‹ Histoire de la restauration, 1814-1830Chapitre 78 sur 177 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

rite. II consentit donc à un sacrifice qui coûtait ,'i son cœur autant qu'à sa raison, et se résii;na à se laisser entraîner à une politique de réaction. Il voulut du moins que M. Decazes, celui qu'il appelait son fils et son ami, ne s'éloignât de lui que comblé de ses faveurs. Il le créa duc, ministre d'État et membre du conseil privé ; puis, comme le duc de Richelieu objectait que M. Decazes serait un danger pour le ministère s'il restait à Paris, le roi lui donna l'ambassade de Londres.

Le nouveau ministère fut formé le ^0 février. Le duc do Richelieu en prit la présidence sans portefeuille ; M. Siméon succéda à M. Decazes au ministère de l'intérieur. Aucun «autre changement n'eut lieu dans le cabinet, qui allait cependant suivre une ligne opposée à celle que la majorité de ses membres avait considérée jusque-là comme la meilleure.

Au moment où le duc de Richelieu prenait le pouvoir, la situation générale, à l'extérieur comme à l'intérieur, ollVait une extrême gravité. L'Europe était en proie à une sourde agitation. En Allemagne et en Italie, s'organisaient les sociétés secrètes, organes du mouvement révolutionnaire déchaîné contre les trônes; en Espagne, le gouvernement autoritaire d'un prince de la maison Bourbon, moins sage que Louis XVIII, provoquait des velléités d'émeutes. En France soufflait un vent de conspirations. Des tentatives quotidiennes étaient faites pour recruter, parmi la jeunesse de Paris et des grandes villes, des adhérents à une sorte de ligue ayant pour but de secouer ce qu'on appelait l'esprit de l'ancien régime et d'y substituer un esprit nouveau. Des hommes de gauche, éminents par le nom et le talent, se faisaient les instruments de cet appel à la révolte. Ils cherchaient dans les fautes du pouvoir le moyen de le renverser. Leur tentative trouvait une inconsciente complicité dans le désarroi ([ui régnait parmi les membres de la Chambre des députés.

Le duc de Richelieu ne se dissimulait pas ces périls. Pour les conjurer, il comjjtait sui- l'étroite alliance des princes de

la maison royale et des partis dynastiques. Il voulait faire cesser les divisions et les malentendus, unir les royalistes au roi, le roi aux royalistes et, comme il le disait, gouverner raisonnablement en s'appuyant sur la droite. Mais il ne dépendait pas de lui il'imposer silence aux passions hostiles ni de les contenir. Il ne pouvait rien contre l'état des esprits; il était impuissant à ramener les ardents de la droite, qui restaient défiants contre certains membres du ministère et qui redoutaient le retour de M. Decazes. Il n'était pas moins impuissant à convertir la gauche, à calmer les appréhensions des doctrinaires qu'irritait le triomphe de la politique de réaction, qu'ils n'avaient cessé de combattre depuis le retour du roi.

Dans la droite, se trouvaient, il est vrai, quelques hommes que l'ardeur de leurs convictions ne rendait pas sourds et aveugles au point de les empêcher de comprendre que le salut de la monarchie était dans l'union de tous les royalistes. Mais ils ne formaient qu'un petit nombre; M. de Yillèle, qui marchait à leur tète, se voyait, en dépit de sa sincérité, l'objet des défiances et des récriminations de beaucoup de membres de son parti.

C'est dans ces conditions que le duc de Richelieu i)rit possession de l'héritage de M. Decazes. Cet héritage était lourd. Il consistait surtout en trois grandes lois émanées de l'ancien ministère, que la volonté du roi imposait h ses successeurs. L'une de ces lois rétablissait la censure sur les journaux; l'autre suspendait la liberté individuelle; la troisième réformait la législation électorale. La discussion de ces projets, à laquelle prirent part les hommes les plus considérables de ce temps, donna lieu, dans les deux Chambres, à des scènes passionnées. Nous les résumerons brièvement.

La loi qui rétablissait la censure, et qui restreignait par conséquent les droits de la presse, avait été porlée à la Chambre des pairs, qui en commença l'examen le 26 février. Elle disposait (ju'aucun journal ou écrit périodique ne pour-

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