‹ Histoire de la restauration, 1814-1830Chapitre 95 sur 177 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

les provinces danubiennes, de Fautre, à la plupart des provinces iirec(jues. Le sultan chercha d'abord à le comprimer par la terreur. Le ;22 avril 18-21, le patriarche grec de Constantinople, trois évèques et quarante notables de la colonie hellénique furent arrêtés et pendus sans jugement. Puis les forces musulmanes entrèrent en Moravie, après avoir mis en déroute la petite armée du prince Ypsilanti, et s'y livrèrent à de sanglants excès. Ces barbares exécutions arrachèrent un cri d'horreur au monde civilisé, en même temps qu'elles assuraient aux vaincus les sympathies de l'Europe. Ces sympathies elles-mêmes se manifestèrent sous les formes les plus bruyantes. La presse française les afdrma avec éloquence ; les poètes évoquèrent les âges héroïques de la Grèce pour engager les Hellènes à combattre. Ceux-ci se préparèrent à la lutte. Ils armèrent des bâtiments, et, par des appels réitérés k ceux de leurs frères qui vivaient en Russie, ils provoquèrent une émigration générale qui s'en alla grossir leurs rangs.

Malgré les efforts de l'Autriche, le tzar Alexandre se laissait emporter dans ce soulèvement des opprimés contre les oppresseurs. Au mois de juillet, son ambassadeur à Constantinople exigeait du Divan: l'évacuation des provinces danubiennes, placées par les traités sous la protection russe; la reconstruction des églises détruites; la reconnaissance des droits des chrétiens autant dans ces provinces que dans celles de Grèce, révoltées ou non. Le Divan ayant refusé ces satisfactions, l'ambassadeur lui présentait, huit jours plus tard, un ultimatum, et, après avoir vainement attendu une réponse, il quittait son poste le 8 août, donnant ainsi à entendre aux Turcs que la Russie était disposée à obtenir par la force les concessions auxquelles ils se refusaient.

Livrée à elle-même, la Porte n'aurait pu résister longtemps; mais l'attitude de l'Autriche et de l'Angleterre encourageait son opiniâtreté. Ces deux puissances lui adressaient des remontrances, l'engageaient à désarmer la révolte

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en faisant droit à ce qu'il y avait de juste dans ses exigences. Mais pourquoi la Porte aurait-elle obéi alors qu'elle savait les cabinets de Londres et de Vienne résolus à ne se prêter à aucune combinaison qui pût diminuer son prestige et favoriser l'influence russe, alors surtout qu'elle n'ignorait pas les efforts de M. de Metternich pour détourner le tzar de faire la guerre en faveur des Grecs?

Celui-ci cependant, après avoir pressenti les dispositions de la France, proposa au gouvernement du roi de s'unir dans une action commune, afin de chasser de l'Europe, une bonne fois pour toutes, ces Turcs qui troublaient son repos. Il l'engageait même à désigner sur une carie les pays qu'il pourrait lui convenir de choisir parmi ceux qu'on arracherait à la domination du sultan. Sincère ou non, cette proposition ne fut pas agréée. Le duc de Richelieu fit demander qu'on lui en adressât le texte écrit, dans la forme ordinaire des communications diplomatiques, de telle sorte que la preuve put en être conservée. La Russie ne répondit pas. Les choses en restèrent là, et la question d'Orient continua à s'envenimer. Les révoltes ne cessèrent pas. La lulte entre le sultan et les populations vassales qui cherchaient à secouer son joug s'aggravait de la manière la plus inquiétante pour le repos de l'Europe.

Le 5 mai, l'empereur Napoléon était mort à Sainte- Hélène. La nouvelle en arriva sur le continent vers les premiers jours de juillet. Elle n'y causa qu'une faible émotion. Depuis qu'il avait cessé d'être un danger pour la paix du monde, la France ne voyait plus que son infortune, et cette infortune n'excitait que la pitié. L'émotion eût été plus pas^ sagère encore si les poètes n'eussent saisi l'occasion de ce trépas pour chanter la gloire impériale^ ses grandeurs et ses revers. Victor Hugo, Lamartine, Béranger, Casimir Delavigne, parlèrent de Napoléon en des vers qui furent blcnlùt dans toutes les bouches. Volontairement ou non, ils jetèrent ainsi les fondements de la légende napoléonienne,

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