TRAITÉ ET DÉCLARATION DU 13 NOVEMBRE
traité qui devait clore les conférences d'Aix-la-Chapelle et la déclaration qui devait en faire connaître les résultats à l'Europe entière. Nous croyons devoir donner ce traité, appelé à doniinerle droit européen jusqu'à la révolution de 1830, et sur la rédaction duquel on ne parvint pas sans quelque peine à s'entendre. Les plénipotentiaires anglais, en effet, mettaient autant de soin, en vue des susceptibilités du Parlement, à en écarter tout ce qui pouvait rappeler la Sainte- Alliance, que les plénipotentiaires russes en mettaient à se rapprocher de ce texte cher à leur souvenir. On finit par se faire des concessions mutuelles, et l'on arriva ainsi à cette formule qui représente la transaction de l'idée russe et de l'idée anglaise :
« Les ministres d'Autriche, de France, de la Grande-Bretagne, de Pmsie et de Russie, à la suite de rechange des ratifications de la con- Tention signée le 9 octobre, se sont réunis en conférence pour prendre en considération les rapports qui, dans Tétat actuel des choses, doivent s'établir entre la France et les puissances cosignataires du traité du 20 novembre 4815, rapports qui, en assurant à la France la place qui lui appartient dans le système de l'Europe, la lieront étroitement aux vues pacifiques que partagent tous les souverains. En conséquence, les puissances signataires du présent acte ont unanimement reconnu et déclarent qu'elles sont fermement décidées àne s'écarter ni dans leurs relations mutuelles, ni dans celles qui les lient aux autres États, du principe d'union intime qui a présidé jusqu'ici à leurs rapports et à leurs intérêts communs, union devenue plus fort^, plus indissoluble par les liens de la fraternité chrétienne que les souverains ont formés entre eux ; que cette union ne peut avoir pour objet que le maintien de la paix générale fondée sur le respect religieux pour les engagements consignés dans les traités ; que la France, associée aux autres puissances par la restauration du pouvoir monarchique, légitime et constitutionnel, s'engage à concourir désormais au maintien et à raffermissement d'un système qui a donné la paix à l'Europe et qui peut seul en assurer la durée; que si, pour atteindre le but ci -dessus énoncé, les puissances qui ont concouru au présent acte jugeaient nécessaire d'établir des réunions particulières, soit entre les souverains eux-mêmes, soit entre leurs ministres respectifs, pour y traiter en commun de leurs propres intérêts, l'époque et le lieu de ces réunions seraient chaque fois préalablement arrêtés, au moyen de communications diplomatiques, et que dans le cas où ces réunions auraient
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pour objet des affaires spéciiitement li<^es ans intérêts des antres tia\$ de l'Europe, elles n'auraient lieu qu'à la suite d'une invitation formelle de la part de ceux desdits États que lesdites affaires concerneraient, et sous la réserye ex])re8se de leurs droits d'y participer directement ou par leurs plénipotentiaires. »
Au protocole que nous venons de reproduire était jointe la déclaration suivante, œuvre particulière d'Alexandre, et dans laquelle il avait épanché les sentiments exaltés de son &me magnanime :
« Les souverains, en formant cette union auguste, ont regardé comme sa base fondamentale leur invariable résolution de ne jamais s'écarter, ni entre eux, ni dans leurs relations avec d'autres États, de l'observation la plus stricte des principes des droits des gens, principes qui, dans leur application à un état de paix permanent, peuvent seuls garantir efficacement rindépendance de chaque gouvernement et la stabilité de Tassociation générale... Les souverains reconnaissent formellement que leurs devoirs envers Dieu et envers les peuples qu'ils gouvernent leur prescrivent de donner au monde, autant qu'il est en eux, l'exemple de la justice, de la concorde, de la modération, heureux de pouvoir consacrer désormais tous leurs efforts à protéger les arts de la paix, à accroître la prospérité intérieure de leurs États et à réveiller ce sentiment de religion et de morale dont le malheur des temps n'a que trop affaibli l'empire. »
On a souvent accusé cette pièce de sortir du ton ordinaire de la politique et de remplacer par la langue de la métaphysique celle de la diplomatie. Du moins faut-il reconnaître qu'en s'éloignant du culte abject du fait accompli, et en gravitant vers la sphère des principes, elle élevait le niveau des âmes. Ce n'était pas la force qu'elle invoquait comme l'arbitre suprême des litiges des empires, c'était la justice. L'idéal de politique chrétienne, montré comme im but aux souverains, devenait une espérance pour les peuples.
La fin du congrès d'Aix-la-Chapelle fut moins fav(»rable à la France que ses commencements : cela tint à des circon-