‹ Histoire de la restauration, 1814-1830Chapitre 98 sur 177 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

vait perdre la monarchie. Elle joua constamment le jeu du carbonarisme, dont elle favorisa les violences par ses propres folies. Ce qu'on sait d'elle permet d'alYirmer que les Bourbons succombèrent sous le poids de ses fautes, plus eiH'ore que sous les coups de leurs ennemis.

C'est entre ces passions redoutables que M. de Richelieu était obligé de gouverner. La droiture de son cœur, ses engagements passés, ses sympathies personnelles, l'empêchaient d'abandonner la droite et de chercher ailleurs un appui qu'au surplus il n'était plus temps de solliciler. Mais il n'y trouvait que des indifférents ou des adversaires. Contre ceux-ci, le roi lui-même ne le protégeait plus. Vieux et malade, Louis XVIII s'affaiblissait de jour en jour. L'énergie morale dont il avait donné tant de preuves, cette volonté tenace qui s'était affirmée avec opiniâtreté quand il s'était agi de défendre M. Decazes, n'existaient plus qu'à l'état de souvenir. C'est à peine si de temps en temps, à de rares intervalles, elles se manifestaient encore en de rapides éclairs. Il eut cependant le courage de refuser au comte d'Artois l'entrée au conseil des ministres qu'avait demandée pour ce prince le duc de Richelieu, dans l'espoir que ce bon procédé lui vaudrait la faveur de la droite. Louis XVIII ne voulait pas, vivant, livrer la couronne à son frère. Mais ce fut l'un des derniers traits de sa résistance. Le comte .d'Artois sentait, malgré tout, le pouvoir aller à lui.

Il avait auprès du roi un habile avocat qui plaidait quotidiennement sa cause : c'était M"' du Cayla. Depuis le jour où elle était entrée en solliciteuse aux Tuileries, elle avait fait d'eflicaces progrès dans la faveur royale. Le monarque avait conçu pour elle le sentiment le plus tendre. Dans le parc de Saint-Ouen, qu'il avait récemment acheté, il faisait construire un château qu'il lui destinait. Elle avait aux Tuileries ses grandes et ses petites entrées; quand elle devait y venir, aucune affaire ne pouvait intéresser le roi. Toute l'intluence de M'"" du Cayla s'exerçait au profit de la

politique de ses amis. Pour le moment, cette politique consistait à rapprocher les deux frères, entre lesquels la confiance n'avait jamais pu s'établir. Les ultra- royalistes croyaient à leur prochain succès; leurs existences s'aui;mentaient avec leur espoir. Ils avaient des intelligences jusque dans le ministère. C'est pour leur plaire que M. Cor^ bière, quand il en faisait encore partie avec M. de Yillèle, avait un jour proposé la destitution d'un grand nombre de préfets, dont l'unique tort était d'occuper des places dont on eût voulu disposer pour les créatures de la Congrégation. C'est également à leur instigation que le ministre de la guerre demandait maintenant l'autorisation de mettre à la retraite cent cinquante généraux considérés par l'extrême droite comme trop modérés. Le duc de Piichelieu repoussa cette seconde proposition comme il avait repoussé la première. Ce fut un grief de plus contre lui, et le comte d'Artois ne put dissimuler son mécontentement.

Les attaques contre le cabinet redoublaient. On incriminait surtout ceux de ses membres qui passaient pour des libéraux, et, notamment, le plus habile d'entre eux, M. Pasquier. Convaincu qu'il était un embarras pour le duc de Richelieu, il lui offrit sa démission. Le duc de Richelieu la refusa. Il ne lui convenait pas de se séparer d'aucun de ses collègues. Au mépris de l'évidence, il croyait encore, avec le ministère tel qu'il était constitué, pouvoir conquérir la droite. Sans partager au même degré cette illusion, M. de Serre ne poursuivait pas d'autre but. L'assassinat du duc de Berry, la conspiration du 19 août, les tentatives révolutionnaires avaient opéré dans les opinions de l'ancien collègue du libéral M. Decazes un changement qui s'aggravait de plus en plus. C'est d'une étroite union avec la droite qu'il attendait le salut. •

Ainsi, les complications grandissaient au dedans comme au dehors. Les violences de'*î'opposition popularisaient la gauche dans le pays. Ce parti avait à son service des hommes

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