LIVRE TROISIÈME
portefeuille à la disposition du duc de Richelieu, qui leur répondit (|u'il ne se séparerait pas d'eux. Le :20 juillet, on parut avoir réussi à s'entendre; mais ce ne lut ({u'unc illusion, car, au dernier moment, le duc de Richelieu, redoutant, connue plusieurs des membres du ministère, de se perdre, s'il se livrait complètement à la droite, et blessé des exigences qu'on élevait à tout instant, se décida à déclarer à MM. de Villèle et Corbière qu'il les laissait libres de rester dans le ministère avec la position qu'ils y occupaient, ou de se retirer. Ils quittèrent Paris l'un et l'autre le même jour.
La session se termina le 31 juillet, sur cette crise dont le dénonement brisait l'alliance conclue entre la droite et le centre droit, après la chute de M. Decazes, et laissait le cabinet dans la situation la plus précaire. Il y a lieu de remarquer que, pendant la crise ministérielle, le comte d'Artois, en dépit des engagements pris naguère par lui envers le duc de Richelieu, n'avait rien fait pour obtenir de ses amis qu'ils modérassent leurs exigences et n'entraînassent pas la rupture d'une union nécessaire.
GRAVES ÉVÉNEMENTS D'ORIENT — SOULÈVEMENT DE LA GRÈCE — L'EUROPE DIVISÉE — OFFRES DE LA RUSSIE A LA FRANCE — MORT DE NAPOLÉON — LE GÉNÉRAL BERTRAND EST COMPRIS DANS L'AMNISTIE — ORGANISATION EN FRANCE DES VENTES ET SOCIÉTÉS SECRÈTES — LES HOMMES LES PLUS ILLUSTRES DE L'OPPOSITION SE METTEN^T A LEUR TÈTE — DIFFICULTÉ d'une ENTENTE ENTRE LES ENNEMIS DE LA RESTAURATION — ORIGINES ET INFLUENCES DE LA CONGRÉGATION — AFFAIBLISSEMENT DE LA SANTÉ DU ROI — FAVEUR CROISSANTE DE MADAME DU CAYLA.
Les questions extérieures continuaient à tenir une grande place dans les soucis quotidiens du ministère. Les diplomates européens, réunis en congrès à Laybacli, venaient à peine de se séparer, quand arrivèrent d'Orient de graves nouvelles. Encouragés par la révolte du pacha de Janina, le célèbre Ali, qui bravait la Turquie en Epire, divers États tributaires du sultan s'étaient soulevés sous les ordres du prince Ypsilanti, officier au service de la Russie, qui comptait plusieurs bospodars parmi ses aïeux. La Roumanie avait pris les armes pour se soustraire à la suzeraineté de la Sublime Porte. Les Grecs de Morée avaient imité cet exemple, mis la main sur des navires turcs et attaqué les garnisons que le sultan entretenait sur leur territoire.
Le désir de recouvrer leur indépendance nationale poussait seul ces peuples à la rébellion. Ils comptaient sur l'appui de la Russie, et le tzar paraissait disposé à leur venir en aide. M. de Metternich employa toute son influence sur ce prince à lui démontrer que les révoltés, comme ceux d'Espagne et d'Italie, obéissaient à la pression de l'esprit révolutionnaire qui soufflait à travers l'Europe. Le souverain moscovite commença par le croire. Mais, lorsque, après le congrès de Laybach, il fut rentré dans ses États, il discerna mieux la vérité et se monira favorable aux insurgés.
Déjà le soulèvement s'était étendu, d'une part, à toutes