‹ Histoire de la restauration, 1814-1830Chapitre 9 sur 177 · LIVRE PRKMIi n · texte numérisé non relu

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la reprise de leurs anciens privilèges, ni comme son frère, en qui, loin d'être affaiblis par l'exil, s'étaient fortifiés les préjugés elles passions du passé. Il n'en restait pas moins convaincu que le gouvernement des Bourbons ne pouvait plus être un retour pur et simple aux temps antérieurs à la Révolution ; et, bien qu'il vécût entouré de gentilshommes, tel que son favori le comte de Blacas, qu'on savait inféodés à la politique qui poursuivait la conquête des biens perdus et la réalisation des espérances des émigrés, il songeait surtout à fonder un pouvoir qui pût marcher d'accord avec la France et avec l'Europe, transformées par la Révolution et par l'Empire.

Dès le commencement de 1814, jugeant que son heure était proche, il avait fait partir pour la France son frère et les deux fils de son frère, le duc d'Angoulême et le duc de Berry. Puis, il avait appris successivement les revers de l'empereur, l'entrée du duc d'Angoulême à Bordeaux, Tabdication de Fontainebleau, l'arrivée du comte d'Artois à Nancy d'abord, à Paris ensuite, les décisions du gouvernement provisoire et du Sénat. Parmi ces nouvelles, celles qui avaient trait à l'acte constitutionnel voté par le Sénat excitaient plus particulièrement ses anxiétés. 11 se retrouvait à Hartwel dans les mêmes conditions que son frère à Yitry. De Paris, des personnages dont l'influence était grande et du concours desquels il ne pouvait se passer, se conformant aux vues du tsar, lui demandaient d'adhérer à la constitution sénatoriale, ce qui lui apparaissait comme la négation du droit traditionnel de sa maison. Autour de lui, les partisans de sa cause, les courtisans de son exil, ceux qui avaient soutTert pour lui, émettaient l'idée qu'on devait simplement revenir à l'ancienne constitution française, plus ou moins adaptée aux besoins nouveaux, dont ils parlaient sans en connaître l'étendue.

Louis XVIII, cependant, avait le sentiment qu'entre ces deux solutions extrêmes, on pouvait, on devait trouver une

solution intermédiaire qui, sans blesser les royalistes ardents, ne leur livrât pas la France, et qui, sans méconnaître un droit violé, mais non détruit, conciliât à la couronne les hommes de la Révolution. M. Pozzo di Borgo, qui vint à Hartwel, envoyé par l'empereur Alexandre, le comte de Bruges, qui s'y trouva dans le même moment, comme mandataire du comte d'Artois, représentaient les deux opinions entre lesquelles le roi cherchait sa voie. Chacun d'eux défendit la sienne avec une égale ardeur, mais sans parvenir à modifier la conviction du prince ou à dissiper ses incertitudes. En désespoir de cause, il se décida à partir pour Paris sans avoir résolu la difficulté.

Il quitta, le 19 avril, accompagné de la duchesse d'Angoulème, du prince de Condé et du duc de Bourbon, le château d'IIartwel, où s'étaient écoulées les dernières années de son exil. Le lendemain il fut reçu dans Londres avec les honneurs royaux. Le prince régent vint à sa rencontre hors la ville, l'y ramena et le traita comme son hôte, jusqu'au moment où le roi de France s'embarqua à Douvres sur un navire anglais qu'escortaient huit vaisseaux de ligne. Le 2-4 avril, Louis XVIII débarquait sur le sol français. De Calais à Compiègne, où il avait résolu de séjourner jusqu'au moment où serait résolue la question de l'acte constitutionnel, son voyage ne fut qu'une longue ovation. A cette heure, la Restauration était populaire, désirée par la grande majorité des Français, pour qui elle représentait la libre possession de biens dont ils ne connaissaient plus depuis longtemps la douceur. Ce roi aux cheveux gris, presque blancs, impotent et goutteux, dont l'uniforme bleu à épaulettes d'or rappelait un régime disparu, charma tous ceux qui purent l'approcher, parla noblesse de son visage, la beauté de son regard, la dignité de son maintien, l'affabilité de sa parole. Les maréchaux, accoutumés au langage concis et autoritaire de l'empereur, à cette impétuosité du commandement qui ajoutait à son prestige militaire, furent séduits

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