LIVRE CINQUIÈME
NOTE SBCRRTB. — PRÉTEiNDUE CONSPIRATION DITE DU BORD DE L'EAU.
Le duc de Richelieu se préparait dès lors à se rendre au congrès d'Aix-la-Chapelle dont on annonçait la réunion pour la fin de septembre. Le bruit s'était répandu qu'à ce congrès on traiterait des questions politiques de diverse nature ; mais une note des quatre puissances, datée du commencement de juillet 1818, annonça qu'on s'y occuperait exclusivement de déterminer l'époque à laquelle il conviendrait de fixer l'évatuation du territoire français.
Dans le laps de temps qui s'écoula entre la fin de la session et la réunion du congrès d'Aix-la-Chapelle , quelques faits graves prirent place. C'est ici le moment de parler de la note dite secrète qui eut tant de retentissement au dehors et à l'intérieur, et dont le ministère voulut faire peser la responsabilité sur l'opinion royaliste tout entière. Au mois de juin 1818, le gouvernement français apprit qu'une note rédigée à Paris sur les affaires de France avait été soumise aux ^Tandes puissances. Depuis les deux invasions de 1814 et de
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1815, l'habitude s'était établie d'entretenir les quatre grandes cours des affaires intérieures de notre pays, et cette habitude avait trouvé, je ne consentirai pas à dire sa justification, maii^ sa raison d'être dans la connexité existant entre nos affaires intérieures et les affaires générales de l'Europe, et dans la présence des armées de celle-ci sur notre territoire. On se souvient que les cabinets étrangers avaient pesé sur le Roi pour lui faire signer l'ordonnance du 5 septembre, et qu'ils avaient prêté un appui marqué à la politique de M. Decazes, que même ils lui avaient donné un témoignage public d'approbation. Un homme qui, dans les rangs de la droite, avait l'habitude de prendre ces sortes d'initiatives , celui que, vers la fin de l'Empire, on a vu se donner à lui-même une mission pour le quartier général des coalisés, haranguer l'empereur de Russie, prendre à partie et intéresser M. de Metternich et tous les ministres des grandes puissances, le baron de Vitrolles, était l'auteur de la note secrète du mois de mai 1818, comme de celle qui avait suivi l'ordonnance du 5 septembre 1816. D'après son récit *, il avait reçu à la fin du mois de mai 1818, la visite du comte de Bruges, aide de camp de Mgwsiech» chargé par ce prince de lui demander un mémoire sur la situation de la France : il n'y avait pas une minute à perdre pour ce travail, lui dit-on, car le comte Orloff, qui allait repartir pour la Russie dans trois jours, se chargerait de remettre ce mémoire à l'empereur Alexandre, et ce prince arriverait ainsi au congrès d'Aix-la-Chapelle avec des notions exactes et précises sur le véritable état de la France. Le baron de Vitrolles — nous suivons son récit — composa le mémoire demandé, qui fut lu et approuvé par le comte d'Artois, et remis au comte Orloff par le comte de Bruges. Le comte Orloff fut tellement frappé du contenu du mémoire commenté
1 . Ce récit ett consigné dans les Mémoires inédiu de M. de Vitrolles , dent neo» dêTons la eommiisieation à l'obligeanee de M. Forgaea.
IfOTB SECRÈTE. 4)3
parle comte de Bruges, qui voyait les choses au pis, qu'avant de porter Voriginal k Saint-Pétersbourg, il en fit faire quatre copies ; Tune pour Vienne, la seconde pour Berlin, la troisième pour Londres, la quatrième enfin pour les États secondaires. Cette dernière copie fut communiquée au duc de Richelieu et i M* Decazes dans le courant du mois de juin. Presque aus^ sitôt après, la correspondance privée, qui était en possession de défrayer les journaux étrangers de nouvelles politiques ^ur les affaires de France, et par Tentremise de laquelle le ministère, c'était chose connue', faisait dire à Londres, dans le^ journaux anglais, ce qu'il voulait faire répéter à Paris, an^ ilpuça renvoi de la note secrète, en en attribuant la rédaction k trois hommes, MM. de Chateaubriand, de Fitz-James et de Vitrolles, et la responsabilité au parti royaliste tout entier. Les deux premiers eurent d'abord la pensée d'écrire une lettre au duc de Richelieu pour repousser cette allégation comme une injurieuse calomnie, et, en attendant, M. de Chateaubriand fit attaquer sur-le-champ le journal anglais où, seloa $es expressions, une correspondance privée avait déposé la çi^lomnie ; puis M. de Fitz-James et lui se rendirent chez le baron de Vitrolles, auquel ils proposèrent de joindre son nom aux leurs. Celui-ci leur répondit qu'il était le rédacteur de la note et leur en fit connaître le texte. Alors, — c'est toujours son récit que nous suivons, — MM. de Fitz-James et Cl^ftteau-
1. U est impossible de clouter de l'impulsioa donnée par M. Decazes à la correspondance parUcuUère des journaux anglais. D*abord la pensée qui domine (ouïe celte correspondance, c*est celle que M. Decazes cherclie à faire prévaloir en France : « l^es ultra veulent le renversement de la Charta, le ministère veut sa conservation, M. Decazes est le génie tuiélaire du Roi et de 1% France. » Pourquoi veut- on que les correspondants anglais du Moming-Chro- H'We.du State* Ê Man, du Britiih-Monitor, et méqae ceui du Courrier et du Sun, journaux ministériels, eussent soutenu cette tiièse, s'ils n'avaient pa« rev" ^^ subsides? En outre, la correspondance conUent souxent des détails que le m^ nisièrea pu seul donner. Enfin, dès que M. Decaies n'est plus mioislre, la correspfmdance pari fculf ère cesse.
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briaiid ue trouvèrent rien à blâmer dans la note, et se déclarèrent prêts à en accepter rétroactivement la responsabilité.
On voit que, d'après le récit du baron de VitroUes lui-même, on ne saurait présenter la note secrète comme délibérée par les hommes politiques qui formaient le conseil de Monsieur. Le baron de VitroUes, le comte de Bruges, voilà les deux seuls personnages mis en scène. Le duc de Fitz-James, qui certes était très-avant dans la confiance de Monsieur, ne connaissait pas le premier mot de la note secrète, et M. de Chateaubriand, qui avait aussi une grande part à la confiance de ce prince, n'avait pas été plus consulté. Ce qu'il y a de certain, c'est que, si quelques royalistes de l'entourage de Monsieur approuvèrent aussi la note secrète, le gros de l'opinion royaliste, celle qui envoyait les députés de droite à la Chambre, désapprouva cette démarche. J'en trouve la preuve dans ces lignes écrites par M. de Villèle sur son carnet, le jour où il apprit par le Moniteur la disgrâce de M. de VitroUes rayé du nombre des ministres d'État par une ordonnance du 24 juiUet, contresignée Richelieu :
c Le MonUeur contient un violent article contre la note secrète, envoyée, dit-on, aux souverains étrangers par les royalistes pour les engager à ne pas évacuer le territoire. Les divers rôles joués par M. de VitroUes, ses relations avec Fouché lors de la seconde rentrée da Roi, permettent de supposer que, si ses associés dans cet acte insensé et coupable étaient des royalistes, ils étaient peu éclairés et peu dignes de ce nom. »
Que contenait donc cette note secrète blâmée par M. de Villèle, rédigée par M. de VitroUes, et portée à Tempereur de Russie parle comte OrlofF? Un exposé pessimiste de la situation de la France, le développement de cette idée contenue dans l'exorde :
« La révolution occupe tout, depuis le cabinet du Roi qui en est e loyer, jusqu'aux dernières classes de la nation qu elle agite a^ec ▼'<-