‹ Histoire de la restauration (volume 2)Chapitre 112 sur 172 · LI CONCORDAT DE 1817 DEVIENT IMPOSSIBLE · texte numérisé non relu

LI CONCORDAT DE 1817 DEVIENT IMPOSSIBLE

santés du cabinet des Tuileries, comme devait rétablir en 1 8 1 9 la correspondance de M. Portails, datée de Rome, que Pie VII avait institué et préconisé dans le consistoire secret du i^' octobre i 817 les trente-quatre évêques nouveaux présentés par le gouvernement français. Ce n'était donc pas seulement un traité signé, c'était un traité exécuté, dont il {^lait obtenir lannulation, au préjudice d'évéques présentés, institués et préconisés. Il est évident que, dans le cas môme où la loi du gouvernement eût été votée* par la Chambre, on n'aurait pu obtenir du Pape de se déjuger ainsi du jour au lendemain. Eut-elle été votée si le bref n'eût pas été connu? Le contraire est plus que vraisemblable. Il y avait dans la droite un nombre considérable de députés qui, surtout depuis la radiation de l'article relatif aux circonscriptions, ne voulaient à aucun prix s'associer à une loi qu'ils regardaient comme un déni de justice envers le Saint-Siège. Ce qu'il y a de sûr, c'est quelle aurait été discutée. Or la discussion eût été violen.te, passionnée, hostile h Rome sur les bancs de la gauche et même siu* certains bancs ministériels; les anciens préjugés ^^ussent été ravivés, les maximes les phis fâcheuses professées. On peut en juger par ce qui s'était passé dans la commission, f»ù plusieurs membres avaient proposé d'exiger des archevêques, évoques et curés le serment imposé par la loi à tous les fonclionnaires publics, en ajoutant que si, dans Fintervallo de six mois, le Pape n'avait pas déclaré les motifs de refus d'institution canonique à un évéque ou archevêque nommé par le Roi, ce silence serait regardé comme une adhésion. La discussion eût donc été mauvaise, et après cette mauvaise discussion, la loi eût été rejetée, parce que la droite, la gauche et une partie des ministériels déterminés par des motifs différents eussent voté contre une loi qui n'aurait pas été assez catholique pour les premiers et qui l'aurait encore été trop pour les autres.

Le démarche de M. de Marcellus ne fut donc pas la cause de rabàndon du Concordat, elle en fut l'occasion. La question avait été mal engagée, mal conduite; le ministère, qui était loin d'être unanime sur ce sujet , après s'être imprudemment avancé, n'avait pas montré plus d'adresse en cherchant à reculer. Il avait renoncé à faire accepter à la Chambre le Concordat primitif qu'il avait signé avec le Pape, et il ne savait comment faire accepter au Pape le Concordat modifié, altéré, dénaturé par la loi présentée aux Chambres. Il rencontra sur son chemin la démarche de M. de Marcellus et h» bref du Pape, et il saisit ce prétexte pour sortir de la situation difficile où il s'était jeté, et pour adopter le parti proposé depuis longtemps par M. Decazes qui contraire, depuis le début, au Concordat pour l'adoption duquel le cabinet était oblip* de se rapprocher de la droite, et de s'éloigner de la gauche H des doctrinaires, n'avait pas cessé de demander que, sans retirer la loi, on la laissât tomber dans l'oubli. Le 20 mars 1818, M. Laine lut dans le conseil une note probablement concertét* d'avance, dans laquelle il était dit que depuis rapparitioii d'un bref clandestin, tout espoir d'obtenir la majorité ou faveur de la loi organique s'était éteint. Il fallait donc ouvrir avec le Saint-Siège une nouvelle négociation, lui demander de remplir les cinquante sièges anciens et de remettre à une époque où nos finances seraient dans une situation meilleure le débat sur l'érection des sièges nouveaux. M. Laine oubliait ce qu'il avait dit dans la commission sur les ressources dii budget ecclésiastique, qui suffisait à l'érection des nouveaux sièges ; il fîdlait bien motiver le parti qu'on adoptait. Il fut eu outre décidé qu'on adjoindrait M. Portails au comte de Blacas pour suivre la nouvelle négociation. On supposait que le nécrociateur du Concordat de 1817 serait dans une position trop difficile s'il se présentait seul pour réclamer une convention différente de celle qu'il avait signée au nom du Roi, et Ton peu-

CONCORDAT.— NOrVEI.LE NK(K>C1AÏI(».N ENTAMKK A ROME. 385

sait en outre que le comte Portalis, plus au courant des préventions qui régnaient en France sur certaines questions religieuses, réser^'erait mieux les points que Ton voulait réserver. En annonçant ces résolutions au comte de Blacas, le duc de Richelieu reconnaissait avec une loyale candeur que Téchec qu'on venait d'éprouver ne devait pas t^tre attribué à l'ambassadeur à Rome, mais au ministère. Voici le début de sa lettre :

« Je Tais m'expliquer arec tous sur renvoi à Home de M. Portails. Assurément il u'a jamais pu nous entrer dans l'esprit de tous donner un désagrément. Quel en pourrait èlre le motif? Avez-Tous fait autre chose que ce que nous avons concerté avec vous? N'est-ce pas noire faute à nous de n'avoir pas mieux connu noire terrain? Quant à la présence de M. Porlalis, comme il est lui-même très-religieux, d'un esprit Irès-doux, tr^s-coQciliant, j'espère que ses qualités personnelles feront oublier les préventions qu'on aurait pu avoir contre son père... On désire vous donner un aide, un renfort dans l'afTaire la plus importante et la plus difficile*. »

Tandis que Ton allait ouvrir ainsi une négociation nouvelle à Rome « pour n'avoir pas mieux connu son terrain, » comme un en convenait avec notre ambassadeur, le mot d'ordre était donné de rendre M. Marcellus responsable de la rupture. Les plus ardents allèrent môme jusqu'à dire que l'ancien Parlement l'eut décrété de prise de corps '^; mais la grande majorité des catholiques, et le clergé tout entier dont les divisions avaient cessé depuis qu'il connaissait le bref du Pape, se félicita de voir ajourner une discussion qui, avec la disposition des esprits , auraient pu amener mi schisme '. Enfin , quelque temps après, vers les dernières séances de la session, quand tout ce bruit fut tombé, et que les passions furent re-

Page 1