‹ Histoire de la restauration, 1814-1830Chapitre 86 sur 177 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

leurs d'arrondissements de la quatrième série, appelés à élire 51 députés, et, pour le 12 du même mois, les collèges départementaux, appelés à en nommer 172.

Cette convocation déchaîna les passions de l'extrême droite et celles de la gauche. Les écrivains de ces deux partis se répandirent en violentes hrocliures. Un des enfants terrihles du premier, Martainville, le rédacteur du Drapeau blanc, en lança une, intitulée la Bombe royaliste, dans laquelle il accusait le ministère Richelieu. Fiévée, Benjamin Constant, d'autres encore, prirent part à ce combat de la plume. M. Guizot y tint la première place avec un écrit sur le gouvernement de la France, dans lequel il engageait le roi à se mettre à la tète de la révolution contre la contre-révolution. Les griefs des doctrinaires étaient énumérés dans ces pages éloquentes, dont l'expérience politique ne permet pas d'approuver toutes les parties. M. Guizot y faisait le procès du cabinet, auquel il reprochait d'avoir cessé des conquêtes sur la gauche et d'avoir, en se rapprochant de la droite, rompu l'alliance formée en 1815 contre les ultras.

Ce qui résultait du choc de tant d'affirmations contradictoires, c'est qu'alors, comme on l'avait vu précédemment et comme on le vit plus tard, la France était clairement partagée entre deux partis irréconciliables : le parti du passé et le parti de l'avenir, dont les longues luttes, sous des formes diverses, ont successivement engendré et envenimé nos discordes intérieures. Le cabinet Decazes avait tenté de se mettre entre eux, en s'appuyant cependant sur la gauche ; le cabinet Richelieu recommençait le même elTort en s'appuyant sur la droite. Il n'y devait pas mieux réussir (jue son prédécesseur. Il allait vers la droite, dont le général Donnadieu, M. Clausel de Coussergues, M. de la Bourdonnaye lui révélaient chaque jour les passions ; mais il est juste de dire qu'il ne pouvait faire autrement, l'échec du duc Decazcs ayant clairement démontré que la gauche ne se résignerait jamais à soutenir le trône des Bourbons.

A la veille des élections, cette nécessité créa l'union entre les ultras et les ministériels. Les présidents et viceprésidents des collèges électoraux lurent exclusivement choisis parmi eux. Une proclamation royale (|ue le ministère jugea utile à ses intérêts indiqua aux électeurs qu'ils devaient choisir leurs candidats parmi les royalistes avérés. Le succès définitif dépassa les espérances conçues. Sur 2:26 élus, la gauche n'en comptait ({ue 33, et les triomphateurs voyaient dans leurs rangs un grand nomhre d'hommes que l'ordonnance du 5 septembre avait éloignés des affaires.

Une telle victoire contenait plus de périls que d'avantages ; elle arracha au roi cette judicieuse et spirituelle réflexion : « Nous voilà dans la situation de ce pauvre cavalier qui n'avait pas assez d'élasticité pour monter sur son cheval. Il pria saint Georges avec tant de ferveur que le saint lui en donna plus qu'il ne fallait et qu'il tomba de l'autre côté. »

Malheureusement, ce n'est pas avec des mots, quelque piquants qu'ils soient, qu'on remédie aux situations embarrassées. Après le triomphe de la droite, le cabinet se voyait obligé d'appeler au pouvoir quelques-uns des membres de ce parti. Il s'adressa à ceux d'entre eux que, en dépit de leur passé et de leur manière d'entendre la mise en pratique du régime représentatif, on pouvait cependant considérer comme des royalistes sageset des esprits modérés. Il offrit l'entrée du conseil à MM. de Villèle, Corbière et Laine, qui s'étaient appliqués souvent à contenir les exaltés et qui pouvaient lui apporter un concours de 100 voix dans la Chambre des députés. Mais comme aucun des membres du cabinet n'était disposé à abandonner ses fonctions au moment où le succès électoral (jui venait d'être remporté leur permettait d'espérer qu'ils les conserveraient longtemps, on proposa aux nouveaux venus non des portefeuilles, mais le titre et le rang de ministre. C'était diminuer

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