‹ Histoire de la restauration (volume 2)Chapitre 132 sur 172 · OBJECTION DE LORD CASTLEREAGH · texte numérisé non relu

OBJECTION DE LORD CASTLEREAGH

tenir. Il était bon qu'elle sût qu'une nouvelle tentative serait suivie d'une nouvelle et énergique répression. En vain le duc de Richelieu essaya-t-il de faire comprendre au Czar ce qu'il y aurait d'humiliant pour la France à être tenue ainsi dans une espèce de suspicion par l'Europe. Alexandre trouvait qu'il y avait de trop grands intérêts en jeu pour s'arrêter devant cette considération. Il ne contestait pas la convenance de faire entrer la France dans le conseil européen, et il cherchait avec le duc de RicheUeu quel serait le mode le mejlleur pour transformer la quadruple alliance en quintuple aUiance, mais sans en changer le but.

Le duc de Richelieu, après avoir fait d'inutiles efforts pour ramener Alexandre à ses opinions, finit par se rattacher à cette idée d'une alliance où tous les droits et toutes les obligations fussent réciproques entre les cinq puissances. Cependant il avoua à l'empereur qu'il considérait comme très-difficile de faire accepter cette solution par l'Angleterre, et il lui cita une objection que venait de lui faire à Spa lord Castlereagh : — « Comment voulez-vous, lui avait dit celui-ci, que s'il y a une révolution en Irlande, une armée française ait le droit d'y rétablir l'ordre? » Alexandre réfléchit un moment : — tt La France, dit-il, vient d'être malade, l'Angleterre ne l'a pas été; il est impossible de leur appliquer le même régime. » Le duc de Richelieu se récria sur cette position particuUère et spéciale faite à la France, qui s'en tiendrait pour offensée. Il ajouta que, si on refusait de la traiter sur le pied de l'égalité, il ne resterait plus au plénipotentiaire du Roi qu'à se tenir à l'écart, sans adhérer à des actes qu'il lui était impossible d'empêcher comme d'accepter.

Le duc de Richelieu était dans son rôle et dans l'honorable mission que lui avait donnée Louis XVIII ; mais il ne fallait pas s'étonner qu'Alexandre, malgré ses sympathies pour la France, persistât dans une poUtique de prévoyance et de .précaution

460 CONGRÈS d'aix-la-chapelle.

justifiée à ses yeux par les périls que TEurope avait couruîî fl ceux qu'elle pouvait courir encore. Le duc de Richelieu traitait pour la France, Alexandre pour l'Europe.

Aix-la-Chapelle, même avant l'ouverture des conférences, précédées et préparées par ces entrevues, avait pris la physionomie brillante et animée d'une ville de congrès, quoique cependant les affaires qui devaient y être traitées n'eussent pas le caractère général de celles qui avaient occupé le congrès de Vienne. Les g;randes puissances avaient même pris soin à l'avance d'avertir toutes les cours, dans une circulaire envoyée par leurs ministres formant la conférence de Paris, que ce n'était pas à proprement parler un congrès qui allait s'ouvrir, mais une délibération limitée à un seul point et destinée exclusivement à décider si le moment de retirer du territoire français l'armée d'occupation était venu *.

En faisant adresser aux divers cabinets cette circulaire, le? quatre puissances avaient plusieurs objets en vue : elle*

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