‹ Histoire de la restauration (volume 2)Chapitre 15 sur 172 · AFFAIRE DITE DES PATRIOTES · texte numérisé non relu

AFFAIRE DITE DES PATRIOTES

dont Je but était l'anarchie, le brigandage et le retour de l'exécrable régime de 1703. La police veillant sur tous ces mouvements et suivant jusqu'aux moindres traces de ces misérables et obscurs agitateurs, tous ont été arrêtés en même temps. Les tribunaux en feront prompte justice. Ce sont, pour la plupart, des hommes de la dernière classe du peuple, des insensés qui n'avaient aucuns moyens d'exécution, qui étaient bien convaincus de leur nullité, mais pour qui l'ordre et la tranquillité sont un tourment insupportable. Nous pouvons assurer dès aujourd'hui que cet obscur complot, dont la police a constamment tenu tous les fils, n'a jamais donné la moindre alarme au gouvernement. >

Il semble qu'après de pareilles paroles, le ministère n'eût du faire intenter contre les membres de l'association des Patriotes de 1816 que des poursuites en police correctionnelle; il les conduisit en cour d'assises et il intenta contre eux luie accusation capitale. Pour comprendre la possibilité d'une action judiciaire aussi grave et les suites qu'elle entraîna, il faut exposer le principal chef d'accusation. Pendant longtemps, tout s'était borné entre les accusés à des distributions de cartes et de proclamations et à des propos hostiles tenus contre la Restauration dans des espèces de conciliabides. L'échoppe de^ frères Oseré, écrivains publics dans la cour de la Sainte- Chapelle, puis la boutique d'un nommé Sourdon, marchand de vin, arcade Sainte- Anne, presque en face de l'entrée de la préfecture de police, étaient les deux centres principaux de réunion. Mais, dès l'origine, comme le dit du reste M. Deciizes au Moniteur^ la poUce tint les fils de cette conspiration. Un de ces anciens agents bonapartistes en disponibilité dont il a été parlé plus haut avait, comme un limier, flairé dans la Société des Patriotes d^ 1816 une occasion de se faire remettre en pied. Scheltein, c'était son nom, s'était de bonne heure fait afOlier à la société et avait été un des plus zélés distributeurs de cartes. Ce fut lui qui proposa le 25 avril 18iô, dans le cabaret de Sourdon, où un assez gnmd nombre de buveurs affiliés étaient réunis, de préluder à une révolution, en faisant sauter iesTui-

leries avec la famille royale au moyen de plusieurs baiils de poudre introduits dans régoutqui, longeant la façade du palais du côté du jardin, traversait la terrasse dubord de Teau, le quai, et venait déboucher dans la Seine, à peu de distance du Pont- Royal. A l'appui de son dire, il produisait un plan dessiné par un ancien capitaine de cavalerie, nommé Dervin, devenu aubergiste et chez lequel, dans sa détresse, il avait trouvé l'hospitalité. Dervin allégua lui-même, dans les débats du procès, qu'il n'avait consenti à tracer ce plan qu'ala prière de Scheltein et sm* l'assurance de celui-ci, qu'en obligeant les conspirateurs à se déclarer, il obtiendrait les faveurs de la police, qui l'admettrait au nombre de ses agents. Le fait le plus grave de l'affaire, c'est que dès le soir même l'égout était exploré. Il y avait là, dans une certaine mesure, le commencement d'exécution qu'attendait Scheltein pour faire sa dénonciation. Le lendemain, 27 avril, vingt individus dénoncés comme ayant fait partie du complot furent arrêtés, et deux mois après , le 27 jirin, le procès s'ouvrit.

Les débats ne mirent pas en lumière d'autres faits que ceux que nous venons d'exposer; seulement ils fii'ent toucher du doigt l'action de la police et la profonde nullité des conspirateurs. L'aubergiste Dervin, l'hôte de Scheltein, mis en cause, demanda à être confronté avec son dénonciateur qui lui avait suggéré l'idée du plan des Tuileries, et qui, « arrêté avec lui dans son logement, conduit en même temps que lui au bureau des inspecteurs de police, avait été relâché, quoique lui, Dervin qui n'avait rien fait que Scheltein n'eût fait, rien dit qu'il n'eût dit, s'était vu retenu. Or, il ne pouvait être coupable si Scheltein était innocent. » Le président usa de son pouvoir discrétionnaire pour mander à la barre du tribunal Scheltein, qui ne se retrouva pas. Cependant Dervin avait donné des indications très-précises, en déclarant que son compUce était actuellement employé sous le nom de Duval comme inspecteur des boues et

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