LIVRE TROISIÈME
espagnols. Le (i janvierjlS^O, le colonel Iliégo, commandant un détachement de l'armée qui se concentrait dans l'île de Léon pour être ensuite dirigée contre les colonies américaines révoltées, souleva plusieurs régiments, les menaà Cadix, où ils arrivèrent au moment où le peuple de Madrid venait de contraindre Ferdinand YII à proclamer cette constitution. Obligé de subir les ordres des révoltés, Ferdinand jura de régner en roi constitutionnel, et ne fut plus en quelque sorte qu'un prisonnier aux mains des triomphateurs qui lui avaient dicté des lois.
C'est surtout la France qu'intéressaientHes troubles d'Espagne, autant à cause de la situation géographique de cet Etat qu'en raison des liens de parenté qui existaient entre les deux rois. Louis XVIII ne croyait pas pouvoir laisser ces troubles dégénérer en révolution, ni tolérer le renversement du monarque son parent, encore qu'il ne se dissimulât pas ses fautes. Mais il gardait une attitude expectante, se contentant de faire entendre à l'Europe qu'il ne permettrait pas que ce double événement put se réaliser.
En Italie, et surtout dans les Deux-Siciles, la révolution s'agitait aussi, sous l'action des carbonari. Encouragé par l'exemple de ce qui s'était passé à Madrid, leur chef, le général Pepe, dans le courant de juillet de cette même année 18:20, provoqua une insurrection militaire contre le roi Ferdinand I", marcha sur Naples et obligea ce prince à accepter, en l'adaptant à ses Etats, la charte espagnole de 181:2. Les puissances européennes ne pouvaient considérer les tentatives révolutionnaires des Deux-Siciles avec la même indifTérence que celles d'Espagne. Tous les pi'inces italiens se sentaient menacés; l'Autriche partageait leurs appréhensions. Aussi, lorsqu'elle sut que le roi de Naples, quoique encore sur son trône, n'était plus maître de ses sujets, elle résolut d'intervenir pour réduire les insurgés et manifesta clairement ses intentions en massant un corps d'armée sur sa frontière. Elle ne borna pas là l'oxécntion de ses projets :
elle essaya! de convaincre les grandes puissances qu'elles étaient tenues de prendre part à cette intervention armée. Mais aucune d'elles ne voulut se prêter à ce dessein.
Le gouvernement français, pour sa part, quelques craintes qu'il pût concevoir, en voyant des Bourbons menacés au même moment à Naples et à Madrid, redoutait d'accroître l'influence autrichienne en Italie. Aux propositions de l'empereur François-Joseph, il en substitua d'autres. Persuadé que les chefs de l'insurrection napolitaine ne seraient pas insensibles à de sages conseils et accepteraient un régime constitutionnel comme en France, s'il leur était offert avec des garanties, il voulait tenter une médiation, en vue de laquelle il proposait aux cinq grandes puissances de se concerter pour n'intervenir qu'après que cette tentative aurait échoué, et d'accord avec tous les cabinets italiens. La répugnance de l'Angleterre pour une intervention et la résistance des chefs de l'insurrection tirent écarter les propositions françaises, à la suite desquelles la Russie invita les souverains signataires des traités de Vienne à se réunir à Troppau, en Silésie, pour aviser aux mesures que la sécurité des trônes ordonnait d'opposer aux progrès de la révolution.
Le Congrès se réunit le 1'' novembre. Le prince de Metternich y suivit son souverain ; lord Yane Stewart y représentait la Grande-Bretagne, MM. de la Ferronnays et de Cararnan y vinrent pour la France. L'empereur et le roi de Prusse s'y rendirent en personne.
Des cinq gouvernements assemblés, deux seulement savaient avec précision où ils entendaient aller. L'Autriche voulait intervenir militairement pour rétablir le roi de Naples dans toute sa puissance ; l'Angleterre était résolue à ne pas s'engager contre l'insurrection ; les autres hésitaient. Mais, bientôt, il devint évident que la Prusse se prononcerait dans le même sens qu ' l'Autriche et que l'empereur de Russie subirait cet exemple. Des incidents successifs, parmi