‹ Histoire de la restauration, 1814-1830Chapitre 79 sur 177 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

rait désormais paraître sans une approbation préalable. Les articles manuscrits devaient être soumis au visa de l'administration. Quelques semaines avant, une telle réglementation n'aurait pas trouvé d'adhérents parmi les membres modérés de la droite ; mais la chute de M. Decazes, succédant au crime de Louvel, avait changé la disposition des esprits. Ils étaient prêts à accorder au duc de Richelieu ce qu'ils avaient refusé à son prédécesseur. Il y eut de nombreux discours prononcés. Au nom du gouvernement et enll'absence [de M. de Serre, que le mauvaisétat de sa santé retenait toujours à Nice, M. Pasquier, ministre des atTaires étrangères, répondit àtouteslesobjectioiis. Ils'attarhaàdémontrer(iue cesmesures d'exception étaient des mesures de protection. Plusieurs articles furent repoussés, mais non ceux qui donnaient à la nouvelle loi son caractère précis de loi de rigueur; elle fut votée le :28 février par cent trente-six voix contre soixantequatorze, et le duc de Richelieu put constater qu'il avait une majorité dans la haute Assemblée.

Dans la Chambre des députés, le débat revêtit une tout autre physionomie. Les journaux de gauche y avaient préludé par un redoublement de violences, les uns déclarant que les tristes héros des réactions de 1815 étaient les véritables inspirateurs du ministère, les autres, allant jusqu'cà prétendre que le pacte qui formait la base du gouvernement constitutionnel était déchiré. Ces violences se reproduisirent à la tribune. MM. Pastjuier, Portails, Siméon défendirent la loi avec l'autorité de leur parole. Ils curent la douleur de voir se coaliser contre le ministère les doctrinaires dont MM. Royer-Collard et Camille Jordan se firent les organes. La situation de ce parti si faible par le nombre, mais si fort par le talent, était particulièrement délicate. On lui demandait de se prononcer contre la liberté de la presse, qu'il avait toujours mis tant d'énergie à défendre. Il jugea impossible de s'y résoudre. Il allégua que ce n'était p(tiiil par des mesures exceptionnelles qu'il fallait répondi'e aux ennemis du

trône. Le malheur des temps voulait qu'en ce moment une observation si juste ne pût être présentée qu'eu fortifiant les manœuvres de la gauche.

Il serait trop long de résumer tous les discours qui furent prononcés eu cette circonstance. On entendit le général Foy, MM. Laine, de la Bourdonnaye, Siméon, Royer-Gollard, de Villèlc, de la Fayette, Manuel, Benjamin Constant, d'autres encore, qui, pour la plupart, se montrèrent plus passionnés que justes. L'acharnement des oppositions atteignit ses dernières limites. La loi fut cepeiulant votée le 30 mars.

La Chambre avait volé déjà le projet qui suspendait, dans certains cas, comme nous l'avons dit, la liberté indiviiiuelle. La gauche répondit à ces votes en annonçant l'ouverture d'une souscription destinée à venir en aide aux victimes préalables des nouvelles lois. Elle forma même un comité directeur, dont le programme revêtit d'abord une physionomie factieuse. Elle ne se décida à le modifier que sur la réclamation de quelques-uns de ses membres dont le nom y avait été mis sans leur consentement et qui n'osèrent, d'ailleurs, désavouer ceux qui en avaient abusé.

Ces débats avaient mis eu évidence toute l'àpreté des divisions de la Chambre. La droite ne marchait qu'avec mauvaise grâce à la remorque du nouveau cabinet, tandis que la gauche se tenait prête, comme un ennemi en embuscade, à profiter de ses moindres fautes. La situation se présentait si grave, qu'un certain nombre de personnages ne pensaient pas que le duc de Richelieu fût en état d'y remédier ; et comme après l'immense faveur dont avait joui M. Decazes, ils ne pouvaient se résoudre à penser que le roi la lui eût retirée tout entière, ils croyaient encore à la possibilité du retour de cet homme d'Etat aux affaires, et, sur ce retour, fondaient leurs espérances. C'était mal connaître le roi. En diverses circoustances de sa vie, et notamment après la disgrâce de M. de Bhicas, il avait prouvé qu'il était , par nature, oublieux de ses favoris, dès qu'ils n'étaient plus pi'ès

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