PROTOCOLE FINANCIER DU 17 NOVEMBRE
grand nombre n'avaient acheté que pour revendre plus haut, et qui étaient obligés de s'exécuter et de vendre à tout prix pour réaliser. Le gouvernement faisait obsen'er que rien dans la situation du dehors ni dans celle du dedans ne motivait cette crise. La chose était vraie. Mais cette crise, pour n'avoir rien de politique et pour avoir un caractère purement financier, n'en était pas moins inévitable. Quand on multiplie dans une très-grande proportion les valeurs de crédit, sans que le numéraux augmente, c'est une loi aujourd'hui connue que ce changement seul de proportion entre les valeurs de crédit et les valeurs monétaires suffit pour avilir les premières, offertes au lieu d'être demandées. Ceci explique comment, dans le courant du mois de décembre, la rente française tomba à 60 francs pour se relever péniblement jusqu'à 65 francs SO centimes. Il fallut faire affiranchir MM. Hope et Baring du contrat conclu par eux avec les quatre grandes cours, pour le dernier payement dû par la France, et qui s'élevait à 100 millions, et signer un nouveau protocole qui prorogeait ce payement au 5 juin 1820.
Ce changement, qui s'était accompli dans la situation financière de la France pendant les conférences d'Aix-la-Chapelle, avait sans doute contribué à exercer une fâcheuse influence sur l'esprit des cabinets, qui purent jusqu'à un certain point se plaindre d'avoir été trompés par les hausses factices de nos fonds pubhcs. Mais le résultat des élections du cinquième dans le mois d'octobre avait exercé sur les dispositions de l'Europe une influence encore bien plus marquée. Cette observation a échappé aux historiens qui ont attribué à la note secrète de M. de VitroUes, et aux mémoires et aux brochures dont Aix-la-Chapelle fut inondée pendant les conférences, le changement qui se manifesta dans l'appréciation des gouvernements européens sur les affaires intérieures de France. Ce n'était pas chose nouvelle que ces mémoires et ces notes.
et ils n'avaient pas empoché les cabinets européens d'approuver l'ordonnance du 5 septembre, et d'applaudir à réviction des hommes de droite. Comment, après avoir produit pendant longtemps si peu d'effet, seraient-ils devenus tout à coup si efficaces? C'est qu'il y avait des faits publics et patents qui avaient une tout autre importance aux yeux des puissances que des notes et des mémoires. M. Decaze&avait motivé sou système en affirmant que le divorce du Roi avec la droite réconcilierait la dynastie avec la France nouvelle, et que les libéraux n'attendaient, pour marcher avec le gouvernement, qu'une ruptiu'e franche et absolue entre lui et ceux qu'il appelait les honunes de l'ancien régime, et une loi d'élection qui mit la classe moyenne en possession du droit de nommer les représentants de la France. La rupture avait eu Ueu, la loi d'élection fonctionnait depuis deux ans, et, à chaque renouvellement du cinquième , si l'on voyait diminuer le nombre de ceux qu'on accusait d'être plus royalistes que le Roi, on les voyait remplacés en grande partie par des ennemis de la monarchie, par des hommes des Cent-Jours : Manuel, un conspirateur qui avait lié des rapports avec le prince d'Orange (l'empereur de Russie le savait mieux que personne) ; La Fayette, un républicain, et un grand nombre d'autres animés des mêmes idées. C'était à grand'peine et à l'aide de la droite que l'on av£dt évité la nomination de Benjamin Constant à Paris. C'est ce qui donnait à penser à l'empereur Alexandre , et il avait exprimé cette impression au duc de Richelieu et à Louis XVIII lui-même, en leur disant qu'il ne comprenait pas qu'après tout ce que le gouvernement royal avait fait , il n'eût pas opéré plus de conquêtes dans le parti libéral. Ce fut bien pis quand on^ît, à l'élection du dernier cinquième, les révolutionnaires et les hommes des Cent-Jours gagner du terrain sur le ministère lui-même, et substituer leurs candidats aux siens. Alors, non-seulement