‹ Histoire de la restauration (volume 2)Chapitre 123 sur 172 · BUDGET : QUESTIONS POLITIQUES · texte numérisé non relu

BUDGET : QUESTIONS POLITIQUES

peat-étre à ajonter. Pour qu*il y ait un vote, un jugement déûnitifdela dépense, il fant qu'elle couiparaisse, si j'ose le dire, en personne. Or. elle ne peut comparaître que dans le compte qui en sera rendu après qu'elle aura été faite*. >

En terminant son discours, M. Royer-CoUard sous-amendait la proposition de la commission dans ce sens :

I La Cbambre décidera que les exercices antérieurs seront à Tavenir l'objet d'une loi spéciale, et les comptes seront joints à cette loi ; mais la commission des comptes ne sera nommée que sur une proposition de la loi et elle se dissoudra 4'clle-même quand elle aura fait son rapport. •

M. Pasquier vint déclarer au nom du ministère que cette proposition de M. Royer-CoUard lui paraissait admissible. Aussitôt le rapporteur de la commission, M. Beugnot, déclara en son nom, qu'atteignant ainsi le but qu'elle s'était marqué, elle se ralliait à la nouvelle rédaction,

le vote d'ensemble du budget rencontra peu d'opposition ; trente boules noires seulement se trouvèrent dans l'urne qui f'onlenait cent cinquante boules blanches.

Naturellement les questions financières ne furent pas les î^ules traitées dans la discussion du budget. Dès ce temps, 1<'S partis se rencontraient sur ce terrain comme sur un champ de bataille. M. Bignon prononça un discours longuement élaboré, dans lequel il avait exprimé tout le fiel accumulé dans son âme et tout le venin des haines du plénipotentiaire de Oaguenau contre la maison de Bourbon , dont il était allé demander la déchéance aux étrangers. En outre, il avait profité des imprudences, commises par quelques orateurs de la droite pour signaler la continuation de la lutte entre l'ancien régime et les principes de 89. Après avoir reproché à la Restauration ses rigueurs et jusqu'au bannissement des régicides qu'il accusait la droite d'avoir arraché au Roi, il s'était écrié : « Il est temps que l'étranger parte et que la France soit ren-

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due à tous ses enfants. » Le centre entier éclata en murmures et réclama le rappel à Tordre; mais M. de Yillèle demanda que la parole fût maintenue à l'orateur. Peut-être la phraséologie savamment calculée de celui-ci aurait -elle fait passer ses attaques si, emporté par la passion, il ne s'était pas laissé aller à dire «qu'il y avait vingt-huit millions de Français qui auraient dû être inscrits sur les listes de proscription au retour des Bourbons, parce que tous avaient voulu les Cent- Jours. )) Le rappel à l'ordre fut demandé et prononcé. Dans cette harangue, qui fit quelque honneur au talent de M. Bignon, quoiqu'il y eût plus de rhétorique dans son discours que de véritable éloquence, et qui fit tort à son caractère, il parla de l'occupation étrangère avec une Violence, des étrangers avec un accent de menace plus propre à retarder l'évacuation du territoire qu'à la hâter, et réclama le retour des bannis de manière à prolonger leur exil. Loin d'aider ainsi les efforts généreux du duc de Richelieu pour la délivrance "du territoire, il les entrava. Que lui importait? Il s'était posé à la tribune comme un autre Caton décidé à substituer à la formule du vieux Romain sur la destruction de Carthage, cette autre formule : « Et je demande le départ des troupes étrangères. » C'était un exemple de plus de ce patriotisme égoïste et faux qui recherche à tout prix le bénéfice de la popularité, et s'inquiète peu du mal qu'il fait au pays pourvu qu'il ail l'air plus zélé que tous les autres dans son empressement affecté à le servir.

Les orateurs de la droite attaquèrent avec une grande véhémence le ministère de la police, qui ne fut pas moins vivement défendu. Son défenseur le plus ardent fut M. Camille Jordan. M. de Villèle ne craignit pas de dire dans le cours de cette discussion, en demandant la suppression des fonds secrets, que, tt depuis le procès de Plaignier, Carbonneau et Tolleron jusques et y compris les événements de Lyon, on n'avait pas

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jugé un seul procès politique sans qu'on y retrouvât la main de la police. » Il y eut un débat assez vif sur les Suisses, dont M. Casimir Périer demanda la suppression, et au sujet desquels M. de Bonald prononça une de ces phrases malheureuses que Ton rencontre quand on cherche à donner trop de piquant à sa pensée : « Plût à Dieu, s'écria-t-il, que nous fussions aussi bous Français que ces fidèles étrangers ! » Il y avait dans la journée du 10 août d'assez beaux souvenirs à évoquer en fayeur des Suisses, sans qu'on fût obligé d'y joindre une provocation inutile. Pour éviter un rappel à l'ordre, M. de Bonald fut obligé de consentir, sur la proposition d'un ministre, à ce qu'on effaçât la phrase de son discours. « Mauvaise détermination, ajoute M. de Villèle en racontant cet incident ; il faut toujours avoir le courage de soutenir son opinion. 9

Il était impossible que l'affaire de Lyon ne retentît pas dans ce débat avec la polémique qui s'était élevée entre M. de Chabrol et le général Canuel d'un cftté, le maréchal Marmont, le colonel Fabvier et M. de Saineville de l'autre . M. de la Bourdonnaye avait mis, avec une praude ftpreté de langage, le ministère en demeure de s'expliquer. M. de Villèle fit plus, il demanda une enqut- te. Le gouvernement, dit-il, ne pouvait rester indifférent et neutre entre les deux affirmations contradictoires. Si le général Canuel, M. de Chabrol, M. Dehuttes, avaient fait leur devoir et s'ils étaient calomniés, le gouvernement devait les défendre et ne pas récompenser leurs calomniateurs ; étaient-ils coupables, non-seulement il ne devait pas * les récompenser eux-mêmes, mais il devait les envoyer devant les juges. La neutralité ne lui était pas permise.

Le gouvernement resta sourd à cet appel. Il se contenta de dire qu'il ne lui appartenait pas de demander compte à la justice de ses arrêts, et que, quant aux débats qui avaient eu lieu dans la presse, c'était aux fonctionnaires qui se croiraient

calomniés de porter plainte devant les tribunaux. Évidemment le ministère ne voulait pas prendre parti ; il demeurait spectateur du duel. Quoi qu'il pût dire, son attitude était impossible à justifier, elle manquait à la fois de dignité, d'habileté et de décision. Si les fonctionnaires qu'il avait employés étaient i*esponsabIes devant lui, il répondait de leur conduite deyant le public, tant qu'il ne les avait pas désavoués, punis et, s'il y avait lieu, déférés aux tribunaux. Savoir et vouloir, ce sont les deux premières qualités d'un gouvernement ; or le gouvernement dans cette affaire semblait manquer à la fois de lumière et de volonté. C4eux qui, conime M. Camille Jordan, toujours prêt à engager contre la droite sa fougueuse éloquence, accusaient les autorités principales de Lyon d'avoir tenu le gouvernement dans l'ignorance, et excusaient celui-ci en disant qu'il était seulement coupable de n'avoir pas bien jugé les choses, de s'être montré faible et plein d'une indécision fatale dans la répression de ses subordonnés, ne faisaient pas moins de tort au gouvernement que les opposant^ de la droite. Un ministère habile aime mieux être accusé par ses adversaires qu'excusé par ses défenseurs. Sans dont*' M. Camille Jordan attaquait bien plus vivement les horamc> de droite auxquels il demandtiit comment ils osaient reprocher au gouvernement les fautes qu'ils lui avaient fait commettre ; mais les hommes de droite accusaient à leur tour le duc de Raguse de s'être laissé circonvenir par des honunes intéressés à le tromper, et M. Camille Jordan d'avoir, par st^s . paroles imprudentes, encouragé les libellistes et ranimé W espérances des factieux, et tandis que celui-ci réclamait une enquête, ils demandaient ce qu'on n'a le droit de refuser à personne, des juges. Par cela seul leur position demeurait meilleure que celle du ministère.

Ce furent là, après les grands débats législatifs, les discus- ^'^ons qui retentirent le plus vivement dans la session. A la

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