‹ Histoire de la restauration, 1814-1830Chapitre 88 sur 177 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

des troubles de juin, dix individus avaient été arrêtés. L'instruction fit soupçonner que plusieurs députés s'étaient mêlés à ces troubles ; on ne crut pas cependant utile de pousser plus loin les recherches, qui auraient pu démontrer leur participation, et h la fin de janviei', par suite de la difficulté de trouver les vrais coupables, huit des accusés étaient mis hors de cause, deux seulement retenus et condamnés à des peines légères.

Mais les soupçons devinrent certitude lorsqu'on dut remonter aux origines du complot du 19 août. L'instruction envoyée à la Cour des pairs établissait que les conjurés militaires avaient eu des pourparlers avec le général Foy, le général de la Fayette, MM. Yoyer d'Argenson, de Corcelles, de Chauvelin, Manuel, Laffitte et d'antres personnages politi- (jues, que la commission chargée d'étudier les éléments du procès hésitait à mettre en cause, quelle que fût la gravité des présomptions élevées contre eux. Les hésitations de cette commission, sa répugnance pour les procès politiques où des hommes populaires pouvaien être compromis, se manifestèrent quand elle eut à prononcer sur la demande formée par le procureur général, en vue d'un supplément d'instruction, et le ministère les partagea, redoulant d'attiser l'hostilité qui se trahissait dans l'armée contre la famille royale de la part d'un grand nombre d'officiers. La demande fut écartée; il en résulta qu'il fallut renoncer à traduire devant la cour d'autres coupables, tels que le colonel Fabvier, qui avait été l'un des intermédiaires entre les conspirateurs militaires et les conspirateurs civils, et dont on pouvait redouter le langage et les révélations à l'audience. Dans ces conditions, le procès perdait beaucoup de son importance. Il n'en est pas moins vrai que, pendant les six premiers mois de l'année 1821, il préoccupa le gouvernement et agita les esprits; ce fut seulement le IG juillet qu'il se termina. Disons, pour ne plus y revenir, que trois des accusés contumaces furent condamnés à mori, trois à cinq ans de prison

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ai'â HISTOIRE DE Ly RESTAURATION.

et 2000 francs d'amende, trois à des peines moindres. Vingt-cinq furent acquittés.

Au cours de ces événements, un incident d'un caractère tout intime s'était accompli aux Tuileries. 11 mérite d'être signalé, à cause de l'influence qu'il exerça sur la suite des événements. Les ennemis de M. Decazes n'avaient pas cessé de se préoccuper des regrets non dissimulés que le souvenir de cet homme d'Etat laissait dans le cœur du roi. Ces regrets, survivant à sa disgrâce, le rendaient encore redoutable; ils s'attendaient à le voir reparaître et reconquérir une influence que son départ pour Londres avait ébranlée, mais non détruite. De là, l'idée de faire surgir quelque personnalité nouvelle qui le remplacerait dans la faveur de Louis XVIII.

Ce prince professait pour ceux qu'il aimait plus d'enthousiasme que de constance. Réduit par l'état de sa santé, qui le condamnait à une immobilité perpétuelle, à rechercher dans son entourage des dépositaires de ses confidences, il n'était disposé à leur prodiguer son amitié qu'autant qu'ils restaient près de lui et à les oublier quand ils étaient loin. C'est ainsi que s'étaient succédé dans son aff'ection le duc d'Avaray, M"" de Balbi, M. de Blacas, et enfin M. Decazes. Mais aucun n'avait été plus regretté que ce dernier, et ses adversaires comprenaient la nécessité de le faire oublier.

Déjà, plusieurs mois avant sa chute, ils avaient introduit auprès du roi une femme jeune encore, pleine de séductions, qui se nommait M"^ duCayla. Elle s'était d'abord présentée en solliciteuse. Il s'agissait d'oJj tenir une faveur pour ses enfants, dépossédés de leur patrimoine par le testament de leur grandpère. Leroi l'avait accueillie avec bienveillance; elle lui avait plu à ce point qu'il voulut la mettre en rapport avec M. Decazes. Elle s'y était refusée, à l'instigation de son ami, le vicomte Sosthènes de la Rochefoucauld, un des plus ardents parmi ceux (|ui combattaient l'influence du premier ministre, et s'était '-.onlentée de voir fréquemment le roi, à qui ses en-

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