‹ Histoire de la restauration (volume 2)Chapitre 128 sur 172 · Chateaubriand^ première llvraifton du Coniervateur · texte numérisé non relu

Chateaubriand^ première llvraifton du Coniervateur

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des Cent-Jours, et au nombre de ces derniers le général La Fayette, remplacèrent quatre députés ministériels sortants. Le ministère partagea à peu près les nominations du département du Nord avec les indépendants. Enfin, à Paris, il fallut les plus grands efforts et un appoint de la droite arrivant in extremis^ pour empêcher, à soixante voix de majorité seulement, la nomination de Benjamin Constant et faire passer M. Ternaux. Résumons les résultats des élections par des chiffres : la droite perdit quinze voix, les indépendants en gagnèrent dix-neuf ; donc le ministère perdit quatre voix. Il devenait évident qu'une progression continue portait peu à peu la majorité vers la gauche, et que si le ministère voulait marcher avec la Chambre, il serait bientôt obligé de se modifier. La nuance représenté^ par MM. Decazes, de Gouvion Saint-Cyr et Pasquier pouvait encore s'appuyer sur une majorité où les indépendants gagnaient ce que perdait le ministère et la plus grande partie de ce que perdait la droite ; le moment approchait où le duc de Richelieu et M. Laine ne le pourraient plus.

Nous n'avons pas encore indiqué tous les résultats que le ministère tira contre la droite des dernières .affaires judiciaires mises en avant contre elle. Ce fut pour lui une occasion de demander au Roi la révocation des prérogatives conférées à Monsieur, comte d'Artois, par le décret royal du 1 3 mai 1 814, qui le nommait colonel général de toutes les gardes nationales de France, et lui donnait ainsi une influence considérable. Les attributions de Monsieur avaient été réglées par une ordonnance du 16 juillet 1814 qui faisait ressortir à son autorité tout ce qui concernait les nominations, les règlements sur le personnel, le service ordinaire, l'instruction et la discipline, tandis que ce qui était relatif à la simple exécution des lois, à la formation des listes, à la comptabilité, aux réquisitions de service extraordinaire en cas de trouble ou à défaut de la garnison, était placé dans les attributions du ministre de l'in-

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térieur, et par conséquent des préfets, des sous-préfets et des maires. Une ordonnance du 17 décembre 1815 révisa cet état de choses : jusque-là, le colonel général avait nommé les officiers de la garde nationale, sans que le ministère eût aucune part à ces nominations. Il fut arrêté que dorénavant le Roi, en conseil, nommerait les officiers, sur la présentation du colonel général, d'après des listes de candidats arrêtées de concert avec le ministre de l'intérieur; que les ordonnances de nomination seraient contre-signées parle ministre, et les brevets délivrés au nom du Roi par le prince colonel général. En vertu de la même ordonnance, le service ordinaire cessa d'être dans les attributions exclusives des officiers commandants : les inspecteurs dans les départements durent se concerter avec les préfets, et, en cas de dissentiment, il leur fut enjoint de déférer provisoirement à la réquisition de ces magistrats. Une nouvelle ordonnance intervint le 18 juillet 1816, et la multiplicité des mesures successives adoptées sur cet objet indique qu'on avait quelque peine à accorder les attributions assignées au ministre de l'intérieur avec les prérogatives du colonel général. D'après cette nouvelle ordonnance, les inspecteurs des départements, les commandants d'arrondissement et les commandants communaux furent placés, même pour le service ordinaire et la discipline, sous les ordres des préfets, des sous-préfets et des maires. '

Malgré ces atténuations successives apportées au décret de 1814, le ministère trouvait l'influence de M. le comte d'Artois sur les états-majors de la garde nationale encore trop grande. C'était toute une organisation à l'aide de laquelle le prince pouvait agir sur l'opinion, par une correspondance suivie, et qui pouvait être employée comme un levier dans les luttes électorales. Le comte d'Aitois, quoi qu'on eût fait, exerçait une action marquée sur la composition des états-majors de la garde nationale, et le ministère profita des dispositions où les

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derniers procès intentés aux royalistes avaient laissé le Roi pour le déterminer à ôter cet instrument puissant des mains de son frère. L'ordonnance du 30 septembre 1818, rendue peu de jours avant l'époque où les élections allaient s'ouvrir, enleva de fait tout pouvoir au comte d'Artois en ne lui laissant plus que quelques prérogatives honorifiques. La garde nationale était ramenée à une institution municipale, le comité de direction supérieure et les états-majors étaient supprimés, et les maires, les sous-préfets et les préfets reprenaient toutes les attributions que leur conféraient les lois. Monsieur sentit vivement le coup qui lui était porté, et déclara que, si on insérait dans l'ordonnance la formule habituelle Notre frère entendu^ il protesterait par ime démission publiquement donnée. Ce ne fut pas sans peine qu'on obtint de lui le sacrifice de ce dessein, et le jour où l'ordonnance parut au Moniteur^ il quitta son habit de colonel de la garde nationale pour prendre celui de colonel des carabiniers. Sans doute la situation à laquelle on ramenait l'institution de la garde nationale avait quelque chose de plus normal; mais ici les mêmes objections présentées par les chefs de la droite contre la loi de recrutement et d'avancement du maréchal Gouvion Saint-Cyr reparaissaient de nouveau. Était-on dans une position telle, que la considération principale et déterminante dût être celle dune régularité stricte? L'institution de la garde nationale, dont les démagogues de la première révolution avaient tiré tant de parti, ne devait-elle pas être rattachée pendant quelque temps encore au trône par un lien étroit et personnel, et n'aurait-on pas au moins dû attendre la présentation et l'adoption d'une loi destinée à fixer les bases des organisations municipales à la disposition desquelles on mettait la garde nationale, avant de savoir ce que seraient ces organisations? Ces observations n'étaient pas absolument sans justesse ; mais le ministère était pressé de

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briser, avant les élections qui s'ouvraient dans le mois d'octobre, cet instrument d'influence dans les mains de Moksiecr. Dans l'atmosphère de défiance réciproque où l'on vivait depuis Tordonnance du 5 septembre, ce nouveau grief, venant s'ajouter aux griefs précédents, confirma le comte d'Artois, de plus en plus irrité, dans la pensée qu'il y avait dans les régions ministérielles une conspiration pour l'empêcher d'arriver au trône si son frère venait à mourir. Selon lui, on lui ôtait l'épée de colonel général des gardes nationales du royaume dans la crainte qu'il ne s'en servît pour assurer la transition entre les deux règnes, et l'on désarmait à l'avance la main par laquelle on ne voulait pas laisser porter le sceptre *.

OUVERTl'RK DU COXGRfeS D' A IX-LA-CH A PK I.LE.

Pendant que ces événements se succédaient à l'intérieur, le duc de Richelieu s'était rendu au congrès d'Aix-la-Chapelle pour réclamer l'évacuation complète de notre territoire. Cette âme honnête et vraiment patriotique respirait plus à l'aise quand elle pouvait échapper aux tristes compUcations des affaires du dedans, et consacrer ses efforts à assurer Tindépendance du pays. Au mois d'août 1818, le duc écrivait à un ami qu'il partait dans une dizaine de jours pour Aix-la- Chapelle : c( La besogne sera courte et bonne, je l'espère, ajoutait-il, et la France rendue à elle-même rentrera dans la

1 . La Correspondance privée et authentique des Journaux anglais avait insinaé cette idée. On lisait ce qui soit dans le Morning Chronicle du l^^** août 18 18 : a Les minisires semblent avoir adopté pour système qu'au moment de l'évacuation du torriloire par les alliés. Monsieur sera requis de renoncer à ses droits au trône de France en faveur de S. A. R. Mgr le duc d'Angoulème, sob fils, qui a maintenant adopté le système du Roi actuel, son oncle. »

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