LIVRE TROISIÈME
tretiens ne causaient pas moins de plaisir que son visage. Dans la pensée de ceux qui la poussaient, elle fut, dès ce jour, destinée à détruire la faveur de M. Decazes. Après la chute de ce dernier, elle consentit à se faire riiistrument des groupes politiques où figuraient, avec Sosthènes de la Rochefoucauld, le duc de Civrac, le duc de Doudeauville, le cardinal de la Luzerne et d'autres personnages appartenant à la droite. C'est ainsi que ce parti ne tarda pas à avoir auprès du roi une personne sûre, dévouée cà ses intérêts, par qui il était toujours en état de lui faire arriver les propos qu'il jugeait utile de lui tenir.
Quand M"' du Cayla parlait à Louis XVIII, quand elle lui écrivait, ce qui était fréquent, c'était l'extrême droite qui s'exprimait par sa bouche ou qui tenait la plume. Le goût de plus en plus prononcé que le roi professait pour cette jeune femme fit de la faveur dont elle jouissait une force pour ses amis, et son influence devint si puissante (jue nous verrons bientôt l'austère et grave Villèle obligé de compter avec elle ou plutôt avec les personnages politiques dont elle recevait les inspirations et suivait les conseils.
Lorsqu'on étudie les grands événements de l'histoire, lorsqu'on remonte à leurs origines, il n'est pas rare d'y trouver des causes en apparence futiles, qu'en dépitde leur futilité, l'historien ne saurait laisser dans l'ombre. C'est pour cela qu'il fallait montrer.au passage le profil de cette favorite, qui n'eut rien de commun avec ses aînées, ({ui ne fut pour le monarque impotent qu'un agréable passe-temps intellectuel, mais dont l'action s'exerça plus d'une fois dans la politique pendant les dernières années de son règne.
244 HISTOIKE DK LA RESTAURATION.
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SITUATION TROUBLÉE DE 1,'ESPAGNE — MOUVEMENTS PiÉVOLUTIONNAIRES EN ITALIE — CONGRÈS DE TROI'l'AU — LE ROI DE NAPLES A LAYBACH — LES AUTRICHIENS DANS LES ÉTATS NAPOLITAINS ET EN PIÉMONT — DÉFAITE DE L'INSURRECTION — CONSÉQUENCES DE CES ÉVÉNEMENTS EN FRANCE — ATTAQUES DE L'EXTKÉME DROITE CONTRE LE MINISTÈRE — NOUVELLES PREUVES DE L'IMPOSSIBILITÉ DE FONDER UN GOUVERNEMENT MODÉRÉ — LOI MUNICIPALE —LOI SUR LES PENSIONS ECCLÉSIASTIQUES — DISCUSSIONS DIVERSES — MM. DE VILLÈLE ET CORBIÈRE QUITTENT LE MINISTÈRE.
Tandis que le gouvernement français se débattait entre les difficultés dont nous avons tracé le tableau, la révolution, impuissante à Paris, poursuivait sa propagande à travers l'Europe, où les sociétés secrètes préparaient un terrain propice à ses incessants efforts.
Eu Espagne, le roi Ferdinand VII lui opposait une résistance plus tenace qu'habile. Rétabli en 1813 sur le trône de ses pères, ce souverain, eu qui revivaient leurs préjugés autocratiques, s'était empressé de détruire la constitution de 181;2, ce qui s'explique aisément par le caractère etl'origine de cette constitution. Mais, au lieu d'en donner une autre au pays et de tenir la promesse à l'aide de laquelle il avait reconquis la confiance de ses sujets, il semblait s'appliquer à fonder un gouvernement arbitraire, au sein duquel sa volonté personnelle, dominée par une camarilla, s'exerçait sans frein ni sagesse. Il favorisait un régime de réaction, suppressif de toute liberté, laissait s'accroître le désordre des finances, les dissentiments de l'armée, les discordes de la nation, et se montrait impuissant à conserver à l'Espagne les puissantes colonies qu'elle perdait peu à peu. La misère et la terreur régnaient dans ce pays. Elles ne devaient pas tarder à engendrer la guerre civile. Le retour à la constitution de 1812 était devenu le but que poursuivaient les patriotes