Voici les (erme« mêmes de cette circulaire
« Les souverains alliés qui ont signé avec la France le traité du ?0 novembre ta 16, étant convenus de se réunir dans l'automne prochain pour, conformément à l'article 5 dudit traité, prendre en considération, de concert aver Sa Majesté Très-Chrétienne, l'état intérieur de la France, et, d'après cet antécédent, décider si l'occupation des provinces frontières de ce royaume peut ee;ser ou bien si elle doit être continuée, mes collègues et moi avons reçu de nos cabinets respectifs Tordre de faire connaître les motifs de celte réunion. 11 n'est aucun doute que Tarticle susmentionné ne réserve aux souverains alliés le droit exclusif de décider seuls l'importante question qui en est l'objet. Cependaot. Leurs Majestés voulant éviter toute interprétation non fondée qui pourrait tendre à donner à leur réunion le caractère d'un congrès, et écarter en même tenip^ l'intervention d'autres princes et cabinets dans la discussion dont la Uécisios leur est expressément réservée, elles ont ordonné à la conférence de Pari» de faire connaître la résolution qu'elles ont prise de décliner toute ouverture coatraire qui pourrait leur être adressée à cet égard, el de n'admettre aucun pi^ nipotentiaire qui serait envoyé au lieu indiqué pour leurrÂinion. En usant d'un droit qui leur est exclusivement réservé par le traité de 18 1 S, les souverain» alliés ne veulent nullement attirer à eux les négociations entamées à Paris, à Londres et à Francfort, lesquelles doivent être terminées dans les lieux où le< conférences sont établies, et avec Vlntervention de toutes les parties qui, vu l< nature des affaires, sont appelées à y prendre part. >
«L'VERTURE DES DÉLIBÉRATIONS. 4t)l
excluaient ainsi des conférences d'Aix-la-Chapelle l'Espagne, le Portugal et la Suède, signataires du traité de Paris ; elles écartaient d'avance les requêtes qu'elles pressentaient ou même qu'elles savaient positivement devoir leur être adressées par les États qui croyaient avoir à se plaindre des traités de Vienne ; enfin elles dissipaient les alarmes répandues par la presse, d'après laquelle la réunion d'Aix-la-Chapelle devait être une espèce de cour de révision appelée à toucher à toute chose, ce qui avait mis en émoi tous les intérêts. Néanmoins le concours était grand à Aix-là-Chapelle, où l'empereur d'Autriche était entré le même jour que l'empereur de Russie. Le roi de Prusse, qui était chez lui dans cette ville, avait précédé ses deux puissants alliés pour leur en faire les honneurs. Il avait amené avec lui M. de Hardenberg; M. de Mettemichy avait accompagné son souverain. Ces deux monarques laissaient le soin de leurs affaires à leurs ministres ; aussi la visite que leur fit le duc de Richelieu n'eut-elle pas l'importance de celle qu'il avait faite à l'empereur de Russie, qui s'occupait de ses affaires par lui-même. Néanmoins MM. de Nesselrode etCapo d'Istria avaient suivi Alexandre, qui, malgré la résolution prise en son absence de ne point admettre aux délibérations les membres de la conférence européenne siégeant à Paris, résolution destinée à écarter le comte Pozzo di Borgo que ses collègues jugeaient trop favorable à la France, appela presque immédiatement ce dernier; son arrivée donna un auxiliaire précieux au duc de Richelieu, car M. Pozzo di Borgo, quoique dévoué à son nouveau souverain, n'oubliait pas qu'il était né Français. Parmi les personnages de distinction qui se pressaient à Aixla-Chapelle, on comptait le prince de Hesse-Hombourg, le prince Frédéric de Wurtemberg ; le comte de Voronsow, général en chef de l'armée russe d'occupation ; l'adjudant général Jomini, déjà célèbre comme écrivain militaire, et qu'on pourrait appeler l'historiographe de la coalition; le duc de Wel-
462 CONGRÈS d'aix-la-ghapellb.
lington. Lord Castlereagh, que suivait M. Canning, dont on commençait à pressentir l'avenir poiiticpie, et qui s'était fait adjoindre M. Planter et lord Stuart, représentait l'Angleterre dans les conférences , où le prince de Hardenberg, plénipotentiaire de la Prusse, devait être assisté du comte de Bernstorff et du baron Alexandre de Humboldt. Le prince de Mettemich était assisté de M. de Gentz et du baron de Vincent, qu'il avait appelé de Paris dès qu'il avait vu arriver le comte Pozzo di Borgo. On remarquait aussi la présence de deux banquiers» inégalement célèbres à cette époque, mais tous deux célèbres, M. Baring, sur la puissante maison duquel la France s'appuyait pour réaliser sa gigantesque liquidation envers l'Europe, et M. Rothschild, de Vienne. Tous deux devaient donner les explications nécessaires, et au besoin indiquer les solutions des difficultés financières qui pouvaient s'élever, et le duc de Richelieu eut à se féliciter d'avoir réclamé la présence de M. Baring. La presse anglaise, qui inaugurait dès lors son vaste système d'information et de publicité, y avait envoyé ses correspondants pour être mieux et plus tôt instruite. Les arts, les lettres et les plaisirs, qui vont partout où l'on peut espérer des fêtes, étaient accourus. Madame Gail, dont le talent musical, comme compositeur et exécutant, était connu, se trouva à Aix-la-Chapelle avec madame Gay, d'une conversation spirituelle et piquante, auteur recherché et intelligente actrice de comédies de salon, dont la célébrité a dispaiTi dans le rayonnement de la célébrité de sa fille. Madame Catalaùi, la grande cantatrice de l'époque, dont la voix incomparable avait quelque chose de surnaturel en vigueur et en étendue, donna quelques concerts. Mademoiselle Lenormant, la sibylle en vogue, dont 6n racontait les merveilleuses prédictions à Napoléon et à Joséphine, — car les prédictions, connues seulement après l'événement qu'elles annoncent, sont de tous les temps, comme le penchant au