‹ Histoire de la restauration (volume 2)Chapitre 148 sur 172 · PLAN PROPOSÉ PAR M. DEGAGES · texte numérisé non relu

PLAN PROPOSÉ PAR M. DEGAGES

pour faire prévaloir le renouvellement partiel. 11 proposait donc de recourir de préférence à une autre mesure, consistant à fractionner l'élection qui, au lieu d'être faite au chef-lieu de département, aurait été faite aux chefs-lieux d'ai*rondissement; fractionnement favorable à Tinfluence administrative, plus facile à exercer sur le petit nombre que sur le grand nombre. Cependant le même groupe ministériel ne repoussait pas d'une manière absolue le renouvellement intégral, pourvu qu'il fût accompagné du fractionnement des collèges et d'une nouvelle épuration administrative qui mît de côté tous les fonctionnaires contraires aux principes du gouvernement constitutionnel; dans la bouche de ceux qui réclamaient cette mesure, cela équivalait à demander la destitution de tout ce qui restait d'hommes de droite dans l'administration.

Il était hors de doute que le plan de la nuance ministérielle groupée autour de M. Decazes excluait l'idée manifestée par le duc de Richelieu de placer le ministère dans le centre droit, appuyé sur la droite. Il n'aurait eu, en effet, pour résultat que d'augmenter l'influence administrative d'un ministère que la droite regardait comme mauvais, et de maintenir l'existence d'uije loi électorale que la droite considérait comme plus mauvaise encore, sans parler du corollaire de ce plan, qui consistait à éloigner les hommes de la droite de toutes les positions administratives. Évidemment, ce n'est pas ainsi qu'on traite un parti politique sur lequel on veut s'appuyer; aussi, quand M. Duvergier de Hauranne, im des questeurs de la Chambre, vint pressentir M. de Villèle, que l'approche de In session avait amené à Paris, sur l'accueil que la droite ferait aux propositions de substituer le renouvellement intégral au renouvellement partiel, et l'élection fractionnée par arrondissement à l'élection par département, celui-ci répondit que ces deux mesiu-es ne saïu'aient en aucune façon déterminer un rapprochement entre la droite et le ministère. L'origine

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du mal était dans la loi d'élection ; pour remédier au mal, il fallait la changer.

Au fond, ridée de M. Decazes et de ceux qui Tentouraient était de placer le ministère dans le centre gauche et de Tappuyer sur la gauche, en conservant ce bataillon ministériel qui, dans toutes les assemblées, suit la fortune du cabinet. Il comptait, pour cela, fortifier sa nuance dans le ministère. Depuis quelque temps il laissait répéter que très-certainement il ne garderait pas le portefeuille de la police qu'il fallait supprimer, et il donnait à entendra qu'il accepterait celui de rintérieur, si M. Laine consentait à prendre les sceaux. M. Pasquier, dans cette combinaison, aurait reçu le portefeuille de la maison du Roi.

M. Laine était loin de prêter la main à ces arrangements. Il avait déjà eu des différends assez graves avec M. Decazes, à l'occasion de destitutions administratives que celui-ci réclamait, et que son collègue de l'intérieur refusait de faire. Il était l'objet, il ne l'ignorait pas, des attaques les plus acrimonieuses de la part des amis de M. Decazes, entre autres de M. Camille Jordan, qui le traitait à'ultra déguisé. Il prit dès lors la résolution de sortir du ministère, si la proposition de permuter l'intérieur avec le ministère de la justice lui était faite; et il déclara qu'il s'était prononcé d'une manière trop catégorique, dans la discussion de la loi électorale, sur l'utilité du renouvellement intégral et de l'élection au département, pour se donner un démenti à lui-même en embrassant Topinion contraire. A ces dissentiments intérieurs qui minaient le minisl\Te, il faut jouter l'éloignement de plus en plus marqué du duc de Richelieu pour le maréchal de (îouvion Saint-CjT. Ce Il a^ait pus été sans peine que M. Decazes avait obtenu du chef ^hi cabinet, un mois avant le départ de celui-ci pour Aix-la- «lliapelle, qu'il différât au moins Texécution du prqjel qu'il iYAÎt de nommer un nouveau ministre de la guerre. Le duc de

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