‹ Histoire de la restauration (volume 2)Chapitre 14 sur 172 · AFFAIRE DITE DES PATRIOTES · texte numérisé non relu

AFFAIRE DITE DES PATRIOTES

Il y avait partout des complots dans Tair ; les geiines de divisions et de haine que les Ceiit-Jours avaient multipliés produisaient leurs fruits. Le renversement d'un certain nombre d'existences, résultat des changements administratifs , créait des mécontents, et la présence des étrangers, occupant militairement le territoire, achevait d'exaspérer les âmes. Ces dispositions malveillantes et haineuses qui régnaient dans une partie des classes populaires étaient cidtivées par deux influences. La première était celle des ennemis directs de la Restauration qui enflammaient les passions à Taide de pamphlets distribués dans les ateliers et les casernes; c'est ainsi qu'on saisit à cette époque les presses du Nain tricolore^ libelle périodique dont rimprimeur, les distributeurs et les auteurs furent condamnés à la déportation. La seconde était celle d'une espèce de police bâtarde et officieuse qui entretenait des rapports avec la police officielle.

C'est le cas de rappeler les réflexions présentées plus haut sur les traditions de la police de Fouché qui survivaient à l'Empire. La police est une des nécessités, et, en même temps, un des dangers des sociétés modernes, parce que ses agents ont intérêt à grossir l'importance des conspirations et môme à les développer pour agrandir le mérite de leurs découvertes; cet inconvénient était plus grave encore à cette époque, parce qu\m grand nombre d'anciens agents de Fouché, mis en disponibilité, avaient un pied dans les conciliabules et un pied dans les bureaux de la smTeiUance secrète; serviteurs suspects et conspirateurs équivoques, également prêts, suivant les chances de la fortune, à livrer les conspirateurs au gouvernement ou le gouvernement aux conspirateurs.

Un corroyeur, Plaignier; un ciseleur, ToUeron; un maître d'écriture, Carbonneau, s'étaient entendus pour former une affiliation hostile aux Bourbons. Les membres se reconnaissaient entre eux par l'exhibition d'une carte portant, avec un triangle

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qui rappelait la république, ces troi» mots : Unions honneur et patrie. C'étaient des esprits mécontents, des caractères aigris, des ennemis du pouvoir existant. Des milliers de personnes avaient reçu ces cai*tes, et la société, dans ime proclamation qui fit partie des pièces du procès, se monti*ait menaçante et paillait avec mie conflance emphatique de ses moyens d'action, en affirmant qu'elle avait des complices jusque dans les avenues du pouvoir ^ A en juger par le style plein de fantasmagorie de cette proclamation, on croirait à l'intention d'effrayer le gouvernement en lui faisant voir partout des ennemis cachés, et d'encourager les hommes hostiles au pouvoir en leur faisant voir partout des amis, des complices, jusque dans les régions administratives. Il faut un aliment aux afiiliations de ce genre; l'aliment de celle-ci fut un projet de conspiration. Il est difficile d'admettre que cette conspiration eût jamais mis en danger l'existence du gouvernement quand on se reporte à la manière dont M. Decazes la caractérisa dans un article inséré au Moniteur du 11 mai, c'est-à dii*e au moment même où tous les esprits étaient sous le coup de l'émotion produite pai-les nouvelles de Grenoble ; voici cet article :

« Peudaot qu'une poignée de factieux et de brigands cherchaieut à révolutionner quelques communes des environs de Grenoble, des hommes insensés et non moins coupables ourdissaient à Paris des complot.^

1. « KraiiyaiB, nouti âuuiuied arrivée au tertne du malheur. Amin du peuple duul nous Taisons parlie, nous nous sommes empressés de prendre les mesure» les plus sages et les plus certaines pour la chute des Bourbons. Notre infiaeiice s'étend de toutes parts, et, comme à la veille du 20 mars, nous dirigeons enrore, sous l'apparence du dévouement, le tyran et toutes les autorités. Ne voua cllVayez de rien ; nos frères, qui sont partout, sont forcés de sauver les apparences, et, s'ils sacriflent quelques victimes, c'est pour le bien de tous. Ne les voyeS'Vous pas occuper les premières dignités et seconder sous main tous no:i travaui? Us vous protégeront jusqu'au fond des cachots; vous y trouverei un appui dans ceux-là même qui, pour lu forme, sont quelquefois obligés de vous ^ iiicUre. Songez que rien ne doit >ous manquer ioresque vous recevrei le signal, iiuii d'un 'iO mavi^ mais d'un 14 Juillet, » etc.

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