‹ Histoire de la restauration, 1814-1830Chapitre 8 sur 177 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

20 avril maintint les impositions établies par Napoléon, à l'exception du décime de guerre, qui fut supprimé, et autorisa rémission de bons du Trésor pour une somme de 10 millions.

Enfin, le 23 avril, en attendant un traité définitif de paix qui ne pouvait être conclu qu'après la rentrée du roi dans sa capitale, une convention préliminaire intervint entre le gouvernement et les puissances alliées, réglant la cessation des hostilités. Les puissances alliées s'engageaient à évacuer le territoire français reconstitué tel qu'il se trouvait au 1"' janvier 1792, au fur et à mesure que les troupes françaises abandonneraient les places qu'elles occupaient encore hors de ces limites et qu'elles devaient quitter, avec armes et bagages, avant le 4" juin. Cette convention coûtait à la France cinquante-trois places fortes, douze mille bouches à feu, des munitions, des armes, des archives, inventaires, plans et modèles. Elle fut cruelle à l'orgueil national, qui trouva qu'on s'était trop pressé de la conclure. Elle laissa même planer un nuage sur la popularité renaissante de la maison de Bourbon, comme si celle-ci était coupable des fautes et des désastres qui nous obligeaient à subir la dure loi du vainqueur. Heureusement, ces impressions s'effacèrent vite.

Les affaires, longtemps arrêtées par les droits d'entrée qui frappaient les produits étrangers comme par l'état de guerre dans lequel vivait l'Europe, reprenaient leur essor. Avec la paix reconquise renaissait l'espoir des anciennes prospérités, d'un long et fructueux repos. Un mouvement irrésistible entraînait vers la monarchie tous les partis et toutes les classes de la société. D'innombrables adresses en apportaient au gouvernement le témoignage quotidien. Tout semblait conspirer pour rendre éminemment populaire la Restauration, qui attendait, pour devenir définitive, l'arrivée de

Louis xvin.

Ce prince était encore à Hartwel, Des lettres de son frère

UAUDF.T — Histoire ile la Restauration. 2

et des émissaires venus de France le tenaient au courant des rapides progrès de sa cause. L'unique préoccupation dont il paraissait animé puisait son origine dans l'inébranlable volonté de reprendre en roi la possession effective de son droit et du trône de ses aïeux, trône que depuis la mort de son frère il considérait comme sien, tenant pour un usurpateur le conquérant qui l'occupait.

Il avait alors soixante ans. Vingt-cinq années de sa vie s'étaient écoulées dans un exil tourmenté, dont le mauvais état de sa santé lui avait rendu plus cruelles les douleurs et les amertumes. Durant les plus tristes jours de cet exil, même quand la puissance impériale remplissait l'Europe du bruit des combats et de l'éclat de sa gloire, faisant oublier jusqu'au nom des Bourbons; même quand, à la voix redoutée et obéie de l'empereur, les puissances refusaient de donner asile à l'héritier de cette race infortunée, celui qui ne cessait de se faire appeler Louis XYIII avait pu désespérer de sa fortune, mais non douter de son droit. Portant fièrement son adversité, dont la duchesse d'Angoulême, fille de Louis XVI, partageait à son côté le fardeau, demandant à l'étude les seules distractions qu'il lui fût donné de goûter, il attendait du temps et des événements la remise en vigueur de ses droits héréditaires, convaincu que le principe dont il était le représentant pouvait seul rendre à son pays la paix et la prospérité. Quand les défaites de l'empereur se succédaient, il s'était plu à y voir l'aurore de son règne : elles l'avaient trouvé prêt, connaissant peu, il est vrai, cette patrie où tant de transformations s'étaient opérées depuis son départ, mais l'aimant passionnément, résolu à travailler à sa pacification, moins par la satisfaction de ses propres ressentiments ou par un retour aux idées de l'ancien régime que par l'établissement d'un régime libéral, à l'image de celui sous lequel vivait l'Angleterre.

A cet égard, Louis XVIII ne pensait pas comme la plupart des émigrés, qui ne voyaient dans la Restauration que

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