‹ Histoire de la restauration (volume 2)Chapitre 140 sur 172 · CRISE DES FONDS PUBLICS · texte numérisé non relu

CRISE DES FONDS PUBLICS

40 millions de rentes succédant aux appels considérables et réitérés qui avaient précédé celui-ci. Dans le reste de TEurope même, qui n'était guère moins appauvrie que la France par une si longue guerre, la gêne qui se manifesta sur toutes les places financières le démontra surabondamment ; le capital monétaire allait se trouver atteint, si Ton ne se hâtait d'aviser. Le gouvernement français employa deux moyens pom* conjurer ces graves difficultés. Il favorisa, et même il provoqua une association de banquiers et d'agents de change qui rachetèrent toutes les rentes offertes au taux de 70 francs d'abord, de 68 francs 50 centimes ensuite, et contribua ainsi à diminuer l'encombrement de la place, en luttant en môme temps contre la baisse. Il fit faire par le duc de RicheUeu, d'après le conseil de MM. Hope et Baring, une ouverture aux puissances réunies à Aix-la-Chapelle pour étendre à dix-huit mois le laps de temps pendant la durée duquel les payements devaient être achevés, et qui avait été primitivement fixé à neuf mois. Il demanda enfin pour les maisons Hope et Baring la faculté d'acquitter une partie de leurs engagements en lettres de change sur certaines places de l'Europe. La Prusse, qui avait grand besoin d'argent, fit une assez vive résistance à ces modifications; mais le duc de Wellington intervint de nouveau auprès du cabinet de Berlin. En outre, il y avait deux puissances devant lesquelles il fallut que tout le monde pliât : l'évidence et la nécessité. Il était évident que le délai demandé par la France pour acquitter ses obUgations lui était nécessaire ; si l'on passait outre, on provoquait une catastrophe dans ses finances : or, une catastrophe financière en France prenait un caractère européen. Débitrice non-seulement de tous les États, mais d'un grand nombre de particuliers dans ces États, la France entraînait tout le monde dans son naufrage, que tout le monde avait par conséquent intérêt à conjurer. Ses affaires, c'étaient les affaires du monde. Ce fut la

Hitt. de U Reittur. IV. SI

considération qui emporta tout, et on en trouve la trace dans le protocole qui fut rédigé par le prince de Mettemich. On y faisait observer que :

« Les modifications proposées n'altéraient en rien ni la nature ni la solidité des engagements primitifs, ni celles des garanties sur lesquelles reposaient en dernière analyse toutes les dispositions pécuniaires de la Gonyention du 9 octobre ; que ces modifications ne pouvaient affecter, en aucuue manière» la confiance que les puissances avaient accordée aux parties contractantes, attendu que ces maisons se déclaraient prêtes à remplir leurs engagements primitifs si les puissances le jugeaient convenable; que les modifications proposées ne devaient pas être considérées comme un avantage particulier pour le gouvernement français, ou comme un soulagement accordé aux maisons de banque avec lesquelles il a traité, mais comme un arrangement de convenance mutuelle dicté par des motifs communs à toutes les puissances contractantes, daus Tintérèt des créanciers comme dans celui du débiteur; enfin, la France s engageant à tenir compte aux puissances créancières d'un intérêt de 5 pour cent, à raison du délai provenant de cet arrangement, il n'en résultait pour les autres puissances aucune perte réelle. »

Ce protocole, qui assignait dix-huit mois au lieu de neuf à la France pour effectuer ses derniers payements aux étrangers, fut signé le 17 novembre 1818 par les plénipotentiaires de toutes les puissances. Cet arrangement ramena un peu de calme dans les esprits. Cependant le mouvement de baisse ne fut pas encore vaincu. En vain le gouvernement, au prix des plus grands efforts, mit la plus scrupuleuse exactitude dans Taccomplissement de ses engagements. En vain le Trésor paya-t-il à bureau ouvert tout ce qu*il devait payer, et la Banque de France, à laquelle le gouvernement avait remis des traites sur les receveurs généraux, se chargea-t-elle du paye- * ment du semestre des intérêts de la dette publique, ce qu'elle fit à répoque fixée. 11 y avait une cause permanente de baisse qu'on ne pouvait vaincre, c'était Taffluence des rentes sur le marché, produite par le besoin de capitaux soit chez les puisiiances étrangères, soit chez les simples particuliers, dont un

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