‹ Histoire de la restauration (volume 2)Chapitre 110 sur 172 · CONCORDAT DE 1817. — RÉPONSE DES ÉVÉQUES CONSULTÉS · texte numérisé non relu

CONCORDAT DE 1817. — RÉPONSE DES ÉVÉQUES CONSULTÉS

dernière rédaction comme irrévocable et refusa d'entrer dans aucun accommodement .

Les choses en étaient là, lorsque, le { i mars 1818, le cardinal de Talleyrand-Périgord, grand aumônier de France, tenu au courant de ce qui s'était passé par le comte de Marcellus, écrivit au Roi une lettre touchante dans laquelle il appelait sa sollicitude sur les maux et les périls de l'Église de France. Voici quelques passages de la lettre de ce prélat éminent qui, par suite de l'organisation nouvelle de l'Église de France après la signature du Concordat, avait été nommé archevêque de Paris :

• H(Mas! Sire, quel lomps prôcionx est t]é\à perdu! Le vœu de votre CŒ'ir devrait être n-mpli en fiiveur de votri' Eglise. Nous voici arrivi^s au j"ur lie la r^surrectiou, et, au lieu du cantique de joie..., nous ne faisons que prolonger nos géinissements... Quant à moi, feire, depuis que par vot ru suffrage, par votre cliox, par votre ordre, je me suis vu élevé aux plu» éwtnewes dignités, nommé au siège le plus important, je ne vis plus que de chagrins et d'amertumes. Je suis honteux des faveurs qui JD environnent en voyant tous mes confrères délaissés, abandonnés en ce moment, et quelques-uns ignominieusement remerciés après que Votre Afajesté s'est servie de moi pour les appeler publiquement à i'épiscopal. Je rougis de porter les gages du traité solennel qui ne reçoit et ne recevra peut-être pas son entière exécution. »

Ces dernières paroles indiquent d'une manière vive etpresî^nte la faute principale du ministère dans cette affaire. S'il avait des doutes sur l'impossibilité de faire accepter certaines dispositions en France, il devait les éclaircir avant de conclure avec le Saint-Siège et ne point se hâter de donner au Concordat le caractère d'une convention définitive. Après l'avoir conclu et signé, il l'abolissait virtuellement et il travaillait maintenant à remettre en délibéi*ation les questions résolues.

Les instances du cardirfal de Périgord furent si vives, que le Roi lui prescrivit de convoquer les prélats les plus éminents en dignité , en science et en vertus pour donner leur

avis sur les questions soumises à la commission. M. Laine Taiinonça k celle-ci dans une de ses dernières séances. Les prélats se réunirent ime première fois chez le cardinal de Beaussel, une seconde chez le cardinal de Périgord. Les ministres qui assistèrent à la première réunion n'assistèrent pas à la seconde, qui fut plus nombreuse et dans laquelle dix-huit prélats ou évoques, tant sacrés que nommés, se trouvèrent rassemblés. Voici le texte de leur réponse :

« Les cardinaux, archevêques et évoques convoqués par ordre du Roi, afin d*examiner ce qu*il conyient de faire pour procéder à une nouTelle circonscription des diocèses de TËglise de France, et à la réduction des archevêchés et évèchés au nombre actuel des départements, de telle sorte qu'il ne puisse y avoir qu'un seul évèché on archevêché par département, estiment :

« i^ Qu'il n'y a qu'à gémir sur cette proposition parce qu'elle est préjudiciable au bien de la religion et de l*Ëg1ise.

« 2** Que si cependant cette réduction, telle qu'elle est demandée, devient rigoureusement nécessaire pour l'Église de France, elle peut être opérée.

« 2^ Qu'une circonscription ayant déjà été réglée entre le Pape et le Roi, les évéques s'en rapportent entièrement à la sagesse du Souverain Pontife et de Sa Majesté pour l'opérer selon les formes canoniques.

a N'entendent, les cardinaux et évéques, rien préjuger de la volonté du Souverain Pontife à Tégard d'une nouvelle circonscription, ui approuver aucun des articles de la loi qui pourrait être contraire à la doctrine et aux lois de l'Église, se réservant de demander au Roi la permission de lui présenter les observations dont ces articles peuvent être susceptibles. »

Cette résolution des dix-huit évoques que le ministèif donna comme un acquiescement aux changements faits par la loi au Concordat, était simplement un renvoi de Taffaire au pape qui pouvait seul juger les nécessités de TÉgUse de France et apprécier les observations présentées par le gouvernement français. En principe, la réunion trouvait la modification regrettable, parce qu'elle était préjudiciable au bieu de la religion et de TÉglise. En fait, elle pensait quVUe m'

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pouvait t'tre appliquée que si elle était rigoureusement nécesî>aire, et ne se regardant pas comme compétente pour apprécier cette nécessité, elle engageait le gouvernement, s'il avait cette conviction, à se pounoir devant le Pape dont elle n'entendait pas préjuger la volonté. Elle avait soin, en outre, de faire ses réserves sur les autres parties de la loi qui pouvaient être en contradiction avec la doctrine de l'Église, et elle an- Donrait l'intention de présenter des obi^ervations au Roi à ce sujet.

Plus on allait, plus il devenait évident que le Concordat n'aboutirait pas et qu'il faudrait ouvrir une négociation nou- >elle; il était peu sensé, en effet, d'espérer que le Pape corriirerait sans résistance un acte débattu, convenu et signé, en acceptant rultitnatum d'une assemblée laïque. C'eût été une abdication d'autorité et de dignité dont le Saint-Siège était incapable. Cependant, dans la vingt cinquième et dernière séance de la commission, M. Laine voulut se faire une arme de la délibération des évoques pour emporter l'adhésion unanime de tous les membres. Le comte de Marcellus, d'autant plus inébranlable dans son opposition à la loi qu'il venait de recevoir la réponse du Pape à sa lettre du mois de janvier , et que cette réponse avait dissipé tous ses doutes, déclara , sans faii'e aucune allusion à ce document , que la délibération des évoques était pour lui un nouveau motif de persister dans son opinion. M. Laine eut alors un de ces éclats de colère et d'éloquence qui lui étaient habituels quand il rencontrait une résistance dont il ne pouvait triompher. Il interpella avec une extrême vivacité le comte de Marcellus, lui déclara qu'il serait la cause des malheurs qu'allait éprouver la religion en France ; lui seul, en effet, empêcherait la loi de passer, parce que la minorité, sans les votes de laquelle elle ne pouvait être adoptée , se déciderait tout f»ntière, d'après l'opinion du plus ardent de ses membres

dans la commission. Le ministre termina sa vive interpellation en rendant le député responsable des maux qui allaient fondre siu- TÉglise de France. Le comte de Marcellus laissa passer cet orage d'éloquence sans en paraître troublé, et, prenant la parole à son tour, il déclara que « si la France et rÉglise de France ne pouvaient être sauvées que par une injustice, il n'y consentirait pas. » Ses collègues joignii*ent leurs instances à ceUes des ministres sans ébranler sa résolution, et M. Laine, après lui avoir dit que le Roi connaîtrait son opposition oppiniâtre, sortit en invitant le rapporteur nommé, M. Rivière, à presser la rédaction de son rapport.

M. de Marcellus appréhendait peu le résultat de la menace du ministre de Tintérieur ; il agissait d'après sa conscience maintenant complètement éclairée et il n'avait pas songé un moment à cacher sa conduite au Roi. Le moment est venu de faire connaître la teneur de la lettre du Pape et l'usage qu*en fit le comte de Marcellus. Après lui avoir donné sa bénédiction apostolique et lavoir félicité des sentiments de foi et de piété qui l'avaient porté à recourir au siège de Saint-Pierre, afin d'en recevoir la lumière dans les questions si difficiles soulevées par la loi dont le Pape déplorait [condoluimus] la présentation. Pie Vil poursuivait ainsi :

« Si nous avons éprouvé une grande joie de vos bonnes dispositions, nous avons, d'uo autre côté, ressenti une bien vive douleur quand dous avons remarqué les chan(][ernents que vous nous écrivez avoir été introduits dans la loi en question. Eu effet, il ne saurait échapper à un esprit aussi dt^sireux que le vôtre de connatlre la vérité, qu'il y a une étrange inconséquence, lorsqu'il s'agit de questions religieuses résolues duo commun accord entre le siège apostolique et le conseil du Roi Très- Chrétien, de les remettre ensuite en délibération dans une assembK^e laïque, quelque illustre qu'elle soit. D'ailleurs, pour peu que vous examiniez vous-même les amendements proposés, vous découvrirea sans peine que les articles réjjrélit n-ibles de cette loi n'ont pas été corrigt^s comme ils auraient dû l'ôire, ou que plutôt ils ont été reproduits dans ces amendements, de sorte que leur portée est aggravée, ou qu'enfin il'

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sont maintenus, de telle manière qu'il est éYi<lent que la loi amenilée comme tous nous le faites connaître est contraire à la convention conclue et à quelques-uns des droits les plus sacrés de l'Ëglisc. Que si quel* ques-uncs des dispositions établies par cette loi sç sont glissées dans d'autres circonstances par abus, il ne faut pas beaucoup de réflexion pour découvrir que, dans un cas de force majeure, ii y a des choses mao- Taises que Ton peut tolérer pour un temps, dans lu crainte de choses plus mauvaises encore, sans pour cela les approuver le moins du monde. Cependant nous sommes loin de prétendre, à cause de la confiance jusliliée que nous inspire la religion du Roi Très-Chrétien déjà éTeillée par nos aTertissements paternels, qu'il n'apportera pas lui-même des remèdes appropriés à ce grand mal, de sorte que la convention conclue d'après ses propres tobuz, heureusement sanctionnée et déjà mise à exécution quanta ce qui nous concerne, soit religieusement observée par suite du retrait complet de la loi. Au reste, nous attendons de Totre piété, de Totre prudence et de votre Tolonté constamment dévouée au bien de la religion, que, rcTêtu de la justice comme d'une cuirasse, vous combattiez courageusement contre la loi, et que tous employiez tout ce que TOUS aTez de crédit, d'autorité, d'habileté pour faire prévaloir la libre et prompte promulgation de la convention et sa fidèle exécution. »

Cette réponse péremptoire ne laissait pas Tombre d'un doute sur l'avis du Saint-Siège. Le comte de Marcellus, qui n'avait pas voidu s'en faire une arme politique dans la commission, crut que son devoir était différent envers l'autorité religieuse. Le lendemain du jour où il avait reçu ce document important, il se rendit chez le cardinal de Périgord de grand matin, et n'ayant pu être reçu à cause de la santé du vénérable prélat, il lut le bref à monseigneur de Quélen, nommé le i" octobre 1817 évoque de Samosate et sufFraganl de l'archevêque de Paris*. Il ajouta que son intention était de le déposer entre les mains du grand aumônier de France, qu'il n'avait pas d'autre moyen de le faire pai^venir au Roi, et que son premier vœu était que le Roi en eût con-

1. Le titre de iuffraganiy plu» ordinairement appliqué à un é\êque vi8-.^-vit de son métropolitain, est quelquefois aussi iU :.né à un évoque (|ui, n'ayant que le titre d'un ëvéché in pnrtibus, remplit \p.i Toa lions épiscopales dans un autre dfoeèM.

naissance. Le cœur vraiment catholique du comte de Maicellus était ému des analogies que présentaient les circonstances en face desquelles se trouvait la France, avec ceUeii d'où était sorti le schisme révolutionnaire de la constitutinu ci\ile du clergé, et il se serait cru coupable envers rfiglisc son pays et son Roi s'il avait caché à ce dernier la lumièiv qui brillait à ses propres yeux. Tels étaient les motifs de î^a résolution, et ce fut ainsi qu'il l'expliqua à M. de Ouélen. 11 s'abandonnait du reste sans résene à la sagesse du cardinal, livrant cette grande affaire à sa prudence, le laissaut maître de taire ou de faire connaître son nom, suivant quH le jugerait utile. Le bref du Pape demeura donc déposa en original au secrétariat de la grande aumônerie. dette démarche avait été faite dans la matinée du jour où devait se tenir la dernière séance de la commission du Concordat, c'est-à-dire le 13 mars, où l'on a vu que le comte de Marcellus ne fit aucune allusion au bref qu'il avait reçu. Le cardinal de Périgord écrivit immédiatement au Roi et sa lettre contenait plusieurs fragments du bref, sans indiquer le nom de la personne à laquelle il était adressé. Louis XYIII demanda la communication du bref dans toute sa teneur, et le nom de celui qui l'avait reçu. Le cardinal ne voulut rien faire sans le conseutement du comte de Marcellus. Celui-ci répondit aussitôt : « Si j'eusse pu approcher de Sa Majesté, le premier usage, le seul usage que j'eusse fait du bref, eût été de lui en faire hommage. C'est même ce que j'ai fait,* autant qu'il était en mon pouvoir, en prenant pour confident et pour intermédiaire le gi^and aumônier de France, l'archevêque de Paris. Je prierai donc M. le cardinal de transmettre en mon nom à Sa Majesté le bref dans toute sa teneur, d'y joindre ma lettre au Souverain Pontife et môme toute ma consultation, s'il le- jugeait à propos, et d'exposer au Roi toute ma conduite. » Le cardinal lit assurer le comte de Marcellus qu'il se confonnerait à ses désir?.

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