‹ Histoire de la restauration (volume 2)Chapitre 127 sur 172 · PRÉTENDU COMPLOT ROYALISTE DANS L'OUEST · texte numérisé non relu

PRÉTENDU COMPLOT ROYALISTE DANS L'OUEST

fondre les nuances. La marcbe rapide qui nous transporterait d'an état de choses où l'on peut jouir d'une sage liberté d'opinion, à celui où désapprouver serait conspirer, consommerait la transition d'un état constitutionnel à un état tyranniquc. Au jugement de quel homme de sens des allégations comme celles de l'accusé pourraient-elles faire franchir l'espace immense dont je Tiens de parler à tout un pays offrant comme garanties trente ans de sacrifices de tout genre faits à la fidélité, à des hommes qui ont combattu en i 81 5 pour le rétablissement de cette Charte qu'on les accuse de youloir renyerser? C'est ici le cas de renouveler hautement le témoignage que j'ai pu en rendre à Sa Majesté. Le Roi m'avait ordonné à Gand de faire respecter la Charte pendant la lutte qui allait s'entamer^ et d'y faire revenir aussitôt qu'il se pourrait, alors que les circonstances auraient momentanément rendu impossible de s'y conformer. La crise finie, j'ai pu dire au Roi : Sire, il n'y a pas eu d'infraction. Si Votre Majesté avait prévu des impossibilités éventuelles dans l'exercice de la Charte, rien n'a été impossible à l'amour de vos Bretons; victorieux dans la lutte, au milieu du tumulte des armes, alors que toutes les infractions auraient été nécessairement excusées ou couvertes, la surface entière de la Bretagne n'a pas offert un seul exemple d'un chef qui se soit permis un seul acte de propriété sur ses propres biens confisqués, et entre les mains des ennemis de Votre Majesté, portant les armes contre elle. »

Ces paroles nous ont paru dignes d'être tirées de Toubli dans lequel elles étaient tombées. L'homme qui les prononçait était entouré d'une estime universelle dans le Morbihan, et on le savait incapable d'alléguer un fait inexact. Il démentit une à une toutes les circonstances alléguées à Tappui de la prétendue conspiration, offrit de fournir la preuve d'un alibi afin de démontrer son absence de tous les conciliabules auxquels on l'avait fait assister, et présenta en effet le lendemain ces preuves, que le président refusa de recevoir en faisant observer que ni le marquis de La Boessière, ni ses amis, qui voulaient faire une preuve analogue, n'étaient en cause. Sur soixante -dix témoins cités, soixante-sept déclarèrent de la manière la plus formelle qu'ils n'avaient pas aperçu dans le Morbihan le plus léger indice d'une conspiration, et donnèrent à ces remar-

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quables paroles de M. de La Boessière une sanction nouvelle :

« Si c est la vérité qu'on veut découvrir, qn*on parcoure ces campagnes si calomniées du Morbihan, elle y apparaîtra, cette yérité, montrant partout, à la lueur de son flambc^au, écrit en caractères d'un sang Tersé pour la fidélité, que ce n*est point là le sol de la félonie et que les hommes qu* il a nourris n'y ont pas sucé le lait de la trahison. »

Quand les débats furent fermés, le président qui n'avait point rappelé au substitut que la question de conspiration n'était pas dans la cause, puisqu'elle avait été résolue négativement par le jury de Vannes, le rappela au jury d'Angers. 11 ne le consulta donc que sur la culpabilité de Leguévell et de Legall. La culpabilité du premier seulement fut déclarée sur la question de propositions non agréées tendant à exciter les citoyens à s'armer contre l'autorité royale, mais le verdict lui attribua le 'bénéfice accordé aux révélateurs pour s'être dénoncé lui-même.

Ainsi finit ce triste procès, d'une manière plus fâcheuse encore pour le ministère que celui de la terrasse du bord de l'eau, et l'on remarqua, non sans quelque étonnement, que Legiiévell, dont la misère était profonde et connue de tous quand il commença ses intrigues, paraissait devant la cour avec les dehors de l'opulence, et remontait dans sa voiture au sortir du tribunal.

Je ne cherche dans cette histoire que la vérité sans acception de personnes , en me tenant également loin du réquisitoire et du plaidoyer. Mais, je le demande à tout esprit impartial : est-il possible, après les détails qu'on vienf de lire, de méconnaître la tendance de M. Decazes à élever les manœuvres de police au rang des moyens politiques de gouvernement? Je parle de M. Decazes, parce que le caractère du duc de Richelieu répugnait, comme celui de M. Laine, à l'emploi de pareils

ELECTIONS DU CINQUiàME. 447

expédients. Cela est-il possible, surtout quand on n'a pas oublié ce qui a été dit plus haut sur les traditions vivantes de Tadministration deFouché et sur les instruments qui, formés par lui, accouraient se ranger sous la main de M. Decazes, comme ce qui a été rapporté au sujet du pFoccs intenté aux rédacteurs du Censeur européen^ coupable d'avoir publié contre les missionnaires des notes fournies par un des confidents les plus intimes du ministre de la police, rédacteur du Journal des maires^ et élevé, quelques jours après, au poste de secrétaire généml de son ministère?

£LRCT10NS du CINQUIKMV.

Peut-être demand^ra-t-on eu quoi ces conspirations imputées aux royalistes pouvaient servir les desseins de M. Decazes ?Elle^s les servaient de plusieurs manières. D'al)ord elles rendaient de plus en plus diflicile un rapprochement entre les royalistes et le Roi; or c'était surtout des rangs des royalistes que M. Decazes appréhendait de voir sortir des compétiteurs, ^i il haïssait en eux ?(îs héritiers. Il y avait, en outre, un motif de circonstance : on était au moment de l'élection du cinquiènae, et les accusations contre les royalistes autorisées, comme dans l'affaire de Lyon, on formulées directement par le ministère , comme dans le procès de la terrasse du bord de Teau et celui du Morbihan, paralysèrent et découragèrent les efforts de la droite.

Les royalistes, las d'être poursuivis et repoussés, c'est M. de Chateaubriand qui le constate dansle Conservateur^ se rendirent en petit nombre aux collèges électoraux . Leur illustre interprète expliquait ainsi leur abstention sans l'approuver : les ministé-

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riels faisant la minorité partout, c'était leur adhésion à l'opinion royaliste ou à l'opinion indépendante qui pouvait donner la majorité à l'une ou l'autre opinion. Or, comme le ministère voulait avant tout exclure l'opinion royaliste, et que les ministériels aimaient mieux voter avec les indépendants que de se réunir aux royalistes, ceux-ci, ne pouvant rien espérer, jugèrent inutile de se rendre aux collèges électoraux *.

Les élections du mois d'octobre 1818 donnèrent un nou- » veau démenti aux espérances que le ministère avait fon(lée> sur la loi de 1 816. Sans doute les hommes de droite firent de^ pertes codsidérables, et cela entrait dans les vues du ministère. Dans le Gard, MM. de Saint-Aulaire et de Chabaud-Utour. portés à la fois par les ministériels et les indépendants, remplacèrent les deux députés de droite, MM. de Calvière et de Vogué, qui avaient commandé les volontaires de 1815 sous les ordres du duc d'Angoulôme; à Lyon, M. Camille Jordan, porté à la fois par les ministériels et les indépendants, obtint une grande majorité, 780 voix, tandis que le général Canuel et M. de Chabrol n'en obtinrent que 200. Enfin le$ royalistes laissèrent en outre sur le champ de bataille MM. Piet, de Boiclairveaux, de Louvigny, de Trinquelague, de Ponunerol, Dugat de Yarennes, de la Villemarqué et plusieurs autres. Mai^ en revanche, dans le Finistère, quatre indépendants, parmi lesquels on comptait Manuel, remplacèrent quatre députés ministériels. Dans l'Ain, M. Camille Jordan, porté à la fois par les ministériels et les indépendants, passa; mais les électeun' nommèrent avec lui M. Girod (de TAin),' député des Cent- Jours, et M. Raudet, arrêté après les Cent-Jours et interné à Tulle par les ordres du gouvernement royal, tous deux caodidatsdes indépendants. Dans la Sarthe, les quatre candidats des indépendants, parmi lesquels on comptait trois députés

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