‹ Histoire de la restauration (volume 2)Chapitre 111 sur 172 · LE GOUVERNEMENT RENONCE AU CONCORDAT · texte numérisé non relu

LE GOUVERNEMENT RENONCE AU CONCORDAT

Peu de jours après, cette affaire commença à transpirer dans le public, et bientôt on ne * s'entretint plus d'autre chose. Le comte de Marcellus, dont la loyauté est incontestable, affirme qu'il s'était fait une loi de n'en parler le premier à personne, même à ses amis politiques les plus intimes, mais de ne pas nier la vérité s'il était interpellé à cet égard, et dans tous les cas de ne délivrer à qui que ce fut aucune copie du document. Il ajoute que, malgré toutes les instances, il tint fidèlement ce double engagement. Cependant quelques jours ne s'écoidèrent pas sans que des copies plus ou moins incorrectes commençassent à circuler. Elles ne venaient certainement pas du comte de Marcellus; il est plus qu'invraisemblable qu'elles vinssent du cardinal de Périgord; tout porte donc à croire que c'était un ministre qui les avait laissé prendre. Telle était l'opinion du comte de .Marcellus; il rajoute qu'un de ses collègues lui ayant demandé avec insistance, et à plusieurs reprises, une copie du bref, et s'étant vu refuser, lui dit que ce refus ne senirait à rien, et qu'il irait chercher cette copie dans un des ministères, où l'on ne faisait aucune difficulté de la donner. Plusieurs copies obteluies de cette manière fiu'ent placées sous les yeux du comte de Marcellus, avec les mêmes fautes de construction, de? sens et d»' grammaire. Toute son intervention se borna à corriger ces fautes sur les exemplaires qui lui furent présentés. Les mêmes fautes se trouvaient reproduites dans le texte latin du bref et dans la traduction anglaise publiée peu de jours après dans If" New-Times ^

fies faits, rapprochés de la probabilité logique, indiquent que l'indiscrétion venait du ministère. Le rapport ne fut point fait, la loi ne fut pas présentée à la Chambre, l'affaire du Concordat resta comme abandonnée, et la session seferma sans

1. On trouvera à la fin du volume le texte latin du Concordat et celui du bref du F^ape au comte de Marcellus.

qu'il en fût question. Il est vrai que M. Laine, dans une lettre adressée au duc de Richelieu le* 17 mars 1818, attribue ce fâcheux dénoùment à la conduite du comte de Marcellus. Voici ses paroles :

c( Nous touchions au moment de surmonter les trop nombreuses difficultés qui se sont (^levées contre la loi dont la convention de 1817 avait rendu ia proposition si nécessaire, lorsque la connaissance d*un bref dn Pape, adressé à M. de Marcellus, a renversé toutes les espérances. »

Ce pouvait être Tespoir de M. Laine, et encore Texpression en est-elle exagérée, puisque dans le sein de la commission il disait à M. de Marcellus que sa seule opposition ferait échouer la loi parce qu'elle entraînerait les voix de la plus grande partie de la minorité de droite, mais ce n'était point là l'exposé exact de Tétat des choses. Le Pape avait écrit au Roi, dès le 3 février 1818, pour lui demander « comment un projet de loi présenté aux Chambres venait détruire la convention du 1 1 juin, » et il avait ordonné au secrétaire d'État d'adresser au comte de Blacas une note détaillée sur les griefs du Saint- Siège*. La cour de Rome s'était donc déjà émue des grave? dérogations au Concordat que contenait la loi présentée aiu Chambres, et avaut que le comte de Marcellus eût reçu le bref, le gouvernement savait à quoi s'en tenir sur les dispositions du Saint-Siège à cet égard. Le bref n'était que l'expression très-arrétée de l'opinion du pape Pie VII, et l'on peut ajouter que cette opinion avec laquelle on était obligé de compter ne pouvait être que ce qu'elle était. Il faut se souvenir que non-seulement les ratifications avaient été échangées, mais que le Pape, comme il le disait dans le bref, avait exécuté les clauses qui le concernaient. Il avait promulgué la bulle de circonscription, et c'était sur les sollicitations pres-

1. Histoire de Pie VII ^ par le chevalier ArUud de Montor, tome M. page &07 .

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