rappelés et sept pairs des Cent jours, les seuls qui n'eussent pas été réintégrés dans leurs dignités, autorisés à reprendre leur siège. Les ultras se refusaient à soutenir un ministère qui n'était pas complètement à eux et qu'ils accusaient de favoriser les menées révolutionuaires-

II fallut enfin prendre une décision sur la réforme électorale. La question ayant été nettement posée, le 17 novembre, dans le conseil, le désaccord qui minait le cabinet éclata. Le marquis Dessolle, ministre des affaires étrangères, le maréchal Gouvion Saint-Cyr, ministre de la guerre, et le baron Louis, ministre des finances, envoyèrent au roi leur démission. Elle était attendue et fut acceptée. Le premier eut pour successeur M. Pasquier, qui avait été déjà garde des sceaux dans le cabinet Richelieu; le second, le général marquis de La Tour-Maubourg, tout dévoué aux Bourbons, bien que sa carrière militaire se fût faite sous l'empire, et le troisième enfin, M. Roy, député de la Seine, homme d'affaires consommé, animé des sentiments les plus libéraux. M. Decazes prit, au refus de M. de Serre et sur la demande de Louis XVIII, la présidence du conseil.

Ce fut l'erreur de ce prince et de l'homme d'État placé à la tète du gouvernement de supposer que le cabinet, tel qu'il restait constitué après ces modifications, pourrait exercer encore quelque influence sur la droite. Aucun des nouveaux ministres n'était en situation de gagner la confiance qu'elle refusait aux démissionnaires aussi bien qu'à ceux qui leur survivaient ; d'autre part, MM. Dessolle, Gouvion Saint-Cyr et Louis, en se retirant, consommaient la rupture entre la gauche et le cabinet, qui, plus que jamais, allait se trouver en butte aux passions hostiles, exposé à voir la majorité lui faire défaut tout à coup, Il est vrai que M. Decazes nourrissait l'espoir de modifier en peu de jours ces dispositions.

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Pour y travailler librement, sans trop se mettre en contradiction avec son passé, il voulut en finir avec la question des exilés, et il présenta à la signature du roi une ordonnance qui rouvrait la pairie aux derniers bannis, à Texception toutefois des régicides condamnés à n'y rentrer jamais.

Le discours de la couronne, prononcé le 27 novembre à l'ouverture de la session, annonça cette mesure de clémence. Deux mois avant, une princesse était née du duc et de la duchesse de Berry. Le roi lit allusion à cet événement, qui permettait d'espérer une descendance pour sa maison. Enfin, après avoir signalé les jnsles motifs de crainte qui se mêlaient à la prospérité publique, il proclamait la nécessité de modifier la législation électorale et de soustraire la Chambre à Faction annuelle des partis. Le nouveau député, Grégoire, n'assistait pas à la séance royale. II n'avait pas été convo- ([ué. L'opinion générale était qu'il ne serait pas admis à siéger, non seulement à cause de son passé, mais encore parce qu'une grave irrégularité avait entaché son élection. La gauche elle-même, comprenant la faute commise par les électeurs (de l'Isère ou, pour parler plus exactement, par le comité qui avait dicté leur choix, se montrait disposée à se prêter à toute combinaison qui écarterait Grégoire sans invoquer son passé et sans attribuer son exclusion à ses votes dans la Convention. Quelques-uns de ses membres firent même auprès de lui une démarche pour l'engager à donner sa démission. Il s'y. refusa. Mais déjà la droite était résolue à annuler l'élection.

C'est sur cette afi'aircque la Chambre eut à se prononcer dans sa séance du 0 décembre. L'annulation de l'élection ne fut d'abord demandée que pour des motifs tirés de son irrégularité. « Il en est un autre, s'écria tout à coup M. Laine : l'indignité de l'élu. » Il développa cette thèse en accents d'une forte éloquence. La question posée ainsi, les imaginations s'exaltèrent, un grand tumulte éclata, la séance fut suspendue, puis reprise; mais ce fut seulement après un

débat passionné auqnel prirent part MM. de la Bourdonnayo, Manuel, Corbière, de Courvoisier, que Texclusion fut prononcée. L'évèque Gréi;oire rentra ainsi dans l'obscurité d'où il n'aurait jamais dû sortir, après avoir été l'instrunienl d'une des manifestations les plus violentes et les plus impolitiques qui pussent être tentées contre les Bourbons.

La Chambre ayant formé son bureau, et M. Bavez étant nommé président, l'adresse fut discutée et votée. Elle mit en lumière le triste état des esprits, moins cependant que le débat qui s'engagea sur une demande présentée par le ministère pour obtenir, en attendant le vote du budget, six douzièmes provisoires. Dans les réunions préparatoires que tint la droite pour décider l'accueil qu'elle ferait à cette demande, les violences des ultras furent telles que M. de Villèle s'en effraya. Il n'avait cessé de soutenir près de ses amis politiques la nécessité de ne pas refuser au gouvernement les subsides qui lui étaient indispensables pour les services publics. Sa persistance lui valut les commentaires malveillants de M. delà Bourdonnaye, qui mit en suspicion son royalisme. M. de Yillèle répondit par le dédain et décida ses amis à voter les six douzièmes provisoires, à une grande majorité, malgré la gauche, dont les rangs se grossirent pour la circonstance de quelques exaltés.

Il fallait maintenant s'occuper de la réforme électorale et du projet de M. de Serre. Mais M. Decazes hésitait. Par une véritable fatalité, M. de Serre, qui seul pouvait efficacement soutenir .cette réforme, venait d'être atteint d'une affection de poitrine, et, sur le conseil des médecins, était parti pour Nice, afin d'y passer l'hiver. C'était un désastre pour le gouvernement. M. Decazes dut se demander si, dépossédé de M. de Serre, dont la parole était si puissante et qui d'ailleurs avait rédigé le projet de loi, le ministère pourrait le faire agréer par la Chambre. Ce projet, accueilli par la droite avec froideur, parce qu'elle n'y rencontrait pas ce qu'elle soubaitaitd'v voir, repoussé jiar la gauche, qui ne se préoccupait

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