LIVRE TROISIÈME
parles quais. On envoya à sa rencontre des cuirassiers et des gendarmes, qui n'eurent aucune peine à les mettre en déroute. Le général Fressinet et le colonel Duvergier furent arrêtés. Ces incidents se continuèrent pendant les journées suivantes mais c'est le 6 juin qu'ils furent surtout menaçants. Ce jour-là, toute la foule se porta aux obsèques du jeune Lallemand, à l'heUre même où la Cour des pairs condamnait à mort Louvel, l'assassin du duc de Berry, dont l'exécution eut lieu le lendemain. Les circonstances de son procès avaient démontré avec évidence que le crime de ce malheureux était un crime isolé, dû surtout aux excitations de la presse révolutionnaire. Le pouvoir parvint enfin à se rendre maître de l'émeute, et, après de longs débats, malgré les discours passionnés des hommes de la gauche, dont Tun, M. Laffitte, déclara que le roi était trahi par ses ministres, la Chambre des députés vota, le 12 juin, la loi électorale, par cent cinquante-quatre voix contre quatre-vingtquinze. Ce vote fut ratifié par la Chambre des pairs, dans des conditions plus paisibles et plus dignes d'une grande assemblée.
Ainsi se termina cette violente crise parlementaire. La loi électorale de 1817 avait eu pour but d'exclure les droites du gouvernement et de favoriser un mouvement des centres vers la gauche. On a vu comment et pourquoi cette tentative de conciliation, inspirée à M. Decazes et à ses amis par la raison et la sagesse, n'avait pu réussir. Il est donc aisé de comprendre que le but de la loi de 1820 était de ramener les droites au gouvernement. Ce but fut atteint et même dépassé. Aux élections qui eurent lieu au mois de novembre suivant pour le renouvellement du cinquième de la Cliambre, soixante-quinze membres de l'Assemblée de 1815 furent renvoyés par les électeurs sur les bancs d'où ils avaient été précédemment expulsés.
La fin de la session de 1820 se ressentit de l'union plus étroite de la droite avec le ministère. La discussion du bud-
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get consolida cet accord, et le ministère donna toute la mesure de ses futures intentions en marquant publiquement qu'il ne tolérerait d'aucun fonctionnaire une attitude d'opposition. Il n'épargna même pas le parti des doctrinaires, quoiqu'il fût composé de partisans de la monarchie et comptât plusieurs des amis de M. de Serre. MM. Royer-Collard, de Barante, Camille Jordan, Guizot, d'autres encore, qui siégeaient dans le Conseil d'Etat, furent destitués en même temps que M. Laffitte, gouverneur de la Banque de France. Le roi offrit à M. Royer-Collard le maintien de son traitement, M. Royer-Collard refusa.
Au cours de ces incidents, M. Decazes traversait Paris. Moins que jamais, les circonstances étaient favorables à sa rentrée au pouvoir. 11 obtint une audience du roi et partit pour Londres aussitôt après, sur le désir exprimé par le duc de Richelieu, qui ne redoutait rien plus que sa présence. Le premier ministre cherchait, à cette heure, à faire entrer dans le ministère un ou deux hommes de droite. Il avait jeté les yeux sur M. Bavez, président de la Chambre, et sur M. de Yillèle. Mais M. de Villèle persistait à penser qu'il servirait plus utilement la monarchie, en restant encore hors du pouvoir. A la suite d'une conférence qui eut lieu entre lui et le duc de Richelieu chez M. de Serre, il fut décide qu'aucune modification ministérielle ne serait essayée avant les élections.
A ce moment, d'ailleurs, la situation générale de l'Europe, par l'influence qu'elle avait en France, nécessitait une vigilance plus grande que jamais. Des mouvements militaires venaient d'éclater en Espagne ; tout naturellement, les mécontents de France inclinaient à recourir à des moyens analogues pour faire réussir leurs plans, de la réalisation desquels ils attendaient la chute du trône des Bourbons.
Ce qui se passait dans le personnel politique avait en son contre-coup dans le personnel militaire. Pendant que le