‹ Histoire de la restauration, 1814-1830Chapitre 81 sur 177 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

les premiers temps de la Révolulion et le moment actuel. La première époque appartenait à l'histoire, qui la jugera, qui jugera aussi l'honorable membre. L'honorable membre s'est mis à la tète des honnnes qui ont attaqué et renversé l'ancienne monarchie ; je suis convaincu que des sentiments exaltés, inais généreux, l'ont déterminé ; mais il devrait être assez juste lui-même pour ne pas s'étonner que des hommes, attachés par le devoir et l'honneur à cette monarchie, l'aient défendue avant de la laisser tomber. Il devrait être assez juste pour ne pas imputer aux victimes de ces temps tous les maux d'une Révolution quia pesé si cruellement sur elles. Ces temps n'ont-ils pas aussi laissé à l'honorable membre de douloureuses expériences et d'utiles souvenirs? Il a dû éprouver plusieurs fois, il a dû sentir, la mort dans l'âme et la rougeur sur le front, qu'après avoir ébranlé les masses populaires, non seulement on ne peut pas toujours les arrêter quand elles courent au crime, mais qu'on est souvent forcé de les suivre, quelquefois de les conduire. »

De vives acclamations accueillirent ces paroles, qui don* uaientà M. de la Fayette une leçon nécessaire. M. de Serre termina sa harangue sans entrer dans le fond du débat. Il laissa parler M. Royer-Collard, qui combattit le principe du double collège, et M. Camille Jordan (pli proposait le vote à l'arrondissement, et dont la proposition fut d'abord prise en considération. Après les avoir entendus, il n'hésita pas, pour sauver la loi, à s'engager contre ses anciens amis. Secondé par M. Pasquier, il fit écarter l'amendement; le principe du double collège fut adopté à cinq voix de majorité* La dis^ cussion s'engagea sur les articles suivants.

Dans la séance du 4 juin, un grave incident se [)roduisil. Comme elle venait de s'ouvrir, et comme la discussion allait être reprise, M. Camille Jordan demanda que les débats fussent suspendus juscju'à ce ({ue la sécurité tic l'Assemblée menacée par les émeutes du dehors eût été assurée. Depuis plusieurs jours, des hommes animés d'intoiitious iiialvfillantes se

réunissaient par groupes sur divers points de Paris, et particulièrement aux abords du Palais législatif. Ils poussaient des cris violents, parmi lesquels revenait sans cesse celui de : (( Vive la Charte ! » Il y avait là des germes de sédition, qui exigeaient une répression immédiate et qu'envenima bientôt la présence de plusieurs officiers de la garde royale. Vêtus en bourgeois, ils se mêlaient à la masse des mutins, et si l'on criait autour d'eux : « Vive la Charte ! » ils répondaient en criant : « Vive le roi ! »

Ces manifestations atteignirent bientôt les proportions d'une émeute. Elles nécessitèrent l'intervention de la force armée. Dans une des rencontres qui eut lieu entre celle-ci et les manifestants, un jeune étudiant, nommé Lallemand, fut tué d'un coup de fusil. Ce douloureux accident accrut l'irritation populaire. Le gouvernement fut averti que le général Fressinet et l'ancien conventionnel Pelletier devaient, dans la matinée du 5 juin, provoquer une émeute en organisant les forces populaires éparses dans la rue. Des mesures furent prises aussitôt pour déjouer ces criminelles menées. Le maréchal Macdonald reçut le commandement général des troupes chargées de réprimer ces tentatives de désordre.

C'est dans la journée du 4 que ces mesures furent arrêtées, et que M. Camille Jordan crut devoir demander la suspension provisoire des débats parlementaires. M. de Serre s'opposa vivement à cette motion, après avoir démontré que l'émeute naissante n'avait d'autre cause que l'appel à la révolte fait par les journaux de gauche, et exposé les mesures prises pour mettre un terme à ces troubles; il obtint que la délibération serait continuée. Pendant ce temps, au dehors, la cavalerie chargeait la foule. Les émeutiers, dispersés jusqu'au delà du Carrousel, allèrent se reconstituer plus loin. Ils se formèrent en colonne. V\\ certain Duvergier, colonel retraité, se mit à leur tète, les conduisit jusqu'à la Bastille, d'où le cortège, grossi d'un Ilot de population recrutée dans les faubourgs, revint vers les Tuileries par la rue Saint-Antoine et

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