‹ Histoire de la restauration, 1814-1830Chapitre 96 sur 177 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

qu'un grand historien devait plus tard propager par ses récits et qui aida si puissamment, trente ans après, à l'établissement du second Empire.

La plupart des généraux qui avaient servi sous l'empereur servaient sous Louis XVIIL En apprenant qu'il n'était plus, l'un d'eux, Rapp, aide de camp du roi, ne put retenir ses larmes, et comme il essayait de les dérober à son maître : « Pleurez, lui dit ce dernier, ces larmes font honneur à votre cœur; je vous en aime et vous en estime davantage. »

Le fils de l'empereur, le duc de Reichstadt, alors âgé de dix ans, était élevé à la cour d'Autriche. On essayait de lui faire oublier son père. On hésita même à lui faire prendre le deuil. Quant à l'impératrice Marie-Louise, elle considéra la mort de son mari comme une délivrance, et peu après, elle épousait son chevalier d'honneur, le comte de Neipperg.

Le maréchal Bertrand, l'un des compagnons d'exil de Napoléon, avait été condamné en 181G à la peine capitale. Il revint en France cependant, convaincu avec raison qu'il serait protégé par le souvenir de sa longue fidélité. II fut, en effet, compris dans l'amnistie en même temps que d'autres officiers auxquels fut rendu le bénéfice de la disponibilité. La grâce accordée à la même époque au comte de la Valette, dont l'évasion avait eu tant de retentissement en 1816, marqua la fin des mesures rigoureuses qui avaient accompagné l'exécution du maréchal Ney. Il importe d'autant plus de rappeler ces actes de clémence, tout à l'honneur du gouvernement du roi, que les partis hostiles étaient loin de les encourager par leur conduite.

La conspiration du 19 août n'avait été que le prélude de conspirations nouvelles, en vue desquelles ils s'organisaient activement, à la fin du ministère de Richelieu, encouragés sans doute par la clémence de la cour des pairSi On se souvient que ce grand tribunal, hésitant à rechercher les vrais coupables, dans la crainte de les trouver trop haut placés, n'avait condamné qu'à des peines légères les accusés tra-

duits devant lui, dont quelques-uns étaient fugitifs. Deux d'entre eux, Dugied et Beslay, rentrés en France après la condamnation de leurs complices, eurent Tidée de réunir en un faisceau les diverses sociétés secrètes existant dans plusieurs villes et de les réorganiser sur le modèle de celles d'Italie, qu'ils avaient pu étudier à loisir pendant les quelques semaines qu'ils venaient de passer dans ce pays, où les avaient conduits les hasards de leur fuite. Ils firent part de leurs projets à plusieurs de leurs amis, déjà mêlés comme eux aux précédentes tentatives d'insurrection ou que l'ardeur de leurs convictions poussait à s'associer à de nouvelles manœuvres entreprises dans le môme but. Dans ces conciliabules secrets se rencontraient des hommes- jeunes encore, que la politique, la philosophie, les sciences, devaient conduire plus tard à la notoriété : Bûchez, Augustin Thierry, Jouffroy, Pierre Leroux, Trélat, Guinard, Joubert, Charles de Rémusat, Duvergier de Hauranne. Ces deux derniers, dès qu'ils connurent le but que poursuivaient les promoteurs de ces réunions, refusèrent de s'associer à eux. Mais les autres ouvrirent à leurs propositions une oreille complaisante.

Tel fut le berceau du carbonarisme français qui se répandit bientôt par toute la France, divisé en ventes particulières, ventes centrales et hautes ventes, venant toutes aboutir à la vente suprême, de laquelle la plus élevée recevait des ordres que les autres se transmettaient hiérarchiquement. L'organisation était telle, que la plupart des associés ne se connaissaient pas, et que chacun d'eux ignorait qui lui dictait les lois auxquelles il s'engageait à obéir aveuglément. Tout membre de la société promettait le secret ; il devait payer une redevance mensuelle d'un franc et avoir toujours à sa disposition un fusil, des munitions et vingt-cinq cartouches.

A peine organisée sur ces bases, l'association fit de nombreux prosélytes. Elle avait expédié des émissaires de toutes

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