‹ Histoire de la restauration, 1814-1830Chapitre 87 sur 177 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

leur action dans le gouvernement, alors qu'on y faisait appel. Ils le comprenaient et il fallut du temps, de laborieuses négociations pour les décider à faire partie du ministère. Ils y prirent enfin place, M. Corbière comme président du conseil supérieur de l'instruction publique réorgajiisé, MM. Laine et de Yillèle comme ministres sans portefeuille. Pour achever de cimenter l'union du ministère avec la droite, on offrit à Chateaubriand, qui l'accepta, l'ambassade de Berlin.

La session des Chambres ayant été ouverte à la fin du mois de décembre, M. Ravez fut élu président. La victoire de la droite était donc complète, et, désormais, on pouvait craindre que les ministres ne fussent en état de gouverner qu'à la condition de subir sa tutelle. Dès les premières séances, ces craintes se réalisèrent. La discussion des douzièmes provisoires, qui s'engagea le 8 janvier 18:21, l'examen du budget de cette année, qui vint ensuite, fournirent aux ultras l'occasion de combattre le ministère Richelieu, qu'ils ne trouvaient pas assez royaliste.

C'est de ce moment qu'il faut dater les actes d'hostilité engagés contre le gouvernement par des hommes parmi lesquels il avait le droit de chercher un concours sans réserve. Les jours néfastes de la Chambre de 1815 semblaient revenus. On entendait de nouveau les voix ardentes qui, au lendemain de la seconde restauration, avaient osé se faire l'organe des exigences des émigrés, pressées de rétablir l'ancien régime et d'effacer de l'histoire les conquêtes delà Révolution. La tribune retentissait de leurs revendications et de leurs plaintes irritées. Ce n'était pas tropde l'éloquence passionnée de M. de Serre, ni du gros bon sens de M. de Yillèle, pour conjurer l'effet de leur parole. Il eût semblé que tout ce que l'on croyait avoir conquis depuis cinq ans, dût être à jamais perdu, si, malgré la défaite momentanée de la gauche, le parti libéral n'eût possédé des hommes résolus et non découragés.

On ne peut contester que ce parti ait alors rendu des services; mais son malheur était de n'avoir pas confiance dans le gouvernement des Bourbons. Le plus grand nombre de ses membres rêvait la chute du pouvoir royal et son remplacement par une dynastie nouvelle. Les doctrinaires n'allaient pas jusque-là; mais ils nourrissaient l'illusion de penser que la monarchie devait s'appuyer sur la révolution et pourrait gouverner ainsi, sans être dévorée. Il résultait de cette illusion qu'ils n'étaient pas, pour le pouvoir royal, des ennemis moins dangereux que la gauche, et que celle-ci, qu'ils refusaient de suivre jusqu'au bout, tirait cependant de leur présence ac(;identelle et fréquente à ses côtés, des arguments propres à justifier son attitude.

Le 57 janvier 1821, l'explosion d'un pétard sous les croisées du palais des Tuileries parut d'abord donner raison aux craintes que manifestaient tous les jours les ultras et aux accusations qu'ils proféraient contre la gauche. On put croire que les conspirations qui avaient troublé l'année précédente allaient se renouveler. Mais une enquête ne tarda pas à démontrer le peu de fondement de ces appréhensions. ' Il n'y avait dans cette affaire autre chose que la tentative de quelques royalistes exaltés pour justifier les mesures rigoureuses qu'ils demandaient au gouvernement.

A ce moment, les tribunaux étaient saisis des procès intentés contre les fauteurs des troubles de juin et contre les auteurs du complot du 19 août. Comme prélude à ces procès portés, l'un devant le tribunal correctionnel, l'autre devant la Cour des pairs, deux individus, Gravier et Bouton, coupables de manœuvres dirigées contre la duchesse de Berry, pendant sa grossesse, pour empêcher l'enfant qu'elle portait de venir à terme, avaient été condamnés à mort. La princesse demanda et obtint leur grâce, ou plutôt une commutation de peine.

Quant aux deux autres affaires, elles causaient au gouvernement d'assez graves soucis, la seconde surtout. A la suite

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