‹ Histoire de la restauration, 1814-1830Chapitre 83 sur 177 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

maréchal Gouvion Saint-Cyr, qui professait des idées libérales, était ministre de la guerre, il avait opéré dans l'armée des changements dans le sens de ses idées. Maintenant, le général delaTour-Maubourg, qui détenait le portefeuille, en faisait dans un sens contraire et rejetait ainsi, parmi les mécontents, des hommes d'une valeur réelle qui devenaient des instruments dangereux aux mains des ennemis de la monarchie.

Ce fut cet état de choses qui donna naissance à la conspiration militaire du 19 août. Elle s'organisa dans un établissement commercial appelé le « Bazar français », situé dans la rue Cadet et qui était administré par un colonel à demisolde. Cet officier, nommé Sauzet, avait appelé autour de lui un certain nombre de ses anciens camarades et formé, sons les apparences les plus trompeuses, un véritable comité organisateur de complots. Ce fut \k qu'un ancien capitaine de la légion de la Meurthe, le capitaine Nantit, vint apporter l'offre de provoquer dans" Paris, à l'aide des régiments qui s'y trouvaient en garnison, un mouvement révolutionnaire.

Loin d'être repoussée par le colonel Sauzet et par ses amis, cette offre fut mise k l'étude et le commandant Bérard, adjoint au capitaine Nantit pour étudier les chances qu'on avait de réussir. A la fin de juillet, les deux officiers pouvaient faire connaître que plusieurs légions du département du Nord, deux régiments de la garde, un grand nombre d'officiers, parmi les(iuels se trouvaient six généraux, étaient disposés à s'associer au mouvement qu'il s'agissait de provoquer; on avait même obtenu l'appui du général de la Fayette. Il est vrai qu'on n'était pas encore d'accord sur ce qu'on ferait après avoir renversé les Bourbons. Les uns voulaient appeler au trône Napoléon II, tandis que les autres, et le général de la Fayette était de ce nombre, on- Icndaient réserver les droits du pays et ne rien faire s;ms l'avoir consulté. On renoiira k se mettre d'accord sur une

combinaison définitive, et toute décision à cet égard fut ajournée après la révolution qu'il s'agissait de provoquer et dont la date fut fixée au 10 août. Mais, au dernier moment, le général de la Fayette quitta Paris, ainsi que le marquis d'Argenson, mêlé aussi à celte affaire, et quoique les conspirateurs eussent essayé de courir après lui et de le ramener dans la capitale, il se garda bien d'y revenir. Les conjurés Nantil. Cérard, Rey et Dumoulin décidèrent alors de lever sans lui le drapeau de la révolte dans la nuit du 19 au 20 août. Après tout, ils comptaient dans leurs rangs plusieurs députés, beaucoup d'officiers supérieurs; ils avaient des intelligences avec de nombreux régiments dans la plupart des grandes villes de France, et ils se croyaient sûrs du succès.

Malbeureusement, on n'organise pas des complots de cettenature sans y mêler un grand nombre de gens et sans s'exposer, par conséquent, aux indiscrétions. Le 15 août, le ministère était averti, par plusieurs dénonciations, de ce qui se tramait, et, le 20 du même mois, les principaux coupables se trouvaient dans ses mains ou, pour parler plus exactement, ceux qui s'étaient le plus compromis, car les principaux coupables étaient justement les quelques députés qui n'avaient pas craint de s'associer à ce complot et que, pour le moment, le cabinet renonça à poursuivre.

Paris et la France furent très émus en apprenant à quel péril la monarchie venait d'échapper. Ils crurent d'abord que la découverte de la conspiration aurait pour effet de ramener au gouvernement les doctrinaires et tous les hommes de la gauche qui ne lui étaient pas irréconciliablement hostiles. Il n'en fut rien. Chaque parti garda ses positions, et l'on arriva ainsi à la date des opérations électorales du mois de novembre dont nous avons indiqué plus haut le résultat.

A ce moment, le parti royaliste voyait se consolider ses

Page 1