‹ Histoire de la restauration, 1814-1830Chapitre 80 sur 177 · LIVRE TI'.UISIÈME. i · texte numérisé non relu

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lie lui. C'était aussi se mal reudre compte de la situaliou. Non seulement M. Decazes était devenu impuissant ta trouver une majorité dans la Chambre, mais encore il aurait suffi de son retour à Paris pour désagréger celle qui soutenait le cabinet.

Le duc de Richelieu avait le sentiment de ce danger. Tous ses elTorts s'appliquaient, d'une part, à manifester à M. Decazes, alors retiré dans ses terres du Libouruais, eu attendant son départ pour Londres, une confiance absolue, à le tenir au courant de tous les incidents de la politique; d'autre part, à le supplier de ne pas revenir à Paris avant la fin de la discussion de la loi de réforme électorale. Il prêchait un converti. La haute raison de M. Decazes lui faisait comprendre l'impossibilité de sa rentrée au gouvernement, et lors(iu'un de ses amis, M. de Courvoisier, s'attachait à le convaincre que seul il était capajjle de mettre fin aux embarras du moment, il lui répondait « qu'il ne voulait ni succéder à M. de Richelieu, ni s'embarquer sur un navire où chaque marin manœuvrait à part ».

Ainsi, le ministère se débattait entre des difficultés quotidiennes'accrues par la défection des doctrinaires, (jui, dans la personne de MM. Royer-Collard et Camille Jordan, se déclaraient contre lui. 11 en était réduit à ne pouvoir considérer comme des victoires décisives les votes qu'il obtenait de la Chambre. Ce n'était pas tout, en effet, de lui arracher des votes, il aurait fallu convaincre le pays de l'utilité des lois (ju'il défendait devant elle. Or, ces lois étaient manifestement inutiles. Celle qui suspendait la liberté individuelle fut p(>u appliquée. Celle qui rétablissait la censure avait le grand défaut de fournir au gouvernement, sous une forme impopulaire, des armes qu'il lui eût été facile de trouver dans le Code. La censure s'exerça; plusieurs journaux disparurent. Mais comme on avait dispensé de l'autorisation préalable tous ceux qui existaient déjà, le plus grand nombre survécut aux mesures dirigées contre la presse. En outre, on vit sur-

gir de tous côtés des brochures à bou marché, qui écha|)paient aux dispositions de la loi, et qui, grâce à une habile propagande, ne firent pas moins de mal que les feuilles les plus hostiles. Là violence de l'opposition trouva encore l'occasion de se manifester dans les débats qui eurent lieu sur la loi de finances et, ensuite, sur une pétition adressée à la Chambre par un de ses membres, M. Madier-Montjau, conseiller à la cour de Nîmes.

Le pétitionnaire dénonçait l'existence, dans le département du Gard, d'un comité ultra-royaliste composé des hommes qui s'étaient fait remarquer en 1815 par leur ardeur réactionnaire. Ce comité, dans lequel on accusait le comte d'Artois et son ami M. de Yitrolles d'avoir la main, avait pris les proportions d'un gouvernement occulte. Son existence n'était que trop réelle. On en trouve la preuve dans les papiers de M. d'Haussez, alors préfet du Gard. Il reconnaît qu'il n'avait pas cru devoir dénoncer ce comité au ministère, afin de ne pas paraître lui faire sa cour, et qu'il avait préféré le surveiller lui-même; — aveu singulier qui, rapproché du rôle que joua M. d'Haussez dan* le ministère Polignac, permet de supposer qu'il ne voyait pas cette association d'un mauvais œil. Ultérieurement, M. Madier-Montjau fut censuré par la cour de cassation pour n'avoir pas adressé ses plaintes à ses chefs hiérarchiques. Mais, en attendant, sa pétition donna lieu à un débat passionné dans lequel le nom du comte d'Artois fut mis en cause.

M. de Saint-Aulaire attesta la vérité des révélations qu'elle contenait. Oui, il existait encore à l'extrême droite royaliste un parti ([ui rêvait de rétablir l'ancien régime, qui avait fait une opposition ardente à M. Decazes, qui blâmait ce qu'il appelait les fatales erreurs du roi et qui tentait de ramener la monarchie dans les voies de la réaction. Le général Sébastiani afiiiiiia que c'était pour plaire à ce parti (|ue les lois d'exceptiou avaient été présentées. Manuel, soutenu par Benjamin Cunslanl, jjioposa d'envoyer au roi une adresse

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j)()iir lui iléiioucoi" des manœuvres ({ui ne tendaient à rien iiinins qu'à la violation de la Charte. Le débat se dénoua par un ordre du jour que l'intervention de MM. Laine et Pasquier rendit favorable au ministère. Il n'en laissa pas moins parmi les députés des germes de violences propres à faire redouter l'ardeur des discussions futures.

TROUBLES PUBLICS ~ LA RÉFORME ÉLECTORALE — GRANDS DÉBATS DANS LA CHAMBRE DES DÉPUTÉS — RÉPONSE DE M. DE SERRE AU GÉNÉRjU. DE LA FAYETTE — TROUBLES DE JUIN — UNION DE LA DROITE ET DU MINISTÈRE — FIN DE LA SESSION DE] 1820 — MOUVEMENTS MILITAIRES EN ESPAGNE — COMPLOTS MILITAIRES EN FRANCE — NAISSANCE DU DUC DE BORDEAUX.

A ce moment, — c'était à la fin d'avril et au commencement de mai, — tout était fièvre et soulèvement. La presse donnait le ton à la rue. La politique occupait tous les esprits. On ne s'entretenait que des incidents qu'elle faisait naître. Un jour, c'étaient des étudiants qui parcouraient Paris par bandes, en criant :i « Vive la Charte! Pas de lois d'exception!» Un autre jour, c'étaient ceux de Grenoble qui poussaient le même cri sur le passage du duc d'Angoulême. Presque en même temps, deux tentatives étaient faites à Paris, aux abords des Tuileries, où des mains criminelles provoquaient des explosions de pétards dans l'espoir de causer à la duchesse de Berry, grosse de plusieurs mois, un elfroi qui la ferait avorter. Un garde du corps, brusquement attaqué dans les rues, se voyait sur le point d'être assassiné.

C'est dans ces circonstances que s'ouvrit, le 15 mai, la discussion de la loi de réforme électorale. Cette loi créait deux collèges d'électeurs, l'un d'arrondissement, composé de censitaires à 300 francs, nommant deux cent quarantehuit députés; l'autre de département, composé de cent à six cents électeurs, élus par les précédents, payant un cens de 1000 francs et nommant cent soixante-douze députés. La Chambre, élue dans ces conditions, l'était pour cinq ans et se renouvelait par cinquième. Les opérations électorales étaient enlevées aux électeurs et confiées à

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des majfistrats. Celte loi émanait du cabinet Decazes. Elle avait pour but de remédier aux inconvénients de celle de 1817, de mettre un terme aux intrigues de parti, favorisées par le vote au chef-lieu, et de substituer à l'inlluence croissante de la petite propriété l'influence de la grande. Ces dispositions, mal accueillies au moment où M. Decazes les avait présentées, n'étaient pas plus favorablement appréciées sous ses successeurs. C'est ce qui décida M. de Richelieu à les modifier, non dans le principe, mais dans le détail. Le 17 avril, il présenta un nouveau projet et retira l'ancien, dont une commission était déj ta saisie. A cette occasion, une violente tempête fut soulevée par lagauche. Elle contestait au gouvernement le droit de reprendre un projet sur lequel les commissaires de la Chambre avaient déjà travaillé et qui était, par conséquent, devenu sa propriété. Ce fut le général Foy qui ouvrit la discussion.

11 réclamait l'élection directe et la liberté des électeurs devan la loi. Avec la modération relative qui formait le fond de son caractère loyal, il se fit l'écho des griefs de la gauche; elle prétendait que le gouvernement voulait constituer une aristocratie électorale. Après lui, M. de la Bourdonnaye,' plus violent des royalistes, vint faire à son tour la critiquft du projet. Il le trouvait inefficace; il estimait que la part faite à la grande propriété n'était pas suffisante. Il ajouta, il est vrai, que, n'ayant pas la puissance de faire adopter un autre système, et vu les périls créés par la loi de 1817, il voterait celle-là; il termina même son discours en la défendant. M. Royer-CoUard reprit, dans un autre langage, les arguments du général Foy. Lui aussi voulait l'égalité des électeurs et déclarait la loi anti-égalitaire. Elle était née de la crainte que nourrissait le ministère devoir surgir une majorité factieuse. Mais cette majorité, M. Royer-Collard déclarait solennollemenl qu'il ne la redoutait pas, ce qui faisait dire à M. Pas- ([uier, dans sa réponse, (jue cetle déclaration révélait un manque singulier de prévoyance et de mémoire. .MM. de UAUDET. — Histoire de la Unstauialioii. 15

Yillèle, Bignon, de Kératry, Benjamin Constant, d'autres encore, se succédèrent à la tribune. Ce fut pendant plusieurs jours une longue suite de discours, qui n'apportaient aucune lumière nouvelle et ne révélaient que des passions.

Le 27 mai, on vit apparaître M. de la Fayette. Il demandait la parole sur le premier article de la loi, qui posait le principe du double collège. Ce fut l'apologie de la Révolution en face de la monarchie. L'orateur, toujours préoccupé de sa popularité, à laquelle il avait déjà si souvent sacrifié et devait sacrifier encore, déclara que la loi travestissait la Charte, etqu'en conséquence elle le déliait de son serment de fidélité. Ce fut là le fond de sa démonstration. Il eut le tort plus grand encore de terminer son discours par un véritable appel à la révolte, k Qu'on n'oblige pas les générations, s'écria-t-il, en les menaçant de perdre tous les fruits de la Révolution, à ressaisir elles-mêmes le faisceau sacré des principes d'éternelle vérité et de souveraine justice. »

Ces paroles provoquèrent dans la Chambre le plus grand émoi. Depuis quelques jours, M. de Serre était revenu de Nice. C'est à lui qu'il appartenait d'y répondre. Il monta à la tribune, portant sur son visage les traces de sa souffrance et les signes de sa tristesse, tristesse causée, non pas seulement par le langage qu'il venait d'entendre, mais encore parce que, parmi les hommes coalisés avec la gauche contre la loi défendue par le ministère dont il faisait partie, se trouvaient ses amis les plus chers, ces doctrinaires à côté desquels il était resté si longtemps assis, et qu'il se voyait maintenant dans la nécessité de combattre, encore que quelques-uns, et notammment M. Guizot, l'eussent adjuré de ne pas se séparer d'eux.

Pour le moment, il avait à répondre au général de la Fayette. « Je n'entends pas discuter en ce moment l'opinion que vous venez d'entendre, s'écria-t-il : mes forces s'y refusent; mais il est certaines choses que mon devoir et mon honneur ne me permettent pas de laisser passer sans réponse. Le préopinant nous a entretenus de deux époques :

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