QUESTIONS DIPLOMATIQUES POSÉES
dernier et plus éclatant serYice que celui qu'il lui a rendu en i 814 et en 1815; après avoir restauré la légitimité, il lui reste la gloire de restaurer rindépendance nationale. Obtenez les meilleures conditions possibles; mais, à tout prix, point d'étrangers. »
Fidèle à ces instructions qui répondaient si bien à ses propres sentiments, le duc de Richelieu, avant de partir, s'était assuré que les diplomates, membres de la conférence européenne siégeant à Paris, ne feraient pas obstacle à Tidée de révacuation. Mais en supposant cette question résolue, il en restait d'autres d'une haute importance qui appelaient une solution sur laquelle on était moins d'accord. D'abord, il s'agissait de fixer l'époque des derniers payements à faire par la France; en second lieu, il fallait établir sa position dans le conseil des grandes puissances européennes; en troisième lieu, il y avait à savoir si, en cessant d'être occupée, elle demeurerait surveillée par une armée placée en dehors de ses frontières. Enfin, il y avait une dernière question à régler : si l'entrée de la France dans le conseil des grandes puissances constituait une quintuple alliance, la quadruple alliance formée en vue des nouvelles commotions révolutionnaires qui pouvaient se produire dans son sein continuerait-elle à subsister?
Des doutes fort graves avaient été exprimés par les plénipotentiaires de la conférence de Paris sur ces trois dernières questions, et les plus favorables, sauf M. Pozzo di Borgo, que le duc de Richelieu, las des affaires, aurait vojilu avoir pour successeur au ministère des relations extérieures, étaient d'avis de laisser subsister une différence marquée entre la France réintégrée dans le conseil des nations européennes et les*autres puissances. Le duc de Richelieu, espérant faciliter le succès de sa mission s'il obtenait d'avance l'adhésion de l'Angleterre, s'arrêta à Spa afin d'avoir une conférence avtîc lordCastlereagh. r.elui*ci se montra facile sur la question de l'évacuation im-
456 CONGRÈS d'aix-la-chapelle.
médiate de notre territoire, et disposé à faire donner à la France toutes les facilités possibles pour le payement des derniers termes de la contribution de guerre; mais, quand le duc de Richelieu parla de signer à Aix-la-Chapelle un traité de quintuple alliance qui abolirait complètement le traité de quadruple alliance du 24 novembre 1815, le ministre français et le ministre anglais cessèrent de s'entendre. Lord Castlereagb exprima de la façon la plus catégorique l'opinion que, bien que la France fût admise à traiter les grandes affaires de l'Europe avec les autres nations, le traité du 24 novembre devait subsister entre les quatre puissances signataires, comme une précaution contre les éventualités de l'avenir. Le duc de Richelieu ayant insisté vivement sur la position fâcheuse que cette précaution offensante ferait à la France traitée en suir pecte, lord Castlereagb laissa voir qu'une des raisons qui lui faisaient attacher un si grand prix à la quadruple alliance, c'était l'appréhension d'avoir à porter devant le Parlement un nouveau traité dont le but éventuel serait une assurance mutuelle souscrite entre les souverains contre les risques des révolutions populaires. La question parlementaire compliquait ici pour le gouvernement anglais la question diplomatique et, comme le dit plus tard lord Castlereagb dans la conférence d'Aix-la-Chapelle, le gouvernement anglais, toutes les fois qu'il était au moment de s'engager, devait songer à sa responsabilité devant le Parlement. Le duc de Richelieu prévit, à partir de ce mom^put, de graves difficultés sur cette question dans le congrès d'Aix-la-Chapelle, mais il espérait encore les tourner avec le puissant appui de l'emperçur Alexandre.
A peine arrivé, il fut reçu et appelé en audience particulière par le Czar, qui l'accueillit avec de grandes démonstrations d'amitié, comme il avait coutume de le faire. Mais le ministre français demeura affligé et surpris lorsque, après être entré en matière, il découvrit qu'Alexandre, tout en continuant à pro-
OBJECTION DE l'eMPEHEI'R ALEXANDRE. 457
fesser les sentiments de la plus vive sympathie pour la France, n'était pas sans alarmes sur la situation du gouvernement royal. Faut-il attribuer, comme quelques historiens l'ont fait *, ces préoccupations du Czar à la note secrète du baron de Vitrolles? Les observations faites par Alexandre au duc de Richelieu n'autorisent en rien cette supposition. Il ne dit pas un mot de nature à permettre de croire qu'il blâmât le gouvernement de s'être séparé de la droite, mais il exprima son vifétonnement de ce que, malgré la politique suivie par Louis XYIII, la partie la plus active, la plus mêlée aux affaires et la plus éclairée de la nation ne se fût pas rapprochée du trône. Tout au contraire, les anciens militaires et les fonctionnaires civils de la République et de l'Empire s'en éloignaient tous les jours davantage.
Alexandre n'avait nul besoin d'être averti par une note secrète de la situation des choses à ce sujet; les faits étaient là, présents à tous les yeux. Le parti des indépendants faisait son opposition au grand soleil, et, loin d'être satisfait des concessions du ministère, il s'appuyait sur celles qu'il avait obtenues pour en arracher de nouvelles. N'avait-il pas encore, peu de jours avant la conversation du duc de Richelieu avec Alexandre, réclamé, à l'occasion de l'ordonnance du 30 septembre sur la garde nationale, les institutions démocratiques de 1790 et de 1791 ? A la tribune et dans les publications d'une périodicité irrégulière à l'aide desquelles il exerçait une propagande incessante, ne cherchait-il pas, chaque jour, à faire verser le gouvernement dans la démocratie? Ne suivait-il pas dans les élections le même système que dans la presse? Alexandre en savait plus que personne sur les projets secrets nourris par les hommes les plus ardents de ce parti. N'était-ce pas à lui que les réfugiés de Bruxelles, d'accord