‹ Histoire de la restauration (volume 2)Chapitre 129 sur 172 · DIFFICULTÉS DE LA TACHE DU DUC DE RICHELIEU · texte numérisé non relu

DIFFICULTÉS DE LA TACHE DU DUC DE RICHELIEU

communion européenne. » La lettre se terminait par ces paroles : « Après la réunion d'Aix-la-Chapelle je reviendrai aussitôt à la session, et ce sera, je l'espère, la fin de ma carrière politique ^ »

La question que le duc de Richelieu allait traiter à Aix-la- Chapelle était moins facile à résoudre qu'il ne le disait dans ses correspondances. Malgré la confiance magnanime qu'affichait Louis XVIII, et qu'il avait raison, comme Français et comme Roi, d'afficher au sujet de l'état intérieur de la France, car l'évacuation du territoire était à ce prix, et le départ des étrangers était une mesure nécessaire au point de vue politique comme au point de vue financier, il y avait de nombreux ferments de troubles en France. Les luttes des idées et des intérêts ne pouvaient se produire, il est vrai, dans les journaux quotidiens, mais elles trouvaient leur expression dans des publications non périodiques et prenaient un caractère menaçant poiu" la tranquillité européenne elle-même. Les écrivains indépendants, en effet, — et parmi eux on comptait des hommes qui, comme MM. Etienne et Jay, avaient appartenu au bureau de Y Esprit public sous l'Empire, — s'attachaient à attiser la flamme des passions politiques dans l'Allemagne, travaillée par les sociétés secrètes et impatiente d'entrer en possession des libertés promises et encore différées. Enfin deux oppositions

1. Voici le texte même de cette lettre, adressée à Tahbé Nicole, alors à Odessa : « Je pars dans une douzaine de jours pour Aix-la-Chapelle. J*espère que la besogne sera courte et bonne, et qu'enûn la France étant rendue à ellemême rentrera dans la communion européenne. Si elle sait être sage, elle possède encore les éléments d'une étonnante prospé'rité. On ne peut se faire une idée des progrès qui ont eu lieu depuis un an, et ils seront bien plus rapides dans Ja supposition qu'on ne fas.«e pas de folies. La même amélioration qui existe dans les fonds publics existe dans le prix des terres, qui est monté étonnamment. Pour que cela dure, il ne faut que de la sagesse. Les Français en auront-ils?... L'expérience en décidera comme des avantages du gouvernement représentatif. Quoi qu'il en soit, après la réunion d'Aix-la-Chapelle, je reviendrai aassilôt à la session, et ce sera, je l'espère, la fin de ma carrière politique, v

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élevaient en même temps la voix : celle de droite pour répéter que le système ministériel conduisait aux abtmes ; celle de gauche pour justifier ces prévisions en remettant en honneur des idées et des hommes menaçants pour le repos de la monarchie. Certes, quand les indépendants parvenaient pendant la durée du congrès d'Aix-la-Chapelle à faire éUre deux fois M. Manuel, dans le Finistère et dans la Vendée ; lorsqu'ils réussissaient à emporter l'élection du général La Fayette dans la Sarthe, et lorsqu'ils portaient M. Benjamin Constant à Paris, ils faisaient une chose bien plus fâcheuse et bien autrement imprudente que ce qu'avait fait le baron de Vitroiles en écrivant la note secrète. Ce n'étaient pas là seulement des paroles, en effet; c'étaient des actes. Ces actes ravivaient toutes les craintes de l'Europe en faisant reparaître les noms auxquels se rattachaient des souvenirs de révolution ou de guerre. Heureusement les deux membres les plus influents de la conférence européenne à Pans, le duc de Wellington et le comte Pozzo di Borgo, étaient ouvertement favorables à l'évacuation du territoire français, et le duc de Richelieu était l'ami de l'empereur Alexandre qui conservait son ascendant sur les souverains, membres de l'ancienne coalition, et accordait une confiance absolue au témoignage du duc de Richelieu.

Louis XVIll tenait passionnément à obtenir l'évacuation immédiate du territoire national, il y attachait son honneur, et il avait dit à son premier ministre, le jour du départ de celui-ci pour Aix-la-Chapelle :

« Monsieur de Richelieu, faites toute espèce de sacrifice pour obtenir révacuation du territoire; c'est la première condition de notre indépendance; il ne doit y avoir que des drapeaux français en France. Exprimei à mes alliés combien mon gouvernement sera difficile tant qu*on poorra lui reprocher les calamités de la patrie et l'occupation du territoire. Et pourtant vous savez, monsieur de Richelieu, que ce n*e8t pas moi, c'est Bonaparte qui a appelé les alliés contre nous. Voilà toutes mes instructions. Répétez à l'empereur Alexandre qu'il peut rendre à ma maison un

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