CRISE DES FONDS PUBLICS
pruQt ; malheureusement cette hausse n'était pas entièrement naturelle. Le gouvernement, qui attachait un vif intérêt à ce que le duc de Richelieu pût présenter aux conférences d'Aixla-Chapelle la fortune pubhque comme étant dans un état prospère, et la confiance comme faisant chaque jour de nouveaux progrès, n'avait pas fait d'objection à ce que M. Corvetto employât en reports une somme de 40 milUons concentrée au Trésor. La Banque avait en outre facilité sans mesure des escomptes, et plusieurs maisons de banque françaises et étrangères avaient opéré dans le même sens sur une trèslarge échelle. Le gouvernement favorisait de toutes ses forces ce mouvement ; il y voyait l'avantage de payer l'étranger avec des rentes dont le cours était plus élevé, c'est-à-dirq avec un uioindre capital. Ce fut ainsi que le 27 mai le gouvernement put fixer à 66 francs 80 centimes le taux de l'emprunt de 16 millions 400,000 livres de rente.
La presse, qui se mêle à toutes les questions, se jeta sur celle-ci avec beaucoup de vivacité, et les journaux des indépendants battirent en brèche le ministère. M. Etienne, dont on n'a pas oublié l'origine politique, et qui publiait alors des Lettres sur Paris ^ dans le Censeur européen^ se distingua dans cette polémique. Il ne craignit pas de dire, lorsqu'on apprit que l'emprunt de 24 millions de rente avait été donné à MM. Ilope et Baring, au taux de 67 francs quoique les fonds publics fussent à 70 francs, et bien qu'ils dussent atteindre quelques jours après le chiffre de 72 francs, que l'on aurait trouvé des soumissionnaires à ce dernier taux, et que des banquiers français, entre autres MM. Casimir Périer et Laffitte, s'étaient offerts à le soumissionner au chiffre de 70 francs. Comme il arrive dans les circonstances de ce genre, on ampUfiait les offres et l'on changeait les simples propos en lettres, ou Ton donnait aux lettres une portée qu'elles n'avaient pas. D'ailleurs, l'événement
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allait jeter uu triste et éclatant démenti à toute cette intrigue.
Jusqu'à la fin d'août les fonds publics avaient continué à suivre leur mouvement ascensionnel, et, le dernier jour de ce mois, la rente touchait au chiffre de 80 francs. Pendant le mois de septembre elle resta ferme à 75. Mais il y avait un grave danger dans cette élévation, qui avait quelque chose d'excessif et d'artificiel, et qu'il fallait attribuer à l'agio auquel la Banque et le gouvernement lui-même avaient pris part, aux exagérations optimistes de la presse, à la concurrence des souscripteurs qui espéraient réaliser im bénéfice en revendant, à cette confiance imprudente dans une hausse illimitée qui s'était emparée des esprits. La hausse devait porter les détenteurs de la rente à réaUser leurs bénéfices ; ces réalisations amèneraient des offres nombreuses, qui, avec l'énorme quantité de rentes émises depuis i815, pouvaient produire des résultats désastreux. Les puissances étrangères, la Prusse surtout, dont les finances étaient embarrassées, pouvaient vouloir réaliser à un taux avantageux les parties de rentes qui leur étaient allouées, et écraser ainsi le marché. Le gouvernement français luimôme aurait besoin de ses fonds, et, le jour où il retirerait les 40 millions qu'il avait employés en reports, il ôterait m\ fonds publics de leur élasticité. Enfin, dans ces grandes opérations d'agio qui avaient Ueu journellement, il pouvait ] avoir à la Bourse quelque grave sinistre qui ferait succéder la panique à la confiance ; la Banque alors resserrerait ses escomptes, et la baisse succéderait à la hausse.
Tout cela arriva. Dans le courant du mois d'octobre, la rente, par ces causes réunies, tomba par une secousse à 68 francs. Si elle baissait encore, les maisons françaises et étrangères qui avaient souscrit l'emprunt se trouvaient gravement compromises. Au fond, le capital disponible* manquait en France, après tant de désastres, pour suffire à un appel de