LIVRE TROISIÈME
communiquées pour la forme au représentant du Parlement napolitain, qui n'eut qu'à en prendre acte. A quelques jours de là, les troupes de l'empereur François-Joseph franchissaient la frontière, marchaient sur Naples, mettaient en pièces la petite armée que commandait le général Pepe, dispersaient le Parlement insurrectionnel et rétablissaient Ferdinand I" dans tous ses privilèges. La révolution des Deux-Siciles était terminée.
Presque au même moment, une conspiration militaire éclatait en Piémont contre Victor-Emmanuel. Les Autrichiens occupèrent les États de ce prince, et la tentative fut écrasée dans son berceau. Mais elle permit de constater que des rapports étroits existaient entre les agitateurs piémontais et les agitateurs français. Ceux-ci essayèrent même de provoquer des soulèvements dans les villes frontières. Ils y répandirent le bruit de l'abdication de Louis XVIIL L'émotion publique entraîna la baisse des fonds. Le gouvernement envoya à Lyon le maréchal duc de Bellune avec les pouvoirs les plus étendus. Ce fut suffisant pour arrêter le mouvement; il n'eut pas de suite.
Au cours de ces événements, les deux assemblées françaises continuaient leurs travaux. Dans la seconde quinzaine de mars, au moment même où les Autrichiens se préparaient à marcher sur Psaples, commençait à la Chambre des députés la discussion de la loi des comptes. Parmi les orateurs de l'extrême droite qu'elle amena à la tribune, il faut citer le général Donnadicu, l'homme de Grenoble, réactionnaire violent, animé d'une haine ardente contre le duc de Richelieu. Il accusa le ministère « de désorganiser l'armée, de la corrompre, de mettre la France à la 'merci des Etals voisins, de prêcher le mépris de la religion, de la morale, de la foi jurée, et tl'avoir mis la monarchie dans un tel état, qu'elle ne pourrait réunir un corps de troupes sans danger pour elle-même». Ces accusations passionnées arrachèrent une proteslalion à M. de Yillèle et provoquèrent une manifesta-
tion en faveur du cabinet dont il faisait partie. Ayant dit « qu'il fallait savoir qui étaient ceux qui soutiendraient le roi contre les agitateurs », la droite et le centre, émus par son langage, se levèrent en criant : « Nous vous soutiendrons.» 11 fit un éloquent appel à l'union, à l'esprit de conciliation, et rappela que le duc de Richelieu avait été l'objet de nombreux témoignages de reconnaissance, quand il s'était résigné à prendre le pouvoir pour mettre un terme aux divisions des royalistes.
Après ces attaques de l'extrême droite, qui permettaient de constater l'implacabilité des adversaires que le ministère comptait parmi ceux qui se prétendaient les amis du roi, vinrent les attaques de la gauche. L'attitude des diplomates français au congrès de Laybach fut le prétexte des critiques de Manuel et de sgénéraux Tarayre et Demarçay, auxquels répondirent MM. de Yillèle, Roy, de Serre etPasquier. Puis, ce fut le général Foy, qui, avec une étourderie peu digne de son caractère, monta le 20 mars à la tribune pour accuser les ministres d'avoir transmis au syndic des agents de change une nouvelle fausse, en lui annonçant la défaite des Napolitains. A cette occasion, il blâma durement le rôle du ministère au congrès, et déclara que, si les Autrichiens avaient osé entrer dans les Abruzzes, ils n'en sortiraient pas : « L'Italie sera le tombeau de ces barbares. » Cette prédiction se trouva démentie le lendemain par des informations nouvelles. L'insurrection napolitaine était détruite. Le débat recommença, et, tandis qu'à l'extrême droite on reprochait aux ministres de n'avoir pas su se prononcer au congrès contre la Révolution, on les accusait à gauche d'avoir fait le jeu de Metternich.
Pour achever d'envenimer ces discussions, quelques députés, plus zélés que circonspects, dans l'espoir d'eu arrêter les violences, proposèrent d'accroître les sévérités du règlement. On discuta ces réformes pendant onze jours. M. Royer- Collard et ses amis, comme aussi plusieurs membres de la